LA SAMARITAINE OU LE MYSTÈRE DE LA GRACE 3° NÉCESSITÉ DE LA GRACE
Prélude. — Se demander ce que serait devenue la Samaritaine, si le Sauveur Jésus ne l'avait attendue
près du puits de Jacob Hélas! sans le divin
Maître, elle aurait continué de vivre dans son infidélité sans Jésus-Christ, sans sa grâce, elle se serait
perdue ; avec Jésus-Christ, avec sa grâce, elle a été
sauvée Demander à Notre-Seigneur la lumière
surnaturelle nécessaire pour bien comprendre la nécessité de la grâce
Pour bien connaître l'histoire du cœur humain depuis six mille ans, il te suffit, ô mon âme, d'étudier le cœur de la Samaritaine ; il te suffit de descendre dans ton pauvre cœur Toujours et partout le cœur humain a été ce qu'il était chez la femme de Samarie, ce qu'il est en toi-même, faible, essentiellement faible. Voir ce qui est bien, l'approuver même :
video meliora proboque,
Détériora seqnor
et pourtant faire le mal, telle est en quelques mots la peinture exacte, faite par un poète même du paga-
nisme, de notre misère native.. .. Saint Paul exprime avec plus d'énergie encore ces défaillances du cœur, réduit aux seules forces de la nature: «Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas .... car je sens dans mes membres une loi qui combat la loi de mon esprit et qui me tient
captif sous la loi du péché malheureux homme
que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort » ?
Et le grand Apôtre se répond à lui-même : « La
grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Gratta Del per Jesum Christmn Dominum nostrum ».
Tu l'as appris, en effet, ô mon âme, du divin Maître lui-même: sans la grâce, sans ce secours surnaturel et tout divin dont Jésus-Christ est le principe et le distributeur, le triomphe du mal sur le bien esta peu près inévitable : « Sine me, nihil potestis facere. Sans moi, vous ne pouvez rien faire », le Seigneur ne dit pas, remarque-le bien avec saint Augustin, sans moi vous ne pouvez faire que peu de chose, mais vous ne
pouvez rien « De même, ajoute le divin Sauveur,
que la branche n'a ni sève ni vigueur quand elle est
séparée du tronc» «de même, dit saint Irénée,
qu'une terre desséchée ne peut produire aucun fruit, tant qu'elle n'est point arrosée par les pluies bienfaisantes du Ciel » de même nulle âme ne saurait
porter des fruits de vie, nulle âme ne saurait rien faire pour le salut, sans cette pluie salutaire et bienfaisante, sans la grâce que Dieu envoie d'en-haut
Telle est, ô mon âme, la nécessité de la grâce
C'est bien peu de chose, ce semble, que d'avoir une bonne pensée? Eh bien ! l'Apôtre saint Paul déclare
que cette bonne pensée, tu ne peux la former en toimême sans le secours de Dieu Rien de plus facile
que de prononcer le doux nom de Jésus? Eh bien ! le même Apôtre affirme que tune peux le prononcer
avec fruit sans un mouvement du Saint-Esprit
La grâce divine t'est donc nécessaire, indispensable pour la vie spirituelle, comme l'air t'est nécessaire,
indispensable pour l'entretien de ta vie physique
Tu sens à chaque instant des forces mystérieuses et invisibles qui te sollicitent au mal ; il te faut à chaque instant la grâce pour faire contre-poids à cette
pression Souvent d'épaisses ténèbres couvrent
ton intelligence, et t'exposent à t'égarer dans la voie du salut; il te faut la grâce, cette illumination d'en-
haut pour les dissiper Par nature tu es inerte
pour le bien, tes puissances intérieures sont comme paralysées; il te faut une impulsion énergique qui t'anime et te mette en mouvement, il te faut la grâce
Tu éprouves à chaque heure des défaillances
qui t'accablent ; il te faut une vertu souveraine qui te relève, il te faut la grâce Tu t'inclines spontanément vers la terre et vers tout ce qui est terrestre; il te faut un levier mystérieux qui, prenant son point d'appui en Dieu, te détache du monde pour ï élever
au-dessus de toi-même, il te faut la grâce Tu es
sans cesse exposée à mille traits plus dangereux les uns que les autres de l'invisible ennemi; il te faut une armure impénétrable comme celle dont parle saint Paul, qui te protège et te rende invulnérable,
il te faut la grâce
Comprends donc bien, ô mon âme, de manière à ne l'oublier jamais, la nécessité indispensable de la grâce ; reconnais, en t'humiliant, ton impuissance
absolue pour faire quoi que ce soit de méritoire pour
la vie éternelle et écrie-toi avec le Roi-prophète:
«C'est en vain, oui, c'est en vain, que nous travaillerions à élever l'édifice de notre sanctification, si Dieu lui-même n'y mettait la main ; c'est en vain que nous veillerions pour le défendre, si Dieu lui-même ne daignait s'en faire le gardien : Nisi Dominas œdificaverit domum, in vanum labor avérant qui œdificant eam »
Résolution. — Redire trois fois dans la journée, cette belle prière : « Domine Jesa Christe, nihil sumas, nihil possumus, nihil valemus, nihil Jiabemus prœter peccatum: servi inutiles samas , naturel filii irœ, novissimi virorum et primi peccatorum : nobis igitur confusio et ignominiœ : tibi autem honor et gloria in sœcula sœculorum. — Amen».