SES EXEMPLES
Prélude. — Envisager le inonde comme une grande et unique famille, ayant pour chef, pour père Notre-Seigneur Jésus-Christ, redisant sans cesse à tous les hommes, ses enfants: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Diligite invicem, sic ut et egodilexi vos »
Demander au bon Maître la grâce de bien comprendre ses divins exemples et de marcher sur ses traces: «Jetu, exemplar caritatis, trahe nos post te. Jésus, modèle de charité, entraînez-nous après vous »
Comment pourrais-tu comprendre, ô mon âme, si le Sauveur ne t'envoyait lui-même son Esprit divin pour t'éclairer de ses ineffables lumières, comment pourrais-tu comprendre la charité infinie de ce bon Maître pour les hommes ; comment pourrais-tu en mesurer les étonnantes dimensions dont parle l'Apôtre : et cette « hauteur » qui s'élève au-dessus des lieux, et cette «profondeur» qui descend au-dessous des abîmes, et cette «largeur» qui embrasse l'immensité, et cette « longueur » qui s'étend d'une éternité à l'autre? Pourquoi le Verbe incréé quitte-
t-il les splendeurs célestes et vient-il revêtir nos humiliantes livrées ? C'est par amour pour nous: «Propter nos hommes» Pourquoi l'étable avec sa pauvreté, pourquoi la crèche avec sa paille, pourquoi
le froid, pourquoi les larmes du divin Enfant?
«Proptemos homines » Pourquoi Nazareth avec
ses privations, son obscurité? Toujours par
amour pour nous : « Sic Dens dilexit mudum»
Et, dans sa vie publique, quels exemples de charité!
Il pleure sur Jérusalem; il renvoie la femme
adultère sans la condamner; il agrée les parfums de Madeleine ; il visite l'infidèle Samaritaine ; il s'assied à table avec les publicains; il prodigue sa tendresse aux petits enfants; il essuie les larmes des pauvres mères, des sœurs désolées ; il guérit les infirmes, il
évangélise les pauvres, il console les affligés En
vérité, le monde vit-il jamais une âme plus aimante, plus tendre, plus expansive que celle de l'adorable
Jésus? H y a un mystère d'amour dans chacune
de ses démarches il y a un exemple de charité
dans toutes ses actions.
Mais ce n'était pas encore assez pour son cœur: il faut aller au Calvaire voir ses membres cloués au
gibet sa chair déchirée son sang ruisselant
Il faut recueillir son dernier soupir, qui est encore un soupir d'amour pour leshommes Le Calvaire est le vrai théâtre de sa charité Et l'autel,
où il demeure où il s'immole où il se donne
à toute âme qui s'approche de lui, l'autel ne montret— il pas plus éloquemment encore l'excès...... la suprême limite de sa charité? Et n'a-t-ii pas droit
de nous dire, ce bon Maître, dans sa crèche, dans sa
vie, dans sa mort, dans son tabernacle: «Aimezvous les uns les autres comme je vous ai aimés » ?
Compare maintenant, ô mon âme, ta charité fraternelle avec celle de ton divin modèle.
Jésus-Christ a aimé les hommes d'un amour de prévenance. Comme le bon pasteur, il a couru après la
brebis égarée quifuyait devant lui comme le père
de famille, il est allé à la rencontre du prodigue ..
C'est ce que nous révèlent si admirablement son Incarnation sa naissance et sa vie Est-ce ainsi,
ô mon âme, que jusqu'à ce jour tu as aimé ton prochain ? ton cœur vole-t-il au-devant de ses besoins? Sais-tu prévenir ses nécessités?.... . sais-tu
lui épargner la peine de solliciter ta bienfaisance?
Es-tu heureuse d'aller chercher sa misère pour la soulager et ses chagrins pour les consoler?.... . .
Jésus-Christ a aimé les hommes d'un amour de condescendance et de support Il aimait ses Apôtres
malgré leur grossièreté Il aimait son peuple malgré ses injustices et son ingratitude Toujours
doux et affable envers ceux qui l'approchaient, on le voyait supporter bénignement les saillies de leur
caractère et quelquefois les prétentions de leur
vanité toujours son humeur était égale et bienveillante Reconnais-tu ce caractère à ta prétendue charité envers le prochain, ô mon âme? Comment jusqu'à ce jour as-tu accueilli les personnes
dont les goûts étaient contraires aux tiens dont
l'humeur ne cadrait pas avec la tienne dont les
inclinations ne s'harmonisaient pas avec les tiennes? Hélas! ne peux-tu pas dire avec confusion que
souvent tu as agi avec elles comme situ n'eusses pas
reconnu en elles ton prochain?
Enfin, Jésus-Christ a aimé les hommes d'un amour de sacrifice et d'immolation. Pour eux, il a sacrifié
son repos son honneur son sang et sa vie.
Qu'as-tu sacrifié jusqu'à ce jour, ô mon âme, pour
l'amour de tes frères? Est-ce ton repos? Que de
fois tu as reculé devant une œuvre de charité, parce
qu'il aurait fallu te condamner à quelque gêne
Est-ce ton honneur? Est-ce ton amour-propre? Estce ta fortune? Est-ce ton sang? Hélas! pourquoi faut-il que si souvent tu te sois trouvée arrêtée dans l'exercice de la charité par quelque vue humaine, par
quelque motif terrestre Oh! du moins, à l'avenir
applique-toi à aimer tes frères comme Jésus ton maître les a aimés.
Résolution. — Faire dans la journée une œuvre de charité qui renferme les trois caractères de l'amour de Notre-Seigneur. S'imposer un sacrifice pour aller au-devant d'une misère vers laquelle on ne se sent nul attrait.
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE