JÉSUS MODÈLE DE CHARITÉ ENVERS LE PROCHAIN SON ENSEIGNEMENT DIVIN
Prélude. — Se représenter la colline sur laquelle le divin Maître donna à ses Apôtres et à la foule bienheureuse qui l'accompagnait ses célestes leçons sur la charité. S'associer par l'imagination et par le cœur aux Apôtres et à la foule, et recueillir avec le plus religieux respect les paroles qui tombent des lèvres du Sauveur : « Parlez, Seigneur, votre servante écoute ».
Le précepte de la charité fraternelle, tu le sais, ô mon âme, avait été donné par le Seigneur au peuple juif. Eh bien ! voici le Sauveur ton maître qui le renouvelle en ces termes: «On a dit aux anciens:
Vous aimerez votre prochain et moi je vous dis:
Aimez vos ennemis faites du bien à ceux qui
vous haïssent Qu'est-ce qu'aimer ceux qui nous
aiment? les païens le font bien» Mais c'est peu
d'entendre Jésus-Christ promulguer ce commandement dans le cours de sa mission : sur le point de mourir pour nous, dans ce doux épanchement du cceur qu'il eut avec ses disciples, il se sert des termes les plus tendres pour le laisser plus vivement empreint dans les cœurs. Trois fois il leur en recom-
mande l'observation, et semble la leur demander au
nom du sacrifice qu'il fait pour eux de sa vie
C'est comme un père qui, sur son lit de mort, entouré de ses enfants, leur manifeste ses dernières volontés sur un point qu'il a infiniment à cœur, et les presse, les conjure d'y être fidèles : « Mes petits enfants, filioli) je vous laisse ce commandement tout nouveau : Aimez-vous les uns les autres ». « C'est à cette marque de l'amour fraternel que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples » Tel est mon précepte à moi, mon précepte de choix et de prédilection, celui qui renferme tous les autres: «Hoc est prœceptum meum ».
Or, jusqu'à quel point tu dois aimer tes frères, ô mon âme, c'est ton bon Maître qui te l'apprend luimême, en te montrant dans le Ciel le beau modèle de charité qu'il veut établir sur la terre. Ecoute la belle prière qu'il adresse à son Père, la veille de sa mort, pour ses chers disciples et pour tous les chrétiens : « Père » ! Que lui demande-t-il ? Que la paix, la
concorde règne entre nous? Non, ce n'est pas
assez Que nous soyons unis comme les Chérubins et les Séraphins le sont entre eux au Ciel?
Non, c'est trop peu encore Il demande à son
Père que nous soyons unis, ou plutôt que nous soyons un comme il est un avec lui : « Ut sint unum, sicut et nos unum sumus »
Essaye d'approfondir ces sublimes paroles, ô mon
âme Le modèle de l'union qui doit exister entre
nous est l'unité même, l'unité parfaite du Père et du Fils Le Père et le Fils s'aiment d'un amour sincère ; que notre charité ne connaisse ni les faux semblants ni la dissimulation Le Père et le Fils s'ai-
ment d'un amour constant et éternel; que notre charité soit constante, inaltérable, à l'abri de ces vicissitudes que subissent perpétuellement les affections
purement humaines « Ut sint unum, sicut et nos
nnum siimtts»
Après avoir pesé la gravité du précepte de la charité, rentre en toi-même, ô mon âme, sonde tes dispositions les plus intimes, et demande-toi, sous l'œil de Dieu, qui te commande d'aimer tes frères, si réellement jusqu'à ce jour tu as eu la vraie charité chrétienne, la vraie charité fraternelle. Il y a au sein du Christianisme des âmes qui croient aimer le prochain, mais qui dans le prochain n'aiment que ceux qui sont selon leur choix, selon leur goût, selon leurs
inclinations, selon leur humeur et leur caractère
Elles font un choix de personnes privilégiées les
autres, elles les trouvent incommodes et à charge Ces âmes, elles se font illusion sur l'accomplissement du précepte de la charité chrétienne. Ne serais-tu pas de ce nombre? Si la charité ne fait
acception de personne, si elle est universelle, elle est aussi sincère et tendre ; elle rend le cœur sensible à ce qui touche et regarde le prochain ; elle prend à cœur ses intérêts, cherche les moyens de le secourir
dans sa détresse de le consoler dans ses peines
Dire qu'on aime son prochain et ne vivre que
pour soi, ne se donner pour ses frères aucun mouvement, ne prendre aucune mesure; c'est avoir la charité sur les lèvres, et n'avoir dans le cœur que glace. Ce n'est point là répondre à la volonté du divin Maître La charité est aussi constante et
inaltérable: il y a une sorte de charité qui est, pour ainsi dire, journalière et de caprice : aujourd'hui gracieuse, aimable et prévenante ; demain sombre et inabordable ; tantôt douce, patiente, tantôt irritable et de mauvaise humeur ; aujourd'hui ardente et empressée, demain languissante et presque entièrement
éteinte La perpétuelle persévérance de notre
charité doit être l'image de l'éternelle unité du Père céleste et de son Verbe: « Ut sint imum, sicut et nos
unumsumus* Est-ce ainsi que tu l'as comprise et
pratiquée jusqu'à ce jour, ô mon âme?
Adorable Sauveur, qui nous avez tracé en termes si exprès et si formels le commandement de la charité fraternelle, daignez m'en inspirer les doux sentiments ; établissez-la dans mon cœur et faites-la régner dans toute ma conduite.
Résolution. — Faire un acte de charité après la méditation, après l'action de grâces à la suite de la sainte Communion, après l'examen particulier, après la visite au Saint-Sacrement et après la prière du soir. S'appliquer à trouver dans la journée une occasion de témoigner une charité vraiment chrétienne à quelque personne à l'égard de laquelle on aurait pu, dans le passé, manquer au précepte.
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE