‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 76 sur 102 · SA NATURE · texte numérisé non relu

SA NATURE

Prélude. — Se rappeler la recommandation qu'adressait autrefois l'apôtre saint Paul à son cher disciple Timothée : «Exerce te ip s uni ad pietatem. Formez-vous à la piété». ... Demander à l'Esprit-Saint la grâce de comprendre le prix inestimable de ce présent, dont il se plaît à gratifier ses amis ici-bas

Vent, Sancte Spiritus

Si tu veux te rendre, ô mon âme, un compte exact de la nature de la vraie piété, interroge Tangélique docteur saint Thomas d'Aquin, et il t'apprendra qu'elle consiste dans une disposition habituelle de l'âme à aimer Dieu, comme un enfant aime son père

La piété, c'est l'amour filial du bon Dieu Tu

peux voir par là, ô mon âme, ce qu'est un cœur vraiment pieux : c'est celui qui porte dans ses relations avec Dieu toute la délicatesse d'affection du meilleur

fils envers le plus tendre des pères Un fils aimant

ne se borne pas à accomplir les ordres rigoureux de son père; il trouve dans l'obéissance un bonheur secret, une onction intime et cachée qui lui rend tout facile l'accomplissement de ce devoir. Ainsi l'âme

pieuse Elle éprouve un goût, un attrait mystérieux pour tout ce qui se rapporte au service de son Père du Ciel. Pour elle, la loi divine n'est pas un joug, ou du moins elle est un joug bien doux et bien

léger Pour elle le sentier des vertus chrétiennes

n'est pas âpre et dur ; elle le gravit sans souffrance, attirée, entraînée par celui qu'elle aime et qui lui tend

la main Oh! qu'il connaissait bien la piété, ce

saint quia su la rendre si aimable, saint François de Sales! C'est lui qui nous dit qu'elle est le sentiment persévérant d'une affection dévouée, la confiance simple, naïve, filiale d'un petit enfant envers son père: «Voyez les petits enfants, continue le saint ÉvOque dans un langage d'une simplicité naïve et toute pleine d'onction : ils aiment leur bon père, ils sont pleins de confiance en lui, non point parce qu'ils craignent d'être châtiés, ni qu'ils attendent un héritage, mais parce qu'ils sont portés, nourris, soignés, dorlotés par lui ; ainsi les âmes pieuses honorent Dieu comme un père très aimable, le servent avec amour, sans appréhension des supplices ni prétention des récompenses, mais se laissant porter entre les bras de sa bonne Providence, tout ainsi qu'il lui plaît». ...

Est-ce ainsi, ô mon âme, que tu as envisagé la piété jusqu'à ce jour? Peux-tu te flatter d'avoir bien apprécié ce don de l'Esprit de Dieu? Le grand Apôtre nous apprend qu'il y a ici-bas des âmes assez malheureuses pour se faire, en ce point, les plus dangereuses illusions ; elles croient avoir de la piété et n'en ont que l'apparence: « Speciem habentes pietatis, virtutem autem ejus abnegantes». Elles se conten-

tent de pratiquer la forme sans se donner la peine de pratiquer le fond. « Il y a des gens, dit Bossuet, qui sont bouleversés, s'ils n'ont pas dit leur chapelet et leurs autres prières réglées, ou s'il manque quelque Ave Maria à la dizaine. Je ne les blâme pas, à Dieu ne plaise ! je loue dans leurs exercices de piété une exactitude religieuse ; mais qui pourrait supporter qu'ils arrachent tous les jours sans peine quatre ou cinq préceptes à l'observance du Décalogue, et qu'ils foulent aux pieds les plus saints devoirs

du christianisme» ? C'est bien, en vérité, à ces

âmes que peuvent s'appliquer ces paroles du prophète Isaïe : « Elles mettent leur confiance dans des

choses de néant, et elles s'amusent à des vanités

la toile qu'elles ont tissue est une toile d'araignée, telas araneœ texuerunt...... elle ne pourra les revêtir

et elles ne seront point couvertes par leurs œuvres

telœ eorum non erunt in vestimenium, neque

operientur operibus suis » Aussi lit-on dans saint

Augustin que, pour sauver son âme, il ne suffit pas d'avoir la forme et les pratiques de la piété : il faut encore en avoir la vertu, le fond. La forme est bonne, sans doute, la forme est sainte: « Bona forma, sancta forma» ; mais que vaut la forme sans le fond? Sed

quid valet forma, si non liabeat radicem» ?

Examine sérieusement ton passé, ô mon âme ; hélas! que de fois, par une trop facile illusion, tu as cru pouvoir te ranger au nombre des âmes vraiment pieuses, parce que tu remplissais dans le cours de tes journées une multitude de pratiques religieuses ! Ce n'était que la forme ; mais la substance,

peux-tu te rendre le témoignage de l'avoir toujours possédée, c'est-à-dire à l'extérieur de la vie chré-

tienne as-tu toujours uni le fond, un véritable amour de Dieu, un amour filial, obéissant, efficace, joint à une charité sincère envers le prochain? Écoute dans le silence la réponse de ta conscience...

Résolution. — Faire précéder, dans le courant de la journée, toutes les pratiques de piété d'un acte d'amour filial envers Notre-Seigneur.

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