SUR LA CONFIANCE EN DIEU, AU MILIEU DES MALHEURS PUBLICS
Prélude. — Adorer Notre-Seigneur personnellement présent au saint Tabernacle, et recueillir de ses lèvres divines ces paroles qu'il en laisse tomber pour notre consolation et notre encouragement: «Nolite solliciti esse», prenez garde de succomber sous le poids de l'inquiétude. Vous avez un Père dont la bonté égale la puissance, qui veille sur vous avec la sollicitude la plus tendre. Il sait le nombre des cheveux de votre tête, pas un ne peut tomber sans sa permission; «ne craignez point, nolite timere » .
C'est bien aux jours des grandes épreuves et des déchirantes angoisses que tu as besoin, ô mon âme, d'entendre ces paroles rassurantes de ton Sauveur. Puissent-elles, en te prémunissant contre le trouble, la défaillance, le découragement, t'affermir dans une
confiance sereine et toute filiale ! Les calamités
publiques, les malheurs sociaux, le Père qui est au Ciel ne les permet ou ne les ordonne que dans un dessein de bienveillance ou de prédilection. S'il précipite un peuple tout-à-coup et à l'improviste dans uue détresse extrême, c'est pour l'arracher à l'indif-
férence léthargique dans laquelle il était comme endormi ; s'il fait pencher en un instant une société tout entière vers l'abîme, c'est afin de lui apprendre que, loin d'être maîtresse de sa destinée, elle a audessus d'elle un souverain auquel on ne s'attaque pas
impunément s'il « ébranle la terre sous nos pieds»,
s'il secoue les royaumes du haut du Ciel, s'il sème au milieu de nos campagnes et de nos cités la désolation et la ruine, c'est pour nous faire comprendre que, tout secours humain, tout appui temporel venant à nous manquer, nous n'avons pour unique ressource, pour seule planche de salut que son intervention
protectrice et miséricordieuse Comprends-le
donc pratiquement, ô mon âme: le Dieu qui afflige est le Dieu qui console; le Dieu qui éprouve est le Dieu qui soutient ; le Dieu qui frappe est le Dieu qui sauve. Entre donc dans les sentiments du saint roi David, s'écriant avec confiance: «Le Seigneur est mon salut, il protège ma vie: qu'ai-je à craindre»? Que tous mes ennemis à la fois se déchaînent contre moi, que des armées entières conjurent ma perte, mon cœur ne craint rien, ô mon Dieu, parce que vous êtes mon soutien. «Non timebo mal a, quoniam tu
mecum es » Imite le saint homme Job, disant au
milieu des grandes calamités qui pesaient sur lui : «Quand le Seigneur m'ôterait la vie qu'il m'a donnée, j'espérerais encore en lui. Etiam si occidcrit
me, in ipso sperabo » Imite le grand Apôtre,
s'écriant avec calme au sein des plus rudes tribulations: «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous Si Deus pro nobis, quis contra nos» ?
Telle est, ô mon âme, la confiance qui doit toujours régner dans un cœur chrétien, au milieu des calamités sociales comme au sein des épreuves personnelles. Sous l'impulsion de ce sentiment, ce cœur est calme : demandant à son Dieu, ou plutôt à son Père, secours et assistance, il attend avec patience et résignation. . .. Quand même le Seigneur paraîtrait sourd à sa prière, il se garde bien de l'accuser d'être étranger à ses souffrances et indifférent à ses maux A ses yeux, le retard mystérieux de la Providence n'est pas un oubli, mais plutôt un miséricordieux calcul d'amour; sa rigueur apparente n'est
qu'une secrète industrie de sa bonté L'Esprit-
Saint lui apprend dans la sainte Ecriture que Dieu fait tout pour ses élus : « Omnia propter electos », et que pour eux, en Jésus-Christ, le bien peut sortir du mal: «Omnia cooperantur in bonum». Voilà pourquoi il ne se trouble point de voir se continuer les calamités et les épreuves, malgré ses prières, malgré ses instances, malgré ses supplications adressées à Dieu avec la plus ferme confiance ; il envisage, en se plaçant sur les hauteurs de la foi, le salut des âmes : il les voit rentrer en elles-mêmes sous les coups de la justice divine qui les frappe; il les voit forcées de reconnaître que le remède à leurs maux est dans la pénitence, puisque le mal est dans le péché ; il les voit revenir à Dieu et à l'accomplissement de sa loi et, au lieu de se laisser aller à des récriminations contre ce Dieu bon qui n'a pas écouté de suite sa prière, il le remercie, il le bénit d'avoir frappé, d'avoir frappé violemment, d'avoir frappé
longtemps, puisque ses coups ont été des actes de sa bonté convertissant, guérissant les âmes et les
amenant au salut Que ce tableau d'un cœur
chrétien, reposant, au sein des fléaux publics, avec une confiance sereine sur le cœur de Dieu, ne passe pas stérile aujourd'hui sous tes yeux, ô mon âme. Toi aussi, en ces jours de douloureuses épreuves, monte sur les hauteurs de la foi, et, tout en priant ton Père qui est au Ciel, d'abréger le temps de la tribulation, de détourner loin de nos têtes ses foudres vengeresses, comprends que le châtiment luimême est une grâce, et abandonne-toi avec la soumission la plus parfaite, la confiance la plus résignée entre ses mains divines
Résolution — Réciter avec la confiance la plus
ferme le Psaume Detis noster refugium etvirtus
et chasser toute pensée de crainte et de découragement
TEMPS APRÈS LA PENTECOTE
SUR LA PIÉTÉ