‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 58 sur 102 · JÉSUS MODÈLE D'HUMILITÉ DANS TOUT LE COURS DE SA VIE · texte numérisé non relu

JÉSUS MODÈLE D'HUMILITÉ DANS TOUT LE COURS DE SA VIE

Prélude. — Recueillir de la bouche du Sauveur cette touchante parole: «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur». Faites, Seigneur, que votre enfant reçoive avec une respectueuse docilité la grande leçon que vous avez bien voulu lui donner. « Donnez-moi vous-même un cœur semblable au vôtre. Fac cor nostruni secundum cor tuiim ».

Depuis sa naissance dans l'étable jusqu'à sa mort au gibet du Calvaire, il n'est pas un mystère, pas une circonstance de la vie du Sauveur qui ne renferme une preuve de son amour pour l'abjection, une leçon vivante d'humilité. L'auteur de V Imitation nous a dit que « toute la vie de Jésus fut une croix et un martyre». On pourrait dire non moins justement que toute sa vie fut une humilité parfaite, une

série non interrompue d'abaissements Après le

péché, rien de plus abject que sa ressemblance. Le Sauveur la prend, dit l'apôtre saint Paul, «ne pouvant prendre le péché même». Dans sa circoncision, il

reçoit le stigmate des pécheurs Il fuit en Egypte,

lui tout-puissant, devant un homme faible. La

presque totalité de sa vie se passe dans la maison

obscure d'un artisan, dans les travaux d'un vil métier, et il ne mange son pain qu'à la sueur de son

front Jamais son attrait pour les humiliations ne

le quitte : s'il fait des miracles, il défend d'en parler ; si on cherche à le faire roi, il se dérobe à cet honneur par la fuite; quelqu'un croit le natter en l'appelant «bon Maître», il répond froidement: «Dieu seul est

bon» Après sa Transfiguration au Thabor, il

impose silence aux témoins de sa gloire jusqu'après

sa Résurrection En vérité, que l'Evangéliste

sacré a eu raison de dire que le Sauveur commence par donner lui-même le plus parfait exemple des vertus avant d'en enseigner la nécessité : « Cœpit Jésus facere et docere » !

Qu'est-ce donc, ô mon âme, que cette humilité de cœur à laquelle ton Dieu te convie non seulement par les paroles mais par les exemples de toute sa vie? En quoi consiste t-elle? Est-ce à prendre des airs modestes, à dire du mal de soi et à en

parler avec un mépris étudié? Prends garde, un

grand nombre croient par là embrasser l'humilité, ils n'en saisissent qu'une ombre vaine. Souvent il y a dans cette conduite un raffinement d'orgueil. «Elle consiste, dit saint Bernard, à se connaître à fond soi-même et à se mépriser». «C'est une vertu, dit sainte Thérèse, qui nous met dans le vrai». Elle consiste à parler rarement de soi et à n'en parler que dans un cas de nécessité véritable. . .. Elle consiste à se faire oublier, en n'attirant jamais les regards sur soi, ni par parade d'esprit ni par un luxe mondain ni même par une austérité d'affectation Elle

consiste à se réjouir lorsqu'on est oublié, à s'affliger

lorsqu'on reçoit des louanges Elle supporte

patiemment les mépris, les humiliations auxquels

nous sommes ici-bas si fréquemment exposés

Une âme sincèrement humble a toujours devant les yeux ses fautes, ses misères, ses péchés ..... Elle en

approfondit et la malice et l'ingratitude Elle est

heureuse d'en recueillir de temps en temps honte et confusion par un aveu simple, circonstancié, fait

plutôt en termes humiliants que calculés Elle

envisage les châtiments qu'elle a mérités et prie Dieu de la punir ici-bas (S'examiner sérieusement sur ses dispositions passées et présentes par

rapport à ces divers caractères d'humilité voir

les côtés faibles du cœur se prémunir pour

l'avenir par des résolutions tout appropriées à ses

besoins )

Hélas ! ô mon âme., n'as-tu pas vécu dans l'illusion jusqu'à ce jour? Tu te croyais humble peut-être, parce qu'il t'arrivait maintes fois de te regarder comme un néant à tes propres yeux ; c'était bien là une disposition préparatoire à l'humilité, c'était bien le chemin qui y conduit, mais ce n'était point l'humilité. Pour être humble d'esprit et de cœur, il faut vraiment vouloir être comptée pour rien par les autres, et même, s'il le faut, souffrir de leur part des

mépris des affronts Or c'est là la difficulté,

c'est là l'obstacle ; on se dépouille si difficilement de

soi-même! Mais avec la grâce on y parvient

les saints y sont parvenus, ils n'étaient pas d'une autre nature que nous. Employons les mêmes moyens: la considération de nos fautes passées, de nos défauts présents ; prions, prions beaucoup : Dieu ne refusera

pas à notre prière, Dieu ne nous refusera pas le courage nécessaire pour arriver à ce dépouillement total qu'il nous demande.

Résolution. — Demander à Notre-Seigneur qu'il veuille bien nous ménager une humiliation dans le courant du jour, en nous donnant en même temps le courage de la subir avec joie ou, du moins, avec une calme résignation, et terminer par cette belle prière: « Seigneur Jésus, nous ne sommes rien, nous ne valons rien, nous ne pouvons rien, nous n'avons rien, si ce n'est le péché. Nous sommes des serviteurs inutiles, par nature enfants de colère, les derniers des hommes et les premiers des pécheurs A nous donc, à nous confusion et ignominie, mais à vous honneur, louange et gloire dans les siècles des siècles Ainsi soit-il » ! Redire cette prière à midi, après l'examen particulier, et le soir, avant de prendre son repos.

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