‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 77 sur 102 · SES FONDEMENTS · texte numérisé non relu

SES FONDEMENTS

Prélude. — Adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ en sa qualité de médiateur de Dieu et des hommes, comme l'appelle saint Paul : « Mediatorem Dei et

hominum » et recueillir avec respect ces paroles

tombant de ses lèvres divines: «Sans moi personne ne peut arriver au Père. Nemo venit ad Patrem, nisi per me »

Connaître, aimer, servir Notre-Seigneur, en lui et avec lui aller au Père par l'amour surnaturel, voilà la vraie piété. Etre pieux, c'est, suivant la parole du grand Apôtre, élever en soi l'édifice spirituel de Jésus-Christ; c'est, selon l'expression de saint Bernard, faire de son âme une sorte de Ciel et une demeure de Dieu. Or, avant de bâtir l'édifice, il faut déblayer le terrain; pour former un paradis dans son âme, il faut la purifier de toutes ses souillures. Il y a donc, ô mon âme, pour la piété une double base: le renoncement à soi-même et l'union à Jésus- Christ N'est-ce pas ce bon Maître qui nous

apprend lui-même que, pour marcher à sa suite, plus encore, pour s'unir à lui, il faut se renoncer : «Si quis vult post me venir e, abneget semetipsum ».

Mais qu'est-ce à dire: se renoncer? C'est travailler à déraciner toutes les inclinations mauvaises que nous avons apportées en naissant, c'est faire mourir le vieil homme, c'est extirper tous les germes des convoitises perverses qui nous asservissent, dans

une certaine mesure, au joug de l'esprit du mal

Se renoncer, ce n'est pas seulement retrancher tout ce que l'on trouve en soi de corrompu, c'est en même temps combattre tout ce que l'on voit autour de soi

capable de nous séduire C'est combattre, haïr

ce monde, que l'Esprit-Saint nous dépeint plongé tout entier dans le mal : « Totus mundus in maligno positus est», et dont les maximes sont en flagrante

contradiction avec la doctrine de Jésus-Christ

Voilà, ô mon âme, le premier fondement de la piété, le renoncement : ce n'est donc qu'une piété de fantaisie et de mauvais aloi que celle de ces âmes molles et sensuelles qui cherchent à allier ensemble l'esprit et la chair, la pénitence et le plaisir, L'amour

de Jésus-Christ et l'amour déréglé de soi-même

Ce n'est qu'un simulacre trompeur que la piété de ces âmes qui récitent de nombreuses prières, fréquentent assidûment les sacrements, et ne savent pas faire un effort pour combattre les penchants de leur nature, réprimer les saillies de leur caractère, étouffer les exigences de leur égoïsme, s'imposer

une privation, un sacrifice (Faire un retour

sérieux sur soi-même, et se demander si la piété qu'on pratique a toujours porté ce premier sceau caractéristique, le renoncement).

Une fois le terrain déblayé par le renoncement, une fois dégagée des choses extérieures, qui sont autant d'obstacles qui l'empêchent de monter vers son Dieu, l'âme se livre intimement et pleinement à Notre-Seigneur et, contractant avec cet hôte divin une union mystérieuse, se sent avec lui et par lui attirée vers les choses divines et initiée aux secrets du monde surnaturel, aux secrets du Ciel. La vie divine qu'il puise au sein de son Père, Jésus-Christ la communique à cette âme: il verse la lumière à flots dans son intelligence, devant laquelle il ouvre des horizons nouveaux et qu'il élève à des hauteurs surhumaines, en lui donnant le sens des pensées élevées, en la rendant apte à comprendre les grandes

doctrines Elle lit la sainte Écriture, cette âme,

et, sous l'écorce de la lettre, elle trouve, dans les clartés divines, une manne mystérieuse qui la nourrit Elle s'entretient avec Dieu dans l'oraison, et

Dieu lui fait entendre un langage qui n'est accessible

qu'à ses amis privilégiés Jésus-Christ répand en

son cœur d'abondantes effusions d'un amour pur et surnaturel, tout débordant de tendresse, de miséricorde et de bonté Quand elle visite son Dieu au

tabernacle, quand elle reçoit son Dieu dans la communion, elle reste abîmée dans la contemplation amoureuse de ses ineffables attraits, comme autrefois Madeleine aux pieds de ce môme bon Maître

Jésus-Christ communique à sa volonté une énero-ie à part, qui la soutient contre toutes ses défaillances

instinctives Autour d'elle tous les caractères

peuvent s'abaisser, toutes les convictions s'affaiblir;

dans le naufrage universel elle surnage ; elle apparaît forte et généreuse à travers les faiblesses des autres; son caractère grand, noble et saintement trempé reluit au milieu de toutes les apostasies.. . ... Oh!

comme ce second fondement de la piété doit te la rendre digne d'envie, ô mon âme! comme tu dois aspirer à t'unir avec Notre-Seigneur !.. .. Fais donc,

par le renoncement à l'apparence même du mal, fais en toi une demeure digne de ton Dieu, et il viendra y habiter, comme dans un tabernacle. Et toi aussi tu recevras les effusions de sa lumière, de son amour et de sa force... . et toi aussi tu seras initiée progressivement aux secrets merveilleux de la vie divine ..

Résolution — Réciter avec la plus grande ferveur et la plus filiale confiance: O Jesu vivens in Maria... à la fin delà méditation, après la sainte Communion, à la visite au Saint-Sacrement, et le soir, avant de prendre son repos.

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