‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 48 sur 102 · FÊTE DU SAINT-SACREMENT EXPOSITION DU TRÈS SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

FÊTE DU SAINT-SACREMENT EXPOSITION DU TRÈS SAINT-SACREMENT

Prélude. — Notre-Seigneur exposé sur son tabernacle, c'est un roi sur son trône au jour d'une grande fête et d'une solennelle réception : de même que tous les sujets dévoués vont rendre hommage à leur Prince en s'inclinant devant lui avec respect, de même toutes les âmes pieuses et fidèles doivent se réunir aux pieds du Sauveur et s'abîmer dans l'adoration. Dire trois fois, en se prosternant dans les sentiments de la foi la plus vive : « Adoremus in œternum sanctissimum Sacramentum » .

Si le Dieu eucharistique, si le Sauveur mon maître consent à sortir de son tabernacle et à rester exposé à mes regards sur son trône sacramentel, c'est pour m'avertir que j'ai en lui un tendre médecin prêt à guérir mes maux, un miséricordieux consolateur prêt à adoucir mes peines Ainsi donc, ô mon âme, au milieu de tes maux, du fond de tes misères, regarde, regarde encore Jésus: il peut te guérir.. .. Un ancien patriarche, guide inspiré du peuple choisi, Moïse, éleva autrefois dans le désert un serpent d'airain, sur lequel il suffisait de porter les yeux pour être guéri des blessures mortelles causées par la morsure des serpents... . Oh! si tous les hommes, si tous les en-

fants d'Adam ont été mordus par le serpent infernal, quel venin, hélas! ne m'a-t-il pas inoculé, ce cruel ennemi de mon salut ! Oh ! comme je souffre des blessures qu'il m'a faites ! Quel entraînement vers le mal! .... Je ne le veux pas, je le désavoue chaque jour et à chaque heure, et, chaque jour et à chaque heure, je m'y sens violemment poussée!. ... Quel foyer incandescent de convoitises perverses!... . Quel feu intérieur me dévore!. . Moi aussi, comme autrefois les Juifs, je sens le besoin de porter mes regards en haut et de les jeter sur mon Sauveur, sur mon divin Médecin, dont le serpent d'airain n'était qu'un type imparfait. .. « Domine, ecce quant amas infirmât ur ! » Seigneur, une âme que vous aimez, mon âme, est malade «Si vis, potes me mundare Si vous le voulez, vous pouvez me guérir». « Sana me et sanabor. Guérissez-moi, mon Dieu, et je serai

guérie » (En faisant ces touchantes prières, tirées

de nos saints Livres, avoir spécialement en vue les misères spirituelles, les imperfections et les défauts dont on a le plus à gémir )

Jésus se montre à nous non seulement comme médecin, mais encore comme consolateur. C'est lui qui aujourd'hui, du haut de son tabernacle, comme autrefois dans sa vie mortelle, adresse à toutes les âmes qui souffrent cette touchante invitation : « Venite ad me, omnes qui laborati^ et onerati estis, et ego reficiam vos. Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et accablés, et je vous soulagerai». Or Notre-Seigneur console efficacement en ces jours de trois manières les âmes ulcérées:

i° Par la vue de ses propres souffrances. Le Dieu que nous voyons exposé sous le voile du Sacrement a bu au même calice que nous ; mais, tandis que nous y trempons seulement les lèvres, pour lui il l'a épuisé jusqu'à la lie; il a tellement souffert dans sa vie mortelle que le Prophète ne croyait pouvoir bien le désigner que sous le nom d'« homme des douleurs».. .. Mais sa passion ne se renouvelle-t-elle pas, en quelque sorte, chaque jour dans sa vie sacramentelle?... Ah ! comment se plaindre et murmurer de souffrir, en voyant le Sauveur.. .. le Verbe éternel, l'innocence même, souffrir infiniment plus que nous pécheurs et coupables ?

2° Jésus exposé nous console encore par sa divine compassion. Pendant les trente-trois années de son passage en terre, le bon Maître ne put jamais être le témoin d'un chagrin sans en être ému, il ne put assister à un déchirement de cœur sans adoucir la plaie, il ne put être le confident d'une peine ou d'une angoisse sans en avoir pitié et la consoler en la partageant Or sa bonté est loin d'être amoindrie, son

âme est loin d'être desséchée Il est à l'autel le

Jésus compatissant de la Judée A quiconque le

regarde, le cœur gros de soupirs et les yeux pleins de larmes, il donne toutes les marques de la commisération la plus tendre. (Percer les voiles eucharistiques et surprendre sur les traits divins du bon Maître cette compatissante affection qui est dans son cœur....)

Oh ! mon âme, mon âme, lorsque, dans la vie ordinaire, un ami véritable vient partager tes chagrins et pleurer avec toi, tu trouves dans ses larmes seules un adoucissement et un soulagement ; regarde Jésus:

voyant tes pleurs, il pleure avec toi comme le plus dévoué des amis. Ses larmes divines pourraient-elles ne pas former comme un baume salutaire propre à

cicatriser tes blessures ? Pleurer avec Jésus, c'est

pleurer avec résignation, avec abandon filial, avec

espérance

3° Non seulement Notre-Seigneur souffre comme nous, non seulement il compatit avec nous, mais il répand sur nos douleurs une onction céleste et divine, qui devient pour nous la plus efficace consolation Interroge ton passé, ô mon âme .. . Que de fois ne t'a-t-il pas suffi de jeter un regard sur le divin Consolateur du tabernacle pour te sentir moins soucieuse, moins agitée, plus forte contre toi-même,

plus soumise dans tes épreuves? Tu ne l'avais pas

même prié il t'avait suffi d'être en sa présence

et, suivant le conseil qu'il donnait lui-même

autrefois à ses Apôtres au jardin de l'agonie, de « demeurer là et de veiller avec lui » : «Sustinete hic et vigilate mecum», pour trouver le courage de répondre à son appel et de marcher avec lui dans la voie des souffrances. «Surgite, eamus. Debout, marchons», te disait le bon Maître intérieurement, et, chargeant généreusement la croix, si lourde fûtelle, sur tes épaules meurtries, tu gravissais alerte et

forte le rude sentier du Calvaire Désormais donc,

dans toutes tes peines, viens au pied du tabernacle,

regarde Jésus épanche ton cœur dans le sien, et

tu seras consolée

Résolution. — Pendant les offices de la journée, regarder fréquemment le divin Sauveur exposé sur son tabernacle avec espérance, comme un malade

regarde son médecin, avec adoucissement, comme un ami regarde son ami qui veut et peut le consoler; avoir souvent dans le cœur et sur les lèvres, comme oraisons jaculatoires, les sentiments qui auront le plus touché dans la méditation. Se rappeler de temps en temps Zachée montant sur un sycomore pour apercevoir le Sauveur passant sur le chemin; à son exemple, monter sur les hauteurs de la foi pour découvrir, sous les s3'mboles du Sacrement, les traits du divin Maître. Réciter le soir au Salut les litanies du très Saint-Sacrement.

lui

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