OCTAVE DU SAINT-SACREMENT PROCESSION DU SAINT-SACREMENT
Prélude. — Raviver en son âme la foi à la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Regarder les saintes espèces comme un voile qui recouvre la personne adorable du Sauveur, déchirer le voile, reconnaître le bon Maître, tomber à genoux devant lui et l'adorer: «Adoro te supplex, latens Deitas» ...
Plus d'une fois, ô mon âme, dans les transports de ton amour pour Notre-Seigneur, tu t'es prise à regretter de n'avoir pas vécu du temps de son passage en ce monde. Combien tu aurais été heureuse de te mêler à la foule qui l'accompagnait dans ses courses à travers la Judée! Que de fois tu te serais approchée de lui à la dérobée, comme cette pauvre malade dont parle l'Évangile pour toucher
la frange de son vêtement! Que de fois tu
aurais pu crier vers lui, comme l'aveugle: «Jésus,
fils de David, ayez pitié de moi»! Que de fois
tu lui aurais dit avec confiance, comme le lépreux: « Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me guérir» !...,.. Sans nul doute tu n'aurais fait que suivre l'attrait, l'entraînement de ton cœur, en te mêlant au groupe des saintes Femmes et en Rappliquant, par ton dévoûment, à devenir, toi aussi,
l'ami du bon Maître Comme les saintes Femmes,
tu te serais affligée de l'aveuglement du grand nombre s'obstinant à fermer les yeux à la lumière, et se
refusant à reconnaître leur Dieu Et tu aurais
tenu à lui témoigner une tendresse d'affection qui s'accrût de toute l'insensibilité, de toute l'ingratitude des autres
Eh bien ! ô mon âme, cet adorable Sauveur, que tu aurais voulu accompagner dans ses courses lors de sa vie mortelle, tu peux lui faire cortège tantôt
dans une nouvelle course Il a consenti à revenir
au milieu de nous et à habiter près de nos demeures, dans son tabernacle; ce n'est pas encore assez pour son amour: il veut aujourd'hui même sortir de sa demeure, et parcourir nos rues, disposé à passer partout, comme autrefois, « en faisant le bien.
Pertransiit benefaciendo » Ta foi, ô mon âme,
te le découvrira tantôt enveloppé des voiles de son Sacrement et porté par son ministre dans une marche triomphale ; tu marcheras à ses côtés, non moins heureuse que les saintes Femmes qui l'approchèrent Mais pourquoi faut-il que ce triomphe du
divin Maître, d'une part si consolant pour son
cœur, soit, de l'autre, si plein d'amertume?
Pourquoi faut-il que l'on puisse nous répéter avec justice ce que saint Jean répétait aux Juifs de son temps: «Il y a quelqu'un qui vit à côté de vous, qui
passe au milieu de vous et que vous ignorez»?
Pourquoi faut-il que l'on puisse dire de Notre- Seigneur, dans ses courses eucharistiques, ce que l'on a dit de Lui dans les courses de sa vie mortelle : « Il est venu au milieu des siens, et les siens ne l'ont pas reçu»? Pour quelques rares adorateurs
pour quelques amis fidèles pour un cortège restreint de suivants, quelle foule indifférente... ..
insensible sans foi sans amour! Il passe, et
c'est à peine si on daigne s'agenouiller, que dis-je ? s'incliner devant lui! Mais combien le méconnaissent,
l'outragent, le blasphèment! combien, comme
les Juifs dans leur ingratitude forcenée, seraient tentés de ramasser des pierres pour les lui jeter à la
face! Dans sa divine prescience, il sait tout cela
d'avance, et pourtant il veut passer au milieu de nous, il affronte les mépris et la haine ; l'amour et les hommages de quelques âmes fidèles le consolent. . . Quelle charité ! Qui pourrait ne pas aimer un Dieu si aimant: «Quis cor tant amans non redamet » ?
Dans quel esprit, ô mon âme, dois-tu accompagner ton Sauveur pour dédommager et consoler son cœur de tant d'outrages?
i° Dans un esprit de foi ardente et vive, qui répare les injures des incrédules qui nient. Passant à côté de tant de malheureux incroyants qui le méconnaissent, le Sauveur t'interpellera doucement et te dira, comme autrefois à ses Apôtres : «Et toi qui distu que je suis » ? Tu lui répondras avec l'accent d'une foi toute brûlante : « Vous êtes, Seigneur, le Christ, le Fils du Dieu vivant ».
2° Dans un esprit d'espérance, qui répare la peine que cet adorable Sauveur reçoit de l'oubli et de l'insensibilité des indifférents. Tu protesteras par ta con. fiance toute filiale contre les dédains et les désertions d'un si grand nombre: n'est-ce pas Celui qui est
descendu du Ciel en terre pour nous sauver, que tu accompagneras ?. ... N'est-ce pas Celui quia déclaré que « ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais ceux qui sont malades qui ont besoin de médecin »
que tu suivras de près? N'est-ce pas Celui qui
doit être un jour ton éternelle récompense ... Celui qui t'a déjà ménagé de si douces joies dans le chemin de la vie Celui qui fait de la terre un séjour
semblable au Ciel qui veut bien se donnera toi,
se faire le compagnon de ton exil, pour te servir de gage de ses libérales promesses?
3° Enfin, dans un esprit de charité, le cœur palpitant d'amour et de reconnaissance, pour réparer la
haine des persécuteurs Que le divin Maître ne
soit point obligé de dire: «J'ai cherché un ami qui me console, je ne l'ai point trouvé ». Offre-lui les témoignages de la tendresse la plus sincère et du dévouaient le plus vrai. . que tes hommages, partis du cœur le plus aimant, lui fassent oublier les persécutions dont il est l'objet! Si tels sont tes sentiments, ô mon âme, en accompagnant ton divin Maître, tu peux être sûre de trouver près de lui un accueil aussi bienveillant que les saintes Femmes, et d'avoir, comme elles, au contact de sa divine présence, les plus douces, les plus précieuses jouissances... .
Est-ce toujours avec ces saintes dispositions que tu as accompagné ton Sauveur dans ses pérégrinations eucharistiques? Hélas! que de fois ne Pas-
tu pas suivi... seulement de corps, absente de cœur,
Ta foi languissait. Insensible comme un roc à ses
marques de bonté, tu ne savais t'abandonner à lui avec confiance il semblait même que tu ne savais
pas l'aimer Fais-lui réparation et amende honorable.
Résolution, — Dire du fond du cœur une amende honorable au Saint-Sacrement pour ses froideurs
personnelles dans le passé Dire souvent pendant
la procession cette belle oraison jaculatoire: « Credo, sed credam firmius ! — Spero, sed sperem securins ! — Amo, sed amem ardent ht s» !