‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 55 sur 102 · IMITATION DE JÉSUS-CHRIST DÉTACHEMENT QU'ELLE EXIGE · texte numérisé non relu

IMITATION DE JÉSUS-CHRIST DÉTACHEMENT QU'ELLE EXIGE

Prélude. — L'époux sacré des Cantiques disant à la Sulamite : « Mets-moi comme un cachet sur ton cœur et comme un signe sacré sur tes bras. Pone

me ut signacttlum saper cor tuum saper bra-

chium tuum » , c'est le Sauveur-Jésus, l'Époux bienaimé des âmes, commandant à la mienne de l'imprimer comme un sceau mystérieux sur mon cœur et sur mes bras, c'est-à-dire me demandant que tout en moi, non seulement les affections et les sentiments, mais encore les œuvres, que tout soit marqué à son image. Adorer ce bon Maître avec amour et lui demander les lumières nécessaires pour bien comprendre son désir.

Dans les méditations précédentes, tu as vu, ô mon âme, combien il était tout à la fois nécessaire et avantageux de marcher sur les traces de ton Sauveur, de vivre de sa vie, de l'imiter. Or, pour atteindre ce but, il faut le détachement de tout, une abnégation complète, un renoncement parfait. C'est ce que Jésus lui-même nous fait entendre en son Evangile: « Quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il

possède ne peut être mon disciple». Quoi de plus rationnel? « Nous sommes appelés, dit saint Bernard, à marcher sur les traces d'un guide qui, suivant la parole du prophète, parcourt sa carrière à pas de géant. Nous avons donc besoin d'être libres de toute entrave, il faut être déchargé de tout fardeau, tout attachement est une chaîne et un poids qui nous

arrête ou nous retarde» Sainte Thérèse, dans

une de ses visions, aperçut un jour Notre-Seigneur parcourant la terre pour appeler les âmes à sa suite; mais le divin Maître était plongé dans une profonde tristesse : il appelait, il appelait encore et restait isolé Parmi les âmes, la plupart, plongées dans la recherche du plaisir et de la jouissance, lui répondaient par un refus ; quelques autres essayaient de se mettre à sa suite, mais en vain: mille liens, qu'elles n'avaient pas la force de briser, les enlaçaient et les empêchaient de marcher; pour les unes, c'était l'attachement aux richesses et aux honneurs ; pour les autres, c'étaient des affections trop naturelles et trop vives, bien que pures et légitimes ; pour presque toutes, c'était un amour aveugle d'elles-mêmes. Et alors, jetant son regard sur le cœur brûlant de Thérèse qui se dévouait, se renonçait, se sacrifiait pour lui, le bon Maître la vit s'approcher, s'approcher encore de lui, en reproduisant en elle-même les exemples divins autant qu'il est donné à la faiblesse

humaine d'imiter un Dieu (Apprécier le bonheur

de cet ange du Carmel, tout en laissant notre cœur en concevoir une sainte envie )

Il y a longtemps et bien longtemps, Seigneur, que je vous entends m'appeler à votre suite. Bien des fois, sous le charme de votre parole, sous l'attrait de votre grâce, je me suis prise à vous dire: «Oui, Seigneur, je veux vous suivre partout où vous irez ». Mais aussitôt la pensée des sacrifices que je devais m'imposer se présentait à moi, le souvenir des liens que je devais rompre se ravivait en mon cœur, et, comme le jeune homme infidèle de l'Évangile, je laissais le chemin où je venais de m'engager à votre

suite, et je m'en retournais toute triste (Se

rappeler avec larmes le criminel abus des grâces que

l'on a fait ) D'autres fois, ô bon Maître, je ne

poussais pas, il est vrai, l'ingratitude à ce point: je ne m'en allais pas tristement loin de vous, vous tournant le dos, je ne vous quittais pas; mais, hélas! hélas! que de lenteurs! que de négligences! Si je ne reprenais pas mon offrande, combien je vous la

disputais! Tenant par le fond du cœur à quelque

créature ou à moi-même, sous le poids d'une préoccupation affectueuse trop vive ou d'un attachement déréglé à ma propre volonté, au lieu de vous suivre de près avec ardeur et empressement, je me traînais dans la langueur et la faiblesse. J'aurais voulu vous regarder, Seigneur, mais la nature enchaînait mon regard, en plaçant à la traverse je ne sais quel objet

qui l'absorbait (Étudier à fond les différentes

résistances à la grâce auxquelles nous expose

si souvent une nature encore trop vivace

en faire réparation et amende honorable à Notre- Seigneur )

Je le sais, Seigneur, vous êtes «un Dieu jaloux»; trop attaché qu'il est à la créature, trop attaché à lui-même, jusqu'à présent mon cœur n'a point été digne de vous. Comme une épouse qui se partage entre l'époux et l'étranger, j'ai mérité d'être rejetée

loin de vous Mais me voici, ô mon Dieu, je

viens à vous en protestant que vous êtes le maître, le souverain absolu de mon cœur. Désormais je ne veux regarder que vous, je vous suivrai, je resterai à vos côtés, renonçant à tout pour n'aimer et ne

posséder que vous seul aujourd'hui demain

toujours

Résolution. — Prier Notre-Seigneur dans la sainte Communion de nous détcicher de tout lien terrestre et de nous unir à lui par les liens d'une charité toujours plus forte et plus ardente ; lui promettre, comme expiation du passé, de faire dans le courant du jour le sacrifice de cœur le plus pénible.

TEMPS APRÈS LA PENTECOTE

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