‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 65 sur 102 · LA SAMARITAINE OU LE MYSTÈRE DE LA GRACE 1° L'APPEL DE LA GRACE · texte numérisé non relu

LA SAMARITAINE OU LE MYSTÈRE DE LA GRACE 1° L'APPEL DE LA GRACE

Prélude. — Se représenter le Sauveur Jésus assis sur la margelle du puits de Jacob, et la Samaritaine qui vient y puiser de l'eau. Apprécier le contraste frappant qui existe entre le Dieu trois fois saint et la

femme coupable et se rappeler deux mots de

saint Augustin : « Misera et misericordia » ; d'un côté, c'est la misère même; de l'autre, c'est la miséricorde infinie

Quand la Samaritaine eut rempli ses vases d'eau, elle se mit en route vers sa demeure ; mais le Sauveur l'arrêta tout aussitôt, en lui disant de sa voix suave : « Femme, j'ai soif: ne me donneras-tu pas un peu

d'eau?» «J'ai soif»! Comment le Sauveur, la

fontaine des grâces, peut-il éprouver la soif? «Ah! dit saint Ambroise, il a soif non du breuvage que donnent les hommes, mais de leur salut ;'il a soif non de l'eau qui coule dans le monde, mais de la rédemption des âmes» « Sa soif, dit saint Augustin, elle

provient de son cœur plus que de sa bouche ; ce n'est pas l'eau que la Samaritaine a tirée du puits qu'il désire; c'est sa foi, c'est la conquête de son âme» Approfondis, ô mon âme, cette demande de

Jésus-Christ à la Samaritaine qui s'éloigne : tu y découvriras un profond mystère de la grâce, qui va sur les traces de la créature s'éloi^nant de Dieu : l'homme ne pense pas à Dieu, il ne le cherche pas, et la divine bonté se met sur sa route et va à sa rencontre ; c'est le bon Maître qui, par sa grâce, fait les premières démarches, qui l'appelle, qui l'invite, qui l'attire, qui court pour l'arrêter dans le chemin de la perdition.

Telle est la grâce. Elle est, comme son mot l'indique, purement gratuite ; elle ne dépend pas, comme l'enseigne saint Paul, du mérite de nos œuvres, mais

de la seule bonté de Dieu C'est Dieu qui nous

cherche : sans cela nous ne pourrions le trouver

C'est Dieu qui nous appelle: sans cela irions-nous à lui?

Gratuite dans son principe, la grâce est douce et suave dans son action: est-ce un attrait irrésistible?

est-ce une délectation victorieuse ? Comment

le dire? elle prend toutes les formes, elle parle tous les langages, elle s'approprie aux goûts, elle s'adapte aux inclinations, pour triompher du cœur sans le violenter. Elle choisit les chemins qui viennent le

plus directement à l'âme elle va vers les côtés

les plus faibles du cœur pour y mieux pénétrer

Pour convertir les Mages, qui ont du goût pour l'astronomie, elle se sert d'une étoile Pour attirer

Pierre le batelier du lac de Génézareth à la suite de

Jésus, elle fait le miracle de la pêche Pour gagner

la Samaritaine qui vient puiser de l'eau, elle demande à boire Quelle miséricordieuse et toute paternelle industrie de notre Dieu dans le mystérieux appel que la grâce fait aux cœurs qu'il veut gagner !

Ce premier appel de la grâce fait par le Sauveur à la Samaritaine, le bon Maître se plaît souvent à le faire entendre aux âmes ; mais, ô mystérieuse profondeur de ses desseins adorables, il y a des âmes qu'il appelle plusieurs fois, il y en a d'autres qu'il n'appelle qu'une seule fois ; si ces dernières résistent à la première grâce, si elles se montrent sourdes aux premières invitations de Dieu qui les appelle à la conversion, elles perdent par leur faute toutes les autres grâces qui leur étaient préparées, et qui devaient leur être données comme prix de leur correspondance et de leur docilité Le Sauveur n'appelle pas toujours: quelquefois il appelle, puis il passe. Heureux ceux qui, à la première invitation, le

suivent sans aucun délai ! « Ce qui me fait le plus

trembler, dit saint Augustin, ce n'est pas Jésus- Christ qui humilie, qui mortifie, qui afflige et punit

mais c'est Jésus-Christ qui appelle et qui passe

car souvent, une fois passé, il ne se retourne pas

pour appeler encore»

Pour toi, ô mon âme, tu dois le reconnaître, le bon Maître a toujours agi avec une prédilection toute miséricordieuse ; il ne s'est pas contenté de t'appeler

une fois il ne s'est pas contenté de frapper une

seule fois à la porte de ton cœur Hélas ! s'il était

passé sans se retourner, s'il n'avait attendu patiemment que tu lui ouvres, que serais-tu devenue?

Ne sais-tu pas que depuis longtemps il t'appelle, t'appelle sans cesse? Sa grâce te poursuit, te poursuit sans relâche Quesontces illuminations mystérieuses qui viennent si souvent te découvrir les

ingratitudes de ta vie passée et la misère de ton état

présent? Que sont ces troubles, ces angoisses,

ces remords, ces appréhensions que tu sens parfois

t'assaillir à la pensée des jugements divins? Que

sont ces mouvements salutaires du cœur, ces pieux désirs, ces saints attraits vers la vertu et tout ce qui

plaît à Dieu ? Que sont surtout ces épreuves, ces

tribulations, ces croix qui viennent successivement ébranler ta pauvre nature, la détacher de tout ce qui

passe? Ne reconnais-tu pas là la voix de ton

Dieu qui t'appelle, qui te presse avec instance de t'attacher à lui, à lui seul, de vivre pour lui, pour

lui seul, de mourir chaque jour avec lui? C'est

ton Dieu qui commence, mais tu dois le suivre

c'est ton Dieu qui parle, mais tu dois écouter

c'est ton Dieu qui éclaire et inspire, mais tu dois

comprendre et obéir

O mon Dieu, faites que désormais, en ce moment même, comme la Samaritaine, je réponde sans retard, immédiatement à votre invitation que,

comme un de vos serviteurs, je réponde de suite : « Me voici, Seigneur, parce que vous m'avez appelée» que, comme votre prophète, je puisse dire :

« Maintenant je commence, voici un changement qui

vient d'en-haut» Hélas! que de commencements

avortés il y a eu déjà dans ma vie ! Quand donc

arrivera le commencement vrai, le changement sincère et durable opéré par vous, ô mon Dieu?

Résolution. — Demander au Saint-Esprit, en récitant le Veni Creator, la grâce de répondre toujours désormais au premier appel de Dieu

TEMPS APRÈS LA PENTECOTE

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