VOYAGE DE MARIE ET DU JOSEPH A BETHLÉEM
Prélude. — Écouter l'appel de l'Église, qui, en nous invitant à la prière, ne nous dit plus, comme aux premiers jours de l'A vent : « Regem venturam Dominant, venite, adoremus ; le Roi, le Seigneur doit venir, venez, adorons-le » ; Elle nous dit: « Prope est jam Dominas; venite, adoremus ; le Seigneur est
déjà proche; venez, adorons-le ». Se laisser aller
aux émotions de la joie, comme nous y convie le grand Apôtre, et aller au-devant du Sauveur, par des prières brûlantes et les supplications de feu que la sainte liturgie nous met sur les lèvres. (Réciter avec l'élan du cœur les Grandes Antiennes.)
Il est écrit dans les prophéties que le Sauveur doit naître à Bethléem, et Marie, sa mère, est établie à Nazareth ; son terme approche sans qu'elle ait le moindre projet de quitter cette ville. Mais il faut que les desseins de Dieu soient remplis, et ce sera un païen, un prince de la terre, le César de Rome, qui concourra, sans le savoir et en croyant n'agir que pour lui, à leur parfaite exécution. César Auguste, pour savoir l'étendue de sa puissance et les forces de son
empire, prescrit le dénombrement universel de ses
sujets Pour obéira son édit, tout l'Empire romain
se met en mouvement ; chacun va se faire inscrire
dans son pays natal Mais pourquoi Joseph et
Marie se déplaceraient-ils? N'ont-ils pas des raisons
solides pour motiver leur exemption la dignité
incomparable de l'auguste Vierge , les incompréhensibles grandeurs du Fils qu'elle va donner au
monde , les dangers auxquels peut l'exposer un
voyage dans l'état où elle se trouve ? Et cependant
les deux époux n'allèguent aucun motif de dispense: en parfaits obéissants, ils se soumettent sans raisonner, sans hésiter, ils ne voient que l'autorité de Dieu
dans celle du prince, ils se mettent en route Si
rudes soient les épreuves qui peuvent les attendre soit dans le cours, soit au terme du voyage, ils ont
tout prévu ; leur confiance est inaltérable, leur
abandon à Dieu vraiment filial Comment d'ailleurs,
pourraient-ils se défier un seul instant de la divine Providence et ne pas compter sur sa tendre sollicitude, sur ses soins tout maternels ? Mariene porte"
t-elle pas dans son sein virginal le Maître du monde et ne peut-elle pas lui dire, avec plus de raison que le prophète, son royal ancêtre: « Quand même je marcherais au milieu des ombres de la mort, je n'ai rien à craindre, parce que vous êtes avec moi. Si ambulavero in niedio umbrœ mortis, non timebo mala, quoniam tu meciun es » ?... Et c'est grâce à cette soumission parfaite à l'édit de l'Empereur, qui n'est autre pour eux que l'expression de la volonté
divine , que Joseph et Marie vont être témoins de
l'accomplissement entier des prophéties et trouver, au sein même de leurs épreuves, le germe de leur félicité présente et de leur gloire future
Que de fois, ô mon âme, Dieu ne te manifeste-t-il pas ses volontés soit intérieurement, en te parlant au cœur, soit extérieurement, par l'organe de ceux à qui il a donné mission de te conduire? Souvent peut-être, à travers le chemin où t'appelait
ton divin Maître, tu entrevoyais des épreuves ,
des angoisses , des tribulations ; peux-tu te
rendre aujourd'hui à toi-même le témoignage de t'être toujours soumise avec l'abandon filial dont
Joseph et Marie te donnent l'exemple ? Que de
résistances à l'appel de Dieu ! Que de refus de te
soumettre à ses décrets, d'autant plus paternels
pourtant qu'ils semblaient plus rigoureux! En
d'autres circonstances, tu te soumettais peut-être ,
mais avec un tel abattement, une telle prostration morale, une telle défiance de la bonté divine que tu
perdais par là le mérite de la résignation ! Oh !
désormais, ô mon âme, toutes les fois que Dieu te révélera ses desseins, te parussent-ils les plus fâcheux, les plus pénibles au point de vue de la nature, courbe la tête avec obéissance sous la main de celui qui commande : sa miséricorde, dit l'Apôtre, dirige tout à l'avantage de ceux qui l'aiment : « Diligentibus Deum omnia cooperantttr in bonum »
N'as-tu pas, d'ailleurs, les mêmes motifs de confiance que Marie ?.... ne portes-tu pas, toi aussi, uni à ta substance de la manière la plus intime, le même Jésus qui reposait dans les flancs très purs de l'auguste Vierge ? Ne vient-il pas chaque matin reposer en ton cœur, comme en un sanctuaire de prédilection, comme
dans un tabernacle qui fait son bonheur? C'est
donc à toi, ô mon âme, de t'écrier, comme Marie, avec David, que tu n'as rien à redouter, et de goûter, comme elle, avec délices, la vérité de cette parole du pieux auteur de V Imitation : « Avec Jésus tout est bon, rien n'est trop pénible »
Résolution. — Demander à Notre- Seigneur dans la sainte Communion de nous faire connaître et aimer les voies toujours sages et paternelles de la Providence, afin de nous abandonner entièrement à lui, à l'exemple de Marie et de Joseph. A la visite au Saint-Sacrement, réciter un acte d'abandon à la volonté divine.