CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
(Ier janvier)
Prélude. — Contempler Marie portant l'Enfant Jésus dans ses bras pendant les apprêts de la dure cérémonie ; se rendre compte du douloureux serrement qu'elle dut éprouver alors dans son cœur maternel... L'heure dusacrifice est arrivée l'instrument
de l'immolation a déjà déchiré la chair sacrée de l'Enfant-Dieu, en lui faisant endurer les angoisses
d'une cruelle douleur Entendre avec Marie ses
soupirs, ses cris plaintifs, voir les larmes de la Mère et du Fils couler avec abondance par la force de la
douleur O Jésus, ô Marie, offrez vos larmes en
expiation de mes fautes ; qu'elles servent à laver, à purifier ma pauvre âme
S'offrir à Jésus et à Marie avec ferveur ; leur donner ce premier jour de l'année qui commence ; leur donner surtout les premiers instants de ce jour, en faisant cette oraison avec toute la perfection dont nous sommes capables
Dès les premiers instants de sa conception, pendant les neuf mois qu'il avait passés dans le sein de Marie, le Seigneur Jésus n'avait cessé de se présenter à son Père comme une victime d'expiation pour les
péchés du monde C'était l'offrande du sacrifice.
A peine est-il sorti du sein maternel que l'expiation commence: sous le couteau de la loi, la chair innocente du céleste Agneau est déchirée,... son sang
coule sur ses membres si délicats, mais « le peu
qu'il en répand aujourd'hui, suivant un mot de Bossuet, oblige à Dieu tout le reste ». Ce mystère est le prélude, l'acceptation solennelle et authentique de son crucifiement et de sa mort au Golgotha : aujourd'hui le sang coule par gouttes,... alors il ruissellera,
il coulera à flots Oh ! entends ton Sauveur, ô
mon âme, s'approprier dès ce jour ces mots du Prophète : « Ego in flagella paratus sum »... Me voici enfin au comble de mes vœux : je désirais m'immoler pour le salut des hommes, j'aspirais après les souffrances et les tourments du sacrifice ma divinité
seule ne pouvait s'allier ni à la souffrance ni à mes desseins de compatissante miséricorde ; je vais enfin les remplir, maintenant que j'ai un corps mortel... O mon Père, vous avez maintenant le moyen de venger votre gloire outragée... Frappez, frappez-moi, que tous vos coups s'appesantissent sur mon corps,
mais épargnez les hommes Et vous, ô hommes,
ô mes frères, reconnaissez en moi celui qui vient payer vos dettes et vous arracher aux vengeances célestes;... reconnaissez en moi votre Sauveur... Je vous ai promis mon sang, voici qu'il commence à couler pour vous... Que ne puis-je déjà le verser tout entier, en mourant pour vous donner la vie !
Réfléchis, ô mon âme, sur cet étonnant mystère, et prends soin de t'en faire à toi-même l'application...
Un Dieu qui souffre pour sa créature, et une créature qui ne veut pas souffrir pour son Dieu !... Un Dieu voué, au début de sa carrière mortelle et pendant toute sa vie, à la pénitence, à la mortification,... et mon cœur qui n'aspire qu'à la jouissance Comprends donc la nécessité de marcher sur les traces de ton divin modèle : par sa circoncision, le Sauveur t'engage à la circoncision spirituelle, c'est-à-dire à la circoncision de l'esprit, du cœur et des sens... c'està-dire à une pénitence sérieuse, à une vraie mortification En dehors de ces émouvants exemples de
l'Homme-Dieu, n'y avait-il pas, d'ailleurs, pour toi obligation rigoureuse de te condamner à une mortification continuelle ?... Le pécheur, dit un grand Docteur, est un homme né pour la pénitence, et le grand pécheur pour une pénitence sévère : « Homo ad pœnitentiam natus ». (Se faire à soi-même, en embrassant d'un coup d'œil rapide sa vie passée, l'application de ce mot ; la conclusion s'en déduit
tout naturellement et sans effort )
O Jésus ! vous que j'aperçois aujourd'hui sanglant et tout meurtri, vous, adorable Sauveur, qui, à peine entré dans la vie, avez voulu souffrir et subir dans toute sa rigueur la loi de l'expiation, vous qui, par la circoncision douloureuse de votre corps, avez voulu nous donner le modèle de la circoncision spirituelle de nos âmes, vous connaissez les défaillances de notre pauvre nature, vous savez combien elle a horreur de la souffrance, combien elle évite et fuit par
tous les moyens la pénitence et la mortification Je
vous en conjure, venez à mon secours, mettez-moi au cœur le courage dont j'ai besoin dans ce travail de
mort à moi-même Faites que je meure de plus en
plus pour vivre en vous et avec vous
Résolution. — Se priver aujourd'hui d'une jouissance permise pour expier les plaisirs défendus auxquels on s'est livré ; unir les souffrances et les contrariétés de la journée aux douleurs de Jésus dans sa circoncision.
EPIPHANIE
(6 janvier)