LA SAMARITAINE OU LE MYSTÈRE DE LA GRACE 1° L'APPEL DE LA GRACE
Prélude. — Se représenter le Sauveur Jésus assis sur la margelle du puits de Jacob, et la Samaritaine qui vient y puiser de l'eau. Apprécier le contraste frappant qui existe entre le Dieu trois fois saint et la
femme coupable et se rappeler deux mots de
saint Augustin : « Misera et misericordia » ; d'un côté, c'est la misère même; de l'autre, c'est la miséricorde infinie
Quand la Samaritaine eut rempli ses vases d'eau, elle se mit en route vers sa demeure ; mais le Sauveur l'arrêta tout aussitôt, en lui disant de sa voix suave : « Femme, j'ai soif: ne me donneras-tu pas un peu
d'eau?» «J'ai soif»! Comment le Sauveur, la
fontaine des grâces, peut-il éprouver la soif? «Ah! dit saint Ambroise, il a soif non du breuvage que donnent les hommes, mais de leur salut ;'il a soif non de l'eau qui coule dans le monde, mais de la rédemption des âmes» « Sa soif, dit saint Augustin, elle
provient de son cœur plus que de sa bouche ; ce n'est pas l'eau que la Samaritaine a tirée du puits qu'il désire; c'est sa foi, c'est la conquête de son âme» Approfondis, ô mon âme, cette demande de
Jésus-Christ à la Samaritaine qui s'éloigne : tu y découvriras un profond mystère de la grâce, qui va sur les traces de la créature s'éloi^nant de Dieu : l'homme ne pense pas à Dieu, il ne le cherche pas, et la divine bonté se met sur sa route et va à sa rencontre ; c'est le bon Maître qui, par sa grâce, fait les premières démarches, qui l'appelle, qui l'invite, qui l'attire, qui court pour l'arrêter dans le chemin de la perdition.
Telle est la grâce. Elle est, comme son mot l'indique, purement gratuite ; elle ne dépend pas, comme l'enseigne saint Paul, du mérite de nos œuvres, mais
de la seule bonté de Dieu C'est Dieu qui nous
cherche : sans cela nous ne pourrions le trouver
C'est Dieu qui nous appelle: sans cela irions-nous à lui?
Gratuite dans son principe, la grâce est douce et suave dans son action: est-ce un attrait irrésistible?
est-ce une délectation victorieuse ? Comment
le dire? elle prend toutes les formes, elle parle tous les langages, elle s'approprie aux goûts, elle s'adapte aux inclinations, pour triompher du cœur sans le violenter. Elle choisit les chemins qui viennent le
plus directement à l'âme elle va vers les côtés
les plus faibles du cœur pour y mieux pénétrer
Pour convertir les Mages, qui ont du goût pour l'astronomie, elle se sert d'une étoile Pour attirer
Pierre le batelier du lac de Génézareth à la suite de
Jésus, elle fait le miracle de la pêche Pour gagner
la Samaritaine qui vient puiser de l'eau, elle demande à boire Quelle miséricordieuse et toute paternelle industrie de notre Dieu dans le mystérieux appel que la grâce fait aux cœurs qu'il veut gagner !
Ce premier appel de la grâce fait par le Sauveur à la Samaritaine, le bon Maître se plaît souvent à le faire entendre aux âmes ; mais, ô mystérieuse profondeur de ses desseins adorables, il y a des âmes qu'il appelle plusieurs fois, il y en a d'autres qu'il n'appelle qu'une seule fois ; si ces dernières résistent à la première grâce, si elles se montrent sourdes aux premières invitations de Dieu qui les appelle à la conversion, elles perdent par leur faute toutes les autres grâces qui leur étaient préparées, et qui devaient leur être données comme prix de leur correspondance et de leur docilité Le Sauveur n'appelle pas toujours: quelquefois il appelle, puis il passe. Heureux ceux qui, à la première invitation, le
suivent sans aucun délai ! « Ce qui me fait le plus
trembler, dit saint Augustin, ce n'est pas Jésus- Christ qui humilie, qui mortifie, qui afflige et punit
mais c'est Jésus-Christ qui appelle et qui passe
car souvent, une fois passé, il ne se retourne pas
pour appeler encore»
Pour toi, ô mon âme, tu dois le reconnaître, le bon Maître a toujours agi avec une prédilection toute miséricordieuse ; il ne s'est pas contenté de t'appeler
une fois il ne s'est pas contenté de frapper une
seule fois à la porte de ton cœur Hélas ! s'il était
passé sans se retourner, s'il n'avait attendu patiemment que tu lui ouvres, que serais-tu devenue?
Ne sais-tu pas que depuis longtemps il t'appelle, t'appelle sans cesse? Sa grâce te poursuit, te poursuit sans relâche Quesontces illuminations mystérieuses qui viennent si souvent te découvrir les
ingratitudes de ta vie passée et la misère de ton état
présent? Que sont ces troubles, ces angoisses,
ces remords, ces appréhensions que tu sens parfois
t'assaillir à la pensée des jugements divins? Que
sont ces mouvements salutaires du cœur, ces pieux désirs, ces saints attraits vers la vertu et tout ce qui
plaît à Dieu ? Que sont surtout ces épreuves, ces
tribulations, ces croix qui viennent successivement ébranler ta pauvre nature, la détacher de tout ce qui
passe? Ne reconnais-tu pas là la voix de ton
Dieu qui t'appelle, qui te presse avec instance de t'attacher à lui, à lui seul, de vivre pour lui, pour
lui seul, de mourir chaque jour avec lui? C'est
ton Dieu qui commence, mais tu dois le suivre
c'est ton Dieu qui parle, mais tu dois écouter
c'est ton Dieu qui éclaire et inspire, mais tu dois
comprendre et obéir
O mon Dieu, faites que désormais, en ce moment même, comme la Samaritaine, je réponde sans retard, immédiatement à votre invitation que,
comme un de vos serviteurs, je réponde de suite : « Me voici, Seigneur, parce que vous m'avez appelée» que, comme votre prophète, je puisse dire :
« Maintenant je commence, voici un changement qui
vient d'en-haut» Hélas! que de commencements
avortés il y a eu déjà dans ma vie ! Quand donc
arrivera le commencement vrai, le changement sincère et durable opéré par vous, ô mon Dieu?
Résolution. — Demander au Saint-Esprit, en récitant le Veni Creator, la grâce de répondre toujours désormais au premier appel de Dieu
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE