COMMENT NOTRE-SEIGNEUR L'A PRATIQUÉE
Prélude. — Se figurer Jésus-Christ au milieu de ses ennemis en butte à tous les traits et n'opposant que sa patience à leur fureur. Assister à la scène du Calvaire, voir l'acharnement féroce des bourreaux, et écouter les paroles que laissent tomber ses lèvres divines: «Mon Père, pardonnez-leur: ils ne savent ce qu'ils font ».
Notre-Seigneur ne s'est pas contenté de nous donner des leçons de douceur ; il a voulu au précepte du Maître joindre les exemples du modèle. Les prophètes l'avaient d'avance désigné au monde comme un «roi pacifique», un «roi plein de mansuétude», comme «le prince de la douceur et de la bonté ». Isaïe l'avait montré comme un « agneau», se laissant porter sans se plaindre sur l'autel où devait couler son sang. Un autre prophète l'avait représenté comme un père à la voix douce et suave, et dont les paroles ne devaient jamais éclater en contradiction. « Le roseau froissé, il ne devait pas le briser; la mèche encore fumante, il ne devait pas l'éteindre»...
Mais admire, ô mon âme, combien la réalité a surpassé les figures. Le Sauveur était si doux dans ses
jeunes années que sa seule présence dissipait les ennuis, il n'était connu que par sa douceur, on lui en donnait le nom: «Allons à la douceur pour retrouver la joie», disait-on Et, pendant sa vie publique, quelle mansuétude ! avec quelle bénigne patience il supportait les défauts de tous! Jamais
sur ses lèvres la moindre plainte jamais sur les
traits de son visage la moindre altération Et
cependant bien s'en fallait qu'il trouvât sympathie de nature, attrait de caractère dans ceux qui l'approchaient. ... (Ses disciples sont grossiers rustiques sans éducation il s'accommode à leur
faiblesse, il éclaire doucement leur ignorance, il les
appelle ses amis Les pharisiens, les docteurs de
la loi lui tendent des pièges, lui posent des questions captieuses ; il les traite presque toujours avec la plus grande modération, et, quand son amour des âmes le porte à démasquer leur hypocrisie pour empêcher la séduction, il a toujours soin de ménager leur autorité ) Quelle bonté, quelle douceur surtout à
l'égard des pauvres égarés ! C'est par cette inaltérable douceur qu'il convertit la Samaritaine, qu'il gagne la femme adultère, touche Marie-Madeleine,
attire à lui Zachée Mais comment apprécier les
exemples de mansuétude qu'il nous offre dans le cours de sa Passion? Il se laisse embrasser par le disciple traître et se contente de lui dire: «Ami, pourquoi êtes-vous venu ici ? Est-ce donc par un baiser que vous trahissez le Fils de l'homme» ? Le premier de ses Apôtres le renie, il jette sur lui un regard de douceur qui éveille le repentir dans son cœur coupable. Il est au plus fort de l'affliction: pendant que, par excès de douleur, il «sue le sang» au jardin des
Oliviers, il ne trouve qu'indifférence dans le cœur
de ceux qu'il aime avec tant de prédilection «Ils
dorment» ils n'ont pas une larme à mêler à ses
larmes, pas un mot pour adoucir son amertume et
cicatriser ses plaies que dis-je? pas une fibre
dans leur cœur qui semble vibrer «Ils dorment). et le bon Maître se contente de leur dire
avec tendresse : « Eh quoi ! vous n'avez pu veiller une heure avec moi >/ ? Ses bourreaux le maudissent le flagellent le crucifient pas
une récrimination, pas une menace, pas une plainte
il demande grâce pour eux (Approfondir
chacun des traits de cette ineffable clémence )
O mon âme, tu le sais, ressemblerai! Sauveur, devenir ce qu'il est en l'imitant, voilà ton devoir, voilà ta mission. « On ne mérite de porter le nom de chrétien, dit saint Cyprien, qu'en faisant passer en soi, autant qu'on le peut, les sentiments, les mœurs, la
vie de Jésus-Christ» Or qu'y a-t-il de commun
entre mon esprit et l'esprit de Jésus ? En quoi res-
semblé-je à ce divin modèle? (Etablir dans le
silence de l'âme une sorte de parallèle entre la vie
du Sauveur et la sienne propre Examiner si
chaque jour amène un nouveau trait de ressemblance avec lui Si, à la lumière de cet examen,
on découvre un certain progrès, se demander si ce n'est pas surtout avec les personnes sympathiques que l'on a plus de douceur il n'est pas nécessaire d'être chrétienne, à plus forte raison d'être
pieuse, pour avoir cette douceur naturelle Une
âme sincèrement dévouée à son Dieu doit être, com-
me lui, douce, calme, bonne surtout à l'égard de ceux pour lesquels on n'éprouve instinctivement aucun attrait )
O Seigneur mon Dieu, vous êtes « la voie, la vérité et la vie » Hors de cette voie, je m'égare;
loin de cette vérité, je m'aveugle; séparée de cette
vie, je meurs Pardon, mon Dieu, d'avoir si peu
vécu de votre vie jusqu'à présent, tout en me nourrissant chaque jour de votre chair adorable. Je veux aller aujourd'hui à vous, et m instruire à l'école de douceur que vous tenez dans votre sacrement. Et, puisque c'est l'effet admirable de la sainte Communion de nous transformer en vous, faites, je vous en conjure, qu'à votre entrée dans mon âme, toutes mes mauvaises inclinations disparaissent pour faire place à votre vertu, afin que désormais, en me voyant, on puisse réellement m'appliquer cette sublime qualification d'une âme chrétienne, d'une âme pieuse: « Un chrétien, une chrétienne, c'est un autre Jésus- Christ » .
Résolution. — Ne pas se pardonner légèrement les fautes contre la douceur. S'en humilier devant Dieu, en faire pénitence exactement et sur-le-champ, surtout lorsqu'on s'y laisse échapper à l'égard d'inférieurs ou de personnes peu chrétiennes que notre
impatience pourrait scandaliser Demander cette
belle vertu de douceur après l'action de grâces après la Communion, en récitant la belle prière: O Jesn vivens in Maria
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE