LA SAMARITAINE OU LE MYSTÈRE DE LA GRACE 2° NATURE ET PRIX DE LA GRACE
Prélude. — Se transporter de nouveau près du puits de Jacob et entendre tomber cette parole des lèvres du divin Sauveur: « Si scires donum Dei, si vous connaissiez le don de Dieu » ! Demander à l'Esprit-Saint la grâce de bien comprendre cette parole adressée par Jésus-Christ à la femme de Samarie. Vent, sancte Spiritus
Ce don si précieux, si inestimable, dont parle le bon Maître à la Samaritaine, c'est la grâce, dont il est à la fois la source et le distributeur ; cette grâce qu'il compare à une eau vive et mystérieuse qui désaltère à jamais. Examine, ô mon âme, dans le silence intérieur de tes puissances, les touchants rapports d'analogie qui existent entre l'eau naturelle et la grâce, et tu apprécieras mieux peut-être que tu n'as su le faire jusqu'ici la nature intime de ce don merveilleux de Dieu
i° L'eau, elle lave et purifie le corps de toute souillure la grâce, elle lave ; elle purifie les âmes des
taches du péché — 2° L'eau, elle rafraîchit la
terre brûlée par les ardeurs du soleil la grâce,
elle éteint en nous les ardeurs de la concupiscence
— 3° L'eau, elle sert à apaiser, à étancher la
soif la grâce, elle apaise les désirs fiévreux du
cœur, elle dégoûte des plaisirs grossiers des sens
ainsi que de toute jouissance condamnable —
40 L'eau, qu'elle tombe en douce rosée ou en pluie
bienfaisante, elle féconde, elle fertilise le sol la
grâce, elle développe, fait germer et croître en nous
des vertus surnaturelles et divines — 5° L'eau,
elle fait du bien par sa seule vue, elle réjouit le cœur
du voyageur qui traverse le désert la grâce, en
ce triste désert qu'on appelle la vie, si semé d'épreuves et de tribulations, elle porte les cœurs affligés à la sainte joie de Dieu — 6° L'eau vive, bien différente de l'eau stagnante, est toujours en mouvement la grâce, toujours active, toujours agissante en nous, devient le principe de toutes nos œuvres — 7° L'eau ranime les défaillances physiques l'expérience démontre que, pour conserver la vie, la boisson est encore plus nécessaire que
la nourriture la grâce est l'aliment qui fait vivre
l'âme d'une vie toute surnaturelle et toute divine
c'est par elle que, suivant l'énergique expression de saint Pierre, nous devenons comme « participants», dans notre vie spirituelle, «de la nature même de
Dieu »
As-tu toujours compris, ô mon âme, la nature de la grâce? .. .. L'as-tu toujours estimée, cette grâce de Dieu, et as-tu toujours eu recours à sa divine influence, soit pour purifier tes souillures soit pour
apaiser tes passions, soit pour t'avancer dans la vertu, soit pour te consoler dans tes peines, en un mot, pour vivre ici-bas de la véritable vie, de la vie de Dieu?
Tu as déjà pressenti, ô mon âme, en méditant la nature de la grâce, son prix et son excellence; mais il y a dans le texte évangélique une circonstance qui peut être pour toi comme une révélation. Ce n'est que quand il fut harassé de la fatigue du chemin, nous dit l'auteur sacré, et vers la sixième heure que Notre-Seigneur Jésus-Christ s'assit près de la fontaine symbolique. « Cette fatigue du voyage, ce sont, dit saint Augustin, les labeurs, les privations, les souffrances de sa vie mortelle » ; « la sixième heure à laquelle il se repose, c'est, continue le môme Docteur, l'heure à laquelle il s'étend sur l'arbre de la Croix comme pour s'y reposer » Quel enseignement profond, ô mon âme ! quel mystère plein de suavité! Si Jésus-Christ attend la Samaritaine, s'il la désaltère de son eau merveilleuse s'il la convertit, c'est parce qu'il a souffert, c'est par les mérites
de sa vie de sa passion et de sa mort future
L'efficacité de son eau ou, en d'autres termes, la puissance de sa grâce vient de ses fatigues, c'est-àdire de sa vie laborieuse, humble, pénitente, de sa
Passion et de sa mort au Calvaire C'est de la
Croix, c'est des plaies sanglantes du divin Crucifié que jaillissent les sources miséricordieuses où toutes les âmes, figurées par la Samaritaine, doivent venir puiser les eaux du salut
O excellence de la grâce ! elle est un bien supérieur à tout ce qui n'est pas Dieu, elle est le prix des
travaux, des souffrances et de la mort d'un Dieu
11 est donc vrai de le dire, ô mon âme, quand tu réunirais tout ce que la terre et la mer renferment de
trésors, quand tu y ajouterais tout ce que ton imagination peut concevoir ici-bas de plus précieux la
moindre grâce est mille fois plus digne d'exciter ton envie. ... D'où est donc venu ton aveuglement de négliger, de refuser, de laisser tomber à terre en
tant de circonstances ce don de Dieu « donum
Dei» ? Pardon, mon Dieu, pardon
Résolution. — Redire souvent dans la journée comme oraison jaculatoire la réponse de la Samaritaine à Notre-Seigneur, mais dans un sens tout spirituel : « Domine, da inihi bibere hanc aqnam> ut non sitiam. Seigneur, donnez-moi à boire de cette eau, je veux en boire, afin que je n'aie plus soif».
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE