‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 60 sur 102 · JÉSUS MODÈLE PARFAIT D'HUMILITÉ DANS LA SAINTE EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JÉSUS MODÈLE PARFAIT D'HUMILITÉ DANS LA SAINTE EUCHARISTIE

Prélude. — Se transporter en esprit au saint Tabernacle, et adorer avec foi et amour Notre-Seigneur caché, anéanti sous les saintes espèces, comme dans le linceul qui enveloppa son corps sacré, quand il fut détaché de la Croix. Réciter avec dévotion la belle prière de saint Thomas d'Aquin : Adoro te supplex, latens Deitas (Manuel de piété)

Tu croyais hier, ô mon âme, avoir trouvé le dernier terme des abaissements de ton Dieu dans les ignominies de sa Passion ; tu te trompais: c'est bien dans l'Eucharistie que se trouve le dernier degré de son humiliation, son anéantissement le plus complet

Dans l'Incarnation, Dieu s'était comme anéanti dans l'homme ; la divinité était cachée, voilée sous l'enveloppe de la nature humaine, mais au moins l'humanité était visible, projetant comme un reflet

de la nature divine Un Dieu qui naît pauvre, sur

la paille d'une étable, exposé à toutes les injures de

l'air voilà un bien grand anéantissement, sans

doute Mais, sur son berceau, une troupe d'anges fait retentir les airs d'un beau cantique de joie

qui manifeste sa divinité : « Gloria in excelsis Deo »

Un Dieu qui, pendant sa vie de trente-trois

ans, n'a pas «où reposer sa tête», et ne recueille souvent pour ses bienfaits que mépris et abjection

voilà un bien grand anéantissement, sans doute

Mais la divinité se manifeste ouvertement, en

opérant des prodiges, des œuvres évidemment divines. Un Dieu bafoué devant les tribunaux de Jérusalem, un Dieu qui meurt entre deux scélérats

voilà un bien grand anéantissement, sans doute

Mais il n'a pas plus tôt rendu le dernier soupir que le ciel se trouble, la terre tremble, toutes les créatures ébranlées confessent sa divinité et arrachent au centenier ces paroles: « Vere Deus erat iste.

Vraiment cet homme était Dieu»

Dans l'Eucharistie, rien de pareil : comme au sépulcre, c'est un Dieu en qui il ne paraît rien de Dieu : ni la puissance ni la sagesse... . en qui même il ne paraît rien de l'homme; ni le mouvement ni la parole

ni le sentiment Ce n'est plus seulement le Dieu,

c'est l'homme lui-même qui a disparu, et encore plus qu'au tombeau, où il conservait au moins encore la forme extérieure d'un corps humain. .. . (Considérer l'abaissement, l'humiliation inouïe d'un Dieu obéissant quelquefois à un prêtre indigne, consentant à habiter une conscience souillée ... .)

En vérité, ô mon âme, n'est-ce pas là le comble des humiliations de ton Maître, et, pour ainsi parler,

le couronnement de tous ses anéantissements?

Adorer de nouveau ces anéantissements de Notre- Seigneur, en se redisant la belle parole de saint Bernard : « Quanta pro me vilior tanto mihi caviar. Plus il s'abaisse pour moi, plus il m'est cher».

A la vue de ces abaissements successifs, de ces anéantissements toujours croissants de mon Sauveur, pourrais-je craindre encore de descendre, de m'abaisser, de m 'humilier? Pourrais-je encore appréhender de parcourir ces trois degrés d'humilité que jusqu'alors je n'ai connu, hélas! que spéculativement et en théorie : se mépriser soi-même, comme n'étant digne en effet que de mépris, voilà le premier degré ; désirer que tout le monde entre dans les mêmes sentiments à notre égard, et nous juge comme nous nous jugeons nous-mêmes, voilà le second; ne pas se contenter de souffrir patiemment les mépris, les recevoir avec satisfaction, les rechercher avec le même empressement qu'ont les âmes mondaines pour les louanges, les distinctions et les honneurs, voilà le troisième. Où en suis-je? Et pourtant s'il est ici-bas quelqu'un qui mérite le mépris, l'abjection, n'est-ce pas moi ? (Se rappeler avec confusion toutes les fautes de la vie passée et demander à Notre-Seigneur, comme autrefois Augustin, d'en recevoir sur la terrele châtiment) : «Frappez, Seigneur, en ce monde. Frappez, brûlez, tranchez, ne m'épargnez pas, pourvu que vous m'épargniez dans l'éternité». Puisque je n'ai pas le courage de m'abaisser moi-même, ô mon Dieu, ô mon Sauveur, suppléez à ma faiblesse, en me ménageant des abjections et en me donnant la force de les subir.

Résolution. — Se dire souvent dans la journée cette parole qu'adressait autrefois saint Bonaventure à un de ses religieux: «Courage, mon frère,

descends, descends encore ; abaisse-toi, abaisse-toi encore : jamais tu ne seras plus bas, plus humble que ton Maître. Humilior Christo non eris». Dans son action de grâces, s'entretenir cœur à cœur avec le Sauveur, en empruntant quant à la substance ces belles paroles du saint cardinal Bona:

« Eh quoi ! Seigneur, vous, le Créateur de l'univers entier, vous êtes dans le sein de la plus vile créature: vous, le Fils unique de Dieu, le maître des maîtres du monde, vous êtes dans la poitrine de votre plus abjecte servante ! N'était-ce pas assez pour votre amour de vous être humilié une fois, ô bon Maître, d'avoir pris la forme d'un esclave ou plutôt d'un ver de terre, et fallait-il encore que vous veniez habiter en moi, le plus misérable des vermisseaux?

Comment souffrez-vous, ô doux Jésus, qu'une

pécheresse aussi coupable vous porte dans son cœur

aussi souillé? Mais tel a été votre amour pour

l'humiliation ; cendre et poussière, je vous adore, ô Dieu humble par excellence. O Verbe anéanti, détruisez en moi tout orgueil, tout amour-propre, toute

vanité: que je ne me glorifie qu'en vous Si j'ai

quelque bonne qualité, quelque mérite, loin de m'attribuer quoi que ce soit, faites que je reconnaisse que j'ai tout reçu de vous, vous, la source de tous les biens, et que je vous en rapporte toute la gloire.

Promettre à Notre-Seigneur de faire encore un

sacrifice d'amour-propre ; le déterminer et tâcher

de pouvoir lui offrir la réalisation de cette promesse à la visite au Saint-Sacrement.

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