‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 47 sur 102 · RESPECT QUE NOUS LUI DEVONS · texte numérisé non relu

RESPECT QUE NOUS LUI DEVONS

Prélude — Se transporter en esprit dans le Ciel; contempler tous les anges et tous les esprits bienheureux prosternés devant l'adorable Trinité, et répétant en chœur le trisagion sacré; s'unir à la Cour céleste et chanter du fond du cœur avec tous ses habitants: «Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu des armées. Sanctus, Sanctus, Sanctics, Dominns Deus Sabaoth ».

Veux-tu savoir, ô mon âme, quelle est ta grandeur? Remonte aux jours de la création ; rappelle à ta mémoire le grand mot par lequel Dieu a révélé qu'il a gravé son image et sa ressemblance en toi: « Faciamus hominem. Faisons l'homme». L'auguste Trinité s'est assemblée en conseil; les trois personnes divines se sont concertées entre elles pour créer le chef-d'œuvre de leurs mains, en faisant de l'homme leur image

fidèle, leur portrait ressemblant C'est le Père

qui lui a donné l'intelligence, c'est le Fils qui lui a donné la raison, c'est le Saint-Esprit qui lui a donné

la volonté Et, de même qu'en Dieu c'est par le

Père qu'est engendré le Fils, c'est du Père et du Verbe que procède le Saint-Esprit, de même dans

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l'âme humaine, c'est l'intelligence qui engendre la raison, et c'est de l'intelligence et de la raison que

procède la volonté C'est ainsi, par les trois

facultés, que tu es, ô mon âme, l'image de l'auguste Trinité dans ta vie naturelle. .. . Plus exacte encore est ta ressemblance avec ton Dieu dans la vie surnaturelle. Cette vie, que saint Paul appelle une «création nouvelle », tu le sais, tu l'as reçue dans le Baptême. Or, lestrois adorablespersonnesqui avaient concouru à ta création ont travaillé de concert à ta régénération ; tu as été baptisée au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ; le Père, qui t'avait donné l'intelligence dans la création, t'a donné au jour de ta restauration la foi pour l'éclairer; le Fils, de qui tu tenais la raison, t'a communiqué l'espérance qui l'élève ; et le Saint-Esprit, à qui tu devais la volonté, t'a départi la charité pour la purifier et la diriger. Et c'est cette Trinité de vertus reçues au saint Baptême qui te rend l'image la plus ressemblante possible de l'auguste Trinité, car, de même que le Père engendre le Verbe, de même la foi engendre l'espérance, et de la foi et de l'espérance résulte la chanté, comme le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Et, comme les trois personnes divines ne font qu'un Dieu, de même ces trois vertus forment le Chrétien. . . N'est-ce pas ici, ô mon âme, le lieu de te redire à toi-même la belle parole du grand pape saint Léon: « Reconnais, ô chrétien, ta dignité. Agnosce, Christiane, dignitatem tuant »?

Ce regard jeté sur toi-même, ô mon âme, t'a démontré clairement de qui est cette image dont tu

portes l'empreinte dans ta vie naturelle, et plus encore dans ta vie surnaturelle. Tu ne peux t'y tromper, elle représente d'une manière frappante

l'adorable Trinité Oh! si tu avais une peinture

d'un grand prix, un tableau d'un grand maître, avec quel soin le conserverais-tu ! Que de précautions ne prendrais-tu pas pour le garantir de la poussière, de l'humidité, du contact de l'air, en un mot de tout ce qui serait capable de l'altérer, de le détériorer en quoi que ce soit! Eh bien, tu as en toi le grand, le magnifique tableau de l'auguste Trinité, que Dieu même, le suprême artiste, a daigné tracer de sa main divine : avec quelles précautions ne dois-tu pas t'appliquer à garantir cet admirable et divin portrait de tout ce qui peut en effacer les traits ou en altérer

les couleurs !

Mais, hélas! pourquoi faut-il que jusqu'à présent tu aies si peu veillé à la conservation de ce divin original? Pourquoi faut-il que, loin de le garder intact, tu aies laissé parfois la lumière du monde le gâter, le contact pestilentiel du péché le souiller,

le défigurer? Pourquoi faut-il que trop souvent

tu aies mérité l'application de ces paroles du Prophète-roi : «L'homme, qui avait l'insigne honneur de représenter Dieu, n'a pas compris sa grandeur et sa dignité: il s'est assimilé aux plus viles créatures, et il a partagé leur condition. Homo, cum in honore esset, non intellexit » (Se rappeler les malheureuses et déplorables circonstances de sa vie passée dans lesquelles on a laissé le mal, sous quelque forme qu'il se soit présenté, altérer, décolorer, détériorer en soi l'image de Dieu ; entrer dans les

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sentiments du repentir le plus sincère et de la componction la plus profonde )

Pardon, mon Dieu, pardon, d'avoir laissé la main ennemie du démon altérer et défigurer votre œuvre... Oubliez ma faiblesse et ne vous souvenez que de

votre miséricorde Effacez en moi tout ce qu'il

peut y avoir de contraire à votre sainte volonté, dépouillez-moi du vieil homme, de l'homme de péché ; faites en moi une création nouvelle, « créez en moi

un cœur pur. Cor miuidwm créa iv nie Deits »

Revêtez-moi de « l'homme nouveau qui a été créé

selon vous, dans la justice et la sainteté»

Renouvelez en moi, sous les traits les mieux accentués, sous les couleurs les plus vives, votre propre image, et je m'engage à suivre constamment désormais le conseil que vous daignez me donner vousmême dans vos saints Livres; je m'engage à garder inviolablement à l'avenir mon cœur avec tous les soins, toute la vigilance, toutes les précautions possibles: « Omni custodia serva cor tuum »

Résolution. — Ne pas faire une seule fois le signe de la Croix dans le courant du jour sans demander avec componction aux trois personnes divines le pardon de toutes ses fautes passées. Ne pas dire une

seule fois le Gloria Patri sans offrir par avance

cette magnifique doxologie comme une prière réparatrice.

lu

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