‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 7 sur 102 · CE QUE J'AI FAIT POUR LUI DEPUIS LE BAPTÊME · texte numérisé non relu

CE QUE J'AI FAIT POUR LUI DEPUIS LE BAPTÊME

Prélude. — Adorer l'auguste Trinité, qui, par un bienfait tout gratuit, a bien voulu, dès mon entrée dans la vie, m'adopter pour son enfant et me donner droit à son héritage. Me représenter vivement le mystère qui s'est opéré au fond de mon âme, au moment où coula sur mon front l'eau sainte du sacrement, et offrir avec expansion au Dieu créateur, au Dieu sauveur, au Dieu sanctificateur l'expression la mieux sentie de la reconnaissance pour cette grâce privilégiée.

Ce que dieu a fait pour moi dans le baptême. — En quel état déplorable suis-je apparue à la terre ? Ma foi me l'apprend. Le péché originel, comme un poison mortel, avait été inoculé au plus intime de mon être: enfant de la colère de Dieu par nature, suivant l'expression de saint Augustin, j'étais l'objet de ses vengeances et destinée aux plus cruels supplices ; esclave du démon qui me tenait asservie sous sa puissance tyrannique je devais être à jamais malheureuse avec lui ; ... mais, par un privilège auquel

je n'avais nul droit, le céleste Médecin a eu pitié de moi, j'ai été admise au saint Baptême. C'est alors que, comme l'enseigne un saint docteur, Grégoire le Théologien, j'ai été entièrement transformée, je suis devenue une nouvelle créature: à la place de l'être humain vicié, mon Sauveur a créé en moi un être tout nouveau, tout divin. Comme un ouvrier habile refond, par le moyen du feu, un vase brisé pour en faire un vase neuf, ainsi mon adorable Maître, par le feu de son Esprit-Saint, m'a refaite en quelque sorte et m'a donné une vie nouvelle, qui est une participation à la nature divine ..

Ce n'était pas encore assez : le disciple bien-aimé, saint Jean, m'apprend que, dès ce jour, je suis entrée en société intime avec Dieu le Père, avec Jésus- Christ, son Fils, et avec l'Esprit-Saint... Dieu le Père m'a adoptée pour sa fille et, à partir de ce moment, « Nul n'a été père pour moi autant que lui »... Une fois admise dans cette glorieuse famille des enfants de Dieu, Jésus est devenu, suivant le mot des saints Livres, mon frère aîné; une fois entrée dans le corps mystique dont il est le chef, je suis devenue un de ses membres... Ce n'était pas encore assez : mon âme, sanctifiée par la grâce, est devenue la demeure de l'Esprit-Saint, qui est venu résider en elle comme dans un temple... Quelle bonté immense de Dieu! L'enfer a été fermé sous mes pas, et, en regardant le Ciel avec ses ineffables jouissances et son éternelle béatitude, j'ai pu me dire : « Voilà mon héritage »... Oh ! que de grâces dans une seule grâce ! que de bienfaits dans un seul bienfait !. . .

D'ailleurs n'est-ce pas cette grâce qui a été pour moi le principe et la cause de toutes celles dont

mon Dieu n'a cessé de me combler jusqu'à cette

heure? Les délices de piété de certains jours de

mon enfance, les joies d'une première réconciliation avec Dieu dans le sacrement de Pénitence, les joies plus pénétrantes encore de l'union avec le Sauveur dans la première Communion, l'effusion des dons et des fruits de l'Esprit-Saint dans la Confirmation, le bonheur incomparable du retour à Dieu après de longs jours d'égarement et d'oubli, les communications intimes de la grâce dans la pureté de conscience et dans les exercices pieux, toutdécoule de mon baptême Que de dons dans un seul don ! plus

tard même, au Ciel, si j'ai le bonheur d'y parvenir, comme j'en ai la douce confiance, quand je serai enivrée de félicité dans la vue, l'amour et l'embrassement éternel de mon Dieu, si je me demande quel a été le principe de mon bonheur, je devrai me répondre : C'est le Baptême

Le Baptême, par son eau sainte et régénératrice, c'est vraiment le « don de Dieu » dont parlait le

Sauveur à la femme de Samarie ; c'est cette eau

vive que le bon Maître a promis autrefois de donner à ceux qui croiraient en lui, et, qui jointe aux autres ruisseaux, c'est-à-dire aux autres dons et aux autres grâces, forme dans l'âme une source

divine qui rejaillit jusqu'à l'éternelle vie Il est donc

bien vrai de dire, avec saint Grégoire, qu'entre tous les bienfaits de Dieu le plus magnifique, le plus signalé, c'est le Baptême, et qu'entre tous les jours de la vie un des plus beaux — le plus beau peutêtre, — c'est l'anniversaire du jour du Baptême. (Rester quelques instants absorbée dans l'effusion la plus vive de reconnaissance enversDieu pour cette inénar-

rablegrâce, puis réciter, en union avecMarie, le cantique de l'action de grâces : « Magnificat » )

Ce que j'ai fait pour Dieu depuis le Baptême. — Je viens de voir bien imparfaitement ce que Dieu a fait pour moi, en m'admettant au saint Baptême ; qu'ai-jefait pour luipendantle temps qui s'est écoulé depuis cet heureux jour ? à part quelques années rares et clairsemées dans cette période de mon existence, n'est-ilpas vrai quej'ai méconnul'obligation de mener la vie pure, sainte et sanstache que m'imposait le carac tère démon Baptême ?... Oh ! quand viendra la mort (peut-être ne tardera-t-elle pas : cette fin d'année m'avertit de la brièveté de sa vie, le nouvel an me fait approcher du terme), oh ! quand viendra la mort et qu'il me faudra paraître devant le tribunal de mon Dieu, avec mes œuvres bonnes ou mauvaises, qui, seules, me suivront, accompagnée de mon bon Ange, qui présentera au souverain Juge toutes mes bonnes œuvres, et du démon qui n'aura pas été moins

fidèle à tenir un compte exact de mes méfaits ,

ma conscience me rend-elle le consolant témoignage que je pourrai présenter à Jésus-Christ un grand nombre d'oeuvres méritoires et la robe de mon innocence

baptismale ? Hélas ! cette robe, qui m'avait été

donnée toute blanche, toute resplendissante au Baptême, je l'ai traînée dans la fange les serments

de fidélité que j'avais faits à mon Dieu, je l'ai ai violés j'ai donc été parjure Moi, si délicate

en matière d'honneur, j'ai été parjure ! j'avais promis de renoncer au démon, et j'ai été longtemps son esclave soumise, sa servante fidèle : ses œuvres,

que j'avais désavouées, ont été les miennes ; j'ai

voulu connaître ses pompes, que j'avais abjurées, ses

fêtes profanes et séductrices : telles ont été les

causes des nombreuses et graves prévarications de

ma vie J'ai abusé de mon esprit de mon

cœur de ma volonté de tout mon être (Se

rappeler avec confusion toutes les fautes de sa vie et

s'humilier avec le plus profond regret ).

Il n'est que trop vrai, ô mon Dieu, je n'ai pas été fidèle aux engagements de mon Baptême, je n'ai pas honoré par mes actes ma dignité de chrétienne, je n'ai que trop mérité par mes ingratitudes que vous

refusiez de me reconnaître pour votre enfant

Mais votre bonté et votre miséricorde ont bien voulu me pardonner, vous m'avez permis de laver dans votre sang divin les souillures de mon âme, vous m'avez redonné pure et brillante la robe de mon Baptême, et, soutenue par votre grâce, malgré ma déplorable inconstance, malgré mon excessive fragilité, je l'ai conservée sans tache. Oh ! ne permettez pas

que jamais je la souille de nouveau Mourir, oui,

plutôt mourir en ce moment que de vous offenser jamais, ô Dieu de mon Baptême, ô miséricordieux Maître, ô tendre Père !

Résolution. — S'accuser de nouveau en général, au saint tribunal de la Pénitence, de toutes les fautes de la vie, et les laver de nouveau dans le sang de Jésus-Christ et les larmes du repentir. Réciter le Miserere la face prosternée contre terre. Renouveler après la sainte Communion, entre les mains du divin Maître, les promesses du Baptême.

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