‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 74 sur 102 · TEMPS APRÈS LA PENTECOTE SUR.L'AMOUR DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

TEMPS APRÈS LA PENTECOTE SUR.L'AMOUR DE L'ÉGLISE

Prélude. — Se rappeler une parole de l'apôtre saint Paul: «Si quis non amat dominum nostrum Jesum Christum, sit anathema ! Si quelqu'un n'aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème » ! Or, ce divin Maître, il règne au plus haut des Cieux à la droite de son Père, il demeure caché et anéanti dans nos tabernacles au sacrement de son amour, mais aussi il vit, il agit, il souffre visiblement dans son sacerdoce, dans son Eglise, et une grande âme catholique a pu dire: «L'Eglise, c'est l'Incarnation permanente du Verbe divin».

Impossible de bien comprendre, ô mon âme, ce que c'est que l'Eglise sans sentir par contre-coup sur-le-champ le besoin de l'aimer. Or, tous les Pères et tous les docteurs sont unanimes à appeler l'Eglise l'épouse de Notre-Seigneur Jésus-Christ: tSponsa Christi». C'est d'ailleurs ce qu'enseigne implicitement l'apôtre saint Paul, dans un mot de son Epître aux Ephésiens, qui dilata ton cœur le jour où tu le lus pour la première fois, où tu vins t'agenouiller au pied de l'autel pour recevoir cette bénédiction divine qui consacra ton union sur la terre (union contractée pour obtenir le bonheur et qui fut si

féconde en épreuves). Non, ô mon âme, tu ne pus lire sans émotion ce mot dans l'épître de la Messe: «Maris, aimez vos femmes, comme Jésus-Christ aima son Eglise. Viri, diligite uxores vestras sicut et Christus dilexit Ecclesiam^. Ah! c'est que le modèle, l'idéal de toute affection, c'est l'amour de Jésus-Christ pour son Église

C'est pour conquérir cette épouse mystérieuse qu'il a abaissé les hauteurs des Cieux et s'est revêtu

de notre misérable chair Pour elle le froid et

l'indigence de Bethléem pour elle le pain noir

de Nazareth avec les sueurs de l'atelier pour

elle les mécomptes de la vie publique pour elle

les angoisses de Gethsémani,les avanies du Prétoire,

les douleurs du crucifiement C'est par l'effusion

de son sang enfin que Jésus-Christ scella son alliance

avec l'Eglise : « Acquisivit sanguine suo » Mais

l'Église n'est pas seulement l'épouse de Jésus-Christ, elle est aussi notre mère. ... Si nous avons une mère dans l'ordre de la nature, au sein de laquelle Dieu nous a donné l'être, nous avons aussi une mère selon la grâce, qui nous a enfantés à Jésus- Christ et au Ciel: c'est l'Église. .... Grâces de lumières surnaturelles dans l'enseignement de la

foi grâces de guérison dans nos infirmités

spirituelles grâces de forces intimes au sein de

nos fragilités par le moyen des sacrements nous

devons tout à l'Église

Oui, ô mon âme, c'est à cette mère, bonne de la bonté même de son divin Époux, que tu dois les meilleures joies (elles sont bien rares ici-bas les joies, mais n'est-il pas vrai que tout ce que le monde décore du nom de joie n'apporte au cœur que le

vide et le désenchantement, et que les jouissances

seules de la foi font du bien? ) C'est aussi à elle

que tu dois les seules consolations réelles que tu aies pu goûter au milieu de tes grandes peines (les consolateurs du monde, suivant le mot du Saint- Esprit, sont vraiment des consolateurs onéreux et à charge: « Consolatores onerosi » ; les consolations de la foi sont les seules efficaces .... ) Voilà l'Eglise, ô mon âme : c'est l'épouse de 'Jésus-Christ, c'est ta mère dans l'ordre de la grâce. ...

La conclusion est toute tirée, ô Jésus, ô mon Sauveur: je dois aimer votre Église comme vous l'avez aimée vous-même ; mais enseignez-moi quels caractères doit revêtir mon amour pour votre sainte épouse?

L'amour sincère, c'est la communauté parfaite des sentiments, c'est l'échange mutuel et réciproque des jouissances et des douleurs: donc aimer l'Église, c'est se réjouir de ses joies, de ses triomphes, de ses conquêtes, mais c'est aussi souffrir de ses alarmes,

de ses angoisses Or, dans nos temps tourmentés,

hélas! rares et bien rares sont les joies de l'Église... débordant d'amertume est le calice de ses peines... Toutefois, pour partager les sentiments de l'Église, il faut les connaître, voilà pourquoi l'amour pour l'Église doit être animé d'une préoccupation constante et, pour ainsi dire, d'une sainte curiosité à l'égard de ce qui la touche; donc il faut aimer à s'entretenir de l'Église, se plaire à lire le récit de ses œuvres non pas seulement sur le théâtre restreint où l'on vit, mais encore sur toute l'étendue du

monde, et surtout à Rome, centre et foyer de son

action et de sa vie S'intéresser à l'Église dans

une perpétuelle et douce préoccupation du cœur, entrer en partage des juies et des souffrances de l'Église, tel est donc le devoir de toute âme sincèrement chrétienne. Pourtant cela ne suffit pas: il faut que l'amour de l'Église soit effectif. Aimer, c'est rendre à l'objet de nos affections tous les services dont il a besoin ; mais quels services peux-tu rendre à l'Église, ô mon âme? Plus important que tu ne le penses est ton rôle. Quand une barque frêle et chétive est assaillie par la tempête, tous ceux qui la montent ont leur mission et leur mandat, et souvent on ne peut échapper au naufrage que si chacun est fidèle à son poste et à son devoir. Eh bien ! en ces jours où la barque de l'Église est ballottée par les vents et les orages sur les flots tumultueux d'une mer agitée, comme autrefois la barque de Pierre sur le lac de Génézareth, toi aussi, ô mon âme, tu as ton poste dans la manœuvre Le divin pilote, Jésus- Christ ton Sauveur, semble dormir: c'est à toi de t'appliquer à l'éveiller, « Dais valt rogari, Dieu veut être prié » , dit l'Esprit divin: il faut donc que tu pries, que tu pries dans le secret de ton oratoire, que tu

pries en public dans le temple sacré La prière,

c'est le cri qui doit tirer Notre-Seigneur du sommeil

dont il paraît atteint Un moyen plus sûr de lui

faire entendre sa voix, c'est d'aller à lui, de l'appeler du fond de son tabernacle, de le recevoir en ton cœur, et alors de lui parler avec confiance, de faire

violence à son amour Mais le mo}7en infaillible

de l'éveiller, c'est de pousser le grand cri, le cri qui sort du sang répandu, le cri de la souffrance; c'est de

souffrir avec résignation et patience et amour; donc, ô mon âme, en souffrant pour l'Église, tu la sauveras

sûrement du naufrage Nul peut-être dans l'Église

ne saura d'où sera arrivé le secours, mais celui-là le saura qui voit le fond des cœurs, celui qui aime son Église et qui récompense ceux qui partagent avec lui cet amour

Résolution. — Faire la sainte Communion pour les besoins de l'Église ; puis réciter cinq Pater et cinq Ave à la même intention.

TEMPS APRÈS LA PENTECOTE

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