‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 56 sur 102 · JÉSUS MODÈLE D'HUMILITÉ DANS SON INCARNATION · texte numérisé non relu

JÉSUS MODÈLE D'HUMILITÉ DANS SON INCARNATION

Prélude. — Se porter successivement par un double regard de l'imagination et du cœur: i° dans le Ciel pour y contempler la grandeur du Verbe; et 2° dans la pauvre demeure de Marie à Nazareth, où le Fils de Dieu consent à descendre pour prendre chair dans les flancs très purs de l'humble Vierge. Adorer le Verbe dans sa gloire au Ciel, adorer le Verbe dans son obscurité au sein de Marie Demander à Dieu le Père la connaissance intime des abaissements infinis de son divin Fils.

Considère, ô mon âme, comment le Fils éternel du Très-Haut descend, dès son entrée dans le monde, du faîte des splendeurs divines aux dernières profondeurs de l'abaissement. Celui que l'Aigle des évangélistes, l'apôtre saint Jean, avait entrevu dans l'océan de la gloire divine « engendré du Père avant tous les temps», subsistant en lui éternellement comme sa parole substantielle, étant Dieu lui-même, « Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, splendeur de la majesté du Très-Haut, miroir fidèle de ses perfections, empreinte de sa substance»,

le Fils de Dieu s'est fait homme: a Et homo factus

est'» Il aurait pu prendre la nature angélique,

l'humiliation eût déjà été infinie ; mais ce n'était pas assez pour contenter sa soif d'abaissements : il avoulu descendre jusqu'à la nature humaine . . .. Il aurait pu ne revêtir qu'une partie de cette nature, l'âme, image de Dieu, esprit comme Dieu, immortelle comme Dieu ; il a voulu encore prendre notre chair, il a contracté avec elle une union si étroite que, pour l'exprimer, il faut dire: «Le Verbe s'est fait chair». Et cette chair, il l'a prise de la substance d'une de ses créatures, dans le sein de laquelle il s'est enfermé

neuf mois Il l'a prise non impassible et glorieuse,

comme après sa résurrection, non dans la force et la plénitude de l'âge, comme elle fut donnée au premier homme Il l'a prise faible, délicate, soumise

aux infirmités de l'enfance à toutes sortes de

besoins à la mort (Essayer de mesurer la

distance incommensurable de Dieu à l'homme

prosterner son esprit et son cœur dans la foi au mystère d'un Dieu humilié, anéanti dans le sein d'une Vierge qui devient sa mère...,..)

Voilà le début de ton divin Maître, ô mon âme, dans la guerre qu'il fait à l'orgueil. Or que de fois tu lui as promis, comme autrefois un de ses disciples,

de le «suivre partout où il irait » Mais, hélas!

pourquoi tant d'hésitations tant de retards à

marcher dans cette voie? Oh! Seigneur, je le

comprends, rien de si difficile à ma faiblesse, rien de si opposé è mes instincts que l'humilité. L'amourpropre est si inhérent à ma nature déchue qu'il m'ac-

compagne partout et se glisse jusque dans mes meilleures actions Que de fois je me suis imaginé être

humble, parce que je n'affichais pas, comme d'autres, un orgueil manifeste et public ! mais, sitôt qu'on venait à toucher la corde sensible de ma vanité, sitôt qu'on me refusait une louange, une récompense que je me croyais dues, je sentais aussitôt ma vanité se réveiller, et un cri intérieur de révolte s'élevait en moi .. . Que de fois ai-je cherché la satisfaction de mon amour-propre jusque sous les dehors de l'humilité ! j'aimais à parler humblement de moi? c'était pour que d'autres en parlassent avec éloges ; je m'abaissais ? c'était pour qu'on me relevât (Jeter un

regard sur tant de recherches de vanité, tant de satisfactions d'amour-propre que révèle le passé de la vie; s'humilier de se voir si éloignée du divin modèle et approfondir cette belle parole de saint Bernard : « Quelle téméraire insolence qu'en face de la divine Majesté abaissée, d'un Dieu anéanti, un misérable ver de terre cherche à s'élever et à se grandir » ?

Résolution. — Répéter souvent dans la journée cette oraison jaculatoire : « Seigneur, faites que j'aime à être méconnue et comptée pour rien ». Promettre à Notre-Seigneur de faire dans le courant du jour un sacrifice d'amour-propre ; tâcher de réaliser cette promesse avant la visite au Saint-Sacrement, afin de pouvoir offrir à Notre-Seigneur, dans la communion spirituelle, ce sacrifice en expiation de tant de fautes d'orgueil et de vanité.

Page 1