‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 57 sur 102 · JÉSUS MODÈLE D'HUMILITÉ DANS SA NAISSANCE · texte numérisé non relu

JÉSUS MODÈLE D'HUMILITÉ DANS SA NAISSANCE

Prélude. — Aller à Fétable de Bethléem et, en compagnie de Marie et de Joseph, adorer l'Enfant- Dieu qui repose dans la crèche. Avec Marie et Joseph, prier ce divin Enfant de nous donner l'intelligence pleine et entière du mystère d'humilité caché dans son berceau.

«La crèche, dit un saint Père, n'est autre chose qu'une école d'humilité». Déjà le Sauveur nous avait donné un exemple bien frappant de cette vertu en se faisant homme, en venant se cacher dans le sein d'une mère. Mais comme son humilité va croissant ! Ce n'est plus seulement un Dieu fait homme, c'est un Dieu petit enfant, qui ne peut se tenir sur

ses pieds qui ne peut parler qui ne peut

agir. Il aurait pu naître sur un trône, il aurait pu choisir pour sa condition l'une de celles à qui appartiennent l'autorité et la préséance, à qui du moins les richesses donnent une sorte de distinction et de suprématie ; il a préféré la plus basse et la plus abjecte il vient au monde comme le plus petit d'entre nous. Que dis-je ? dans un état plus misérable

que le plus pauvre d'entre nous, car enfin les enfants

des pauvres ont un lit, si déguenillé soit-il ; mais

Jésus, lui, il naît dans une étable Une crèche,

voilà son berceau quelques vils animaux, voilà

sa société Oh! que saint Bernard avait bien

raison de s'écrier, en considérant dans ce mystère

un tel abîme d'humilité : « Quanto pro me vilior, tanto

mihi carior, plus il s'abaisse plus il me devient

cher » !

De quoi pourrais-je donc me glorifier encore, ô mon Dieu, moi qui ne suis que cendre et poussière ? Quelle condamnation plus explicite pourriez-vous faire de mon orgueil que de le crucifier ainsi sur la

paille de la crèche ? Pourquoi faut-il, hélas! que

ma conduite soit en flagrante contradiction avec la

vôtre ! que mes sentiments soient si opposés aux

vôtres! En vain votre auguste Mère frappe aux

portes d'une ville pour réclamer une bienveillante

hospitalité Elle fait parler la voix delà nature

elle montre les exigences de sa position, elle appelle la commisération sur le fils qu'elle va mettre au monde. . .

En vain Ses vœux ne sont point entendus, sa

demande est repoussée, elle ne recueille et pour

vous et pour elle que mépris et rebuts Et la

mère et le fils partagent avec de vils animaux le toit grossier qui les couvre. Et vous avez tout souffert sans vous plaindre, et vous avez tout pardonné !

Et moi, quand il m'a fallu subir le plus léger affront, quand je me suis vue exposée au moindre mépris, que de fois je me suis écriée, dans l'amertume de mon cœur ulcéré par l'orgueil, que je n'étais pas faîte pour recevoir une telle humiliation, qu'on

oubliait ce qu'on devait à ma position, à mon mérite, au bien que je faisais Les dispositions intérieures de Jésus, ses sentiments étaient en harmonie parfaite avec la grande humiliation de Tétable : « Il portait, suivant le mot des saintes Écritures, toute la honte du péché, sans en avoir contracté la faute » ; il s'abaissait intérieurement dans son âme autant qu'il était abaissé dans sa chair. Et moi, tandis que je devrais m'humilier profondément en moi-même dans la conviction de mon néant et la pensée de mes péchés, je nourris mon esprit d'une vaine estime que j'ai pour moi-même. J'affecte de fermer les yeux sur les grandes misères de mon âme pour les fixer avec complaisance sur le peu de bien que je fais et que je

dois tout entier à la bonté divine Que de fois je

me suis donné sur les autres, par une injuste comparaison, une supériorité que rien ne pouvait soutenir, oubliant cette belle maxime du pieux auteur de Y Imitation \ «Ne croyez jamais avoir fait quelques progrès dans le bien, si vous ne vous regardez comme le dernier de tous».

Résolution. — Réciter la prière: « OJesu vivais » après la méditation, après l'examen particulier, après la lecture spirituelle, après la visite au Saint-Sacrement et avant de se coucher, pour obtenir de Notre- Seigneur un sincère mépris de soi-même fondé sur la connaissance de son néant. Le plus souvent possible dans la journée redire cette oraison jaculatoire de saint Augustin: «Noveriiii te, noverim me ! SeigtiôUi" , faites que je vous connaisse et que je me connaisse. Noverim te ut amem te, noverim me ut oderiin me. Que je vous connaisse pour vous aimer; que je me connaisse pour me mépriser!»

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