SES QUALITÉS
Prélude. - - Contempler par une pensée de foi le Verbe divin puisant au sein de son Père une flamme mystérieuse qui consume son cœur, et venant s'incarner pour apporter cette flamme à la terre
C'est lui-même, cet adorable Sauveur, qui nous adresse cette parole: « Ignem veni mittere in terrant etquid volo, nisi ut accendatur Je suis venu apporter le feu sur la terre, et je n'ai rien tant à cœur que d'en embraser les âmes».. . . Après un acte d'adoration profonde, pousser vers Jésus-Christ ce cri de confiance: «Corjesu, accende nos. Cœur de Jésus, embrasez-nous » .
Tu connais maintenant, ô mon âme, la nature et les fondements de la vraie piété ; ce n'est point assez. Cette disposition surnaturelle de l'âme doit revêtir certaines qualités pour parvenir à contenter le cœur du Maître bien-aimé qui nous a dit: « Soyez parfaits
comme votre Père céleste est parfait» De même
qu'un artiste qui a fait un excellent tableau a besoin, pour en révéler toute la valeur, de le colorer d'un précieuxvernis, qui met en relief toutes ses nuances, toutes ses beautés de même l'âme pieuse, qui
tient à exprimer dans sa vie, par une copie parfaite, tous les traits de la vie de Jésus-Christ, son sauveur et son modèle, a besoin d'imprimer à sa piété, qui est comme le caractère général de la ressemblance, certaines qualités et comme certaines touches destinées au couronnement de l'œuvre :
i° La piété doit être éclairée, c'est-à-dire elle doit diriger toute la conduite selon la volonté de Dieu, en préservant l'âme des scrupules, des exagérations, des pratiques étroites, mesquines, superstitieuses, qui proviennent le plus souvent d'une foi inintelligente. La piété éclairée conduit l'âme dans cette voie droite qui tient le juste milieu entre le rigorisme et le relâchement.
2° La piété doit être pratique. Ayant son siège dans le cœur et non point dans la tête et dans l'imagination, elle ne se contente point d'aspirations vagues, d'affections stériles, d'attendrissements illusoires; elle se traduit quotidiennement et à chaque heure en sacrifices sérieux et en actes de vertus solides.
3° La piété doit être aimable. Évitant toute affectation, toute nuance, toute singularité fâcheuse, sévère pour elle-même, mais indulgente pour les autres, au lieu de choquer les personnes qu'elle rencontre et avec lesquelles elle vit, elle s'accommode gracieusement à leur humeur, et, sans être faible, elle est bonne ; comme Jésus, son modèle, sans aimer le péché, elle est patiente et douce pour les pécheurs.
4° Enfin la piété doit être constante. Elle ne ressemble point à ces accès de ferveur qui ne durent qu'un jour, à ces mouvements de dévotion qu'un
instant voit naître et que l'instant suivant voit s'éteindre, à ces ardeurs éphémères qui touchent la superficie du cœur, sans y laisser presque aucune
trace de leur passage La piété est une affection
durable que le temps doit nourrir au lieu de l'altérer, et ce qui assure sa persévérance, c'est la règle: une piété constante est une piété exacte et réglée
Qu'il ne te suffise point, ô mon âme, d'avoir porté ton attention d'une manière toute spéculative sur les qualités de la vraie piété : descends, il en est temps, aux applications de ta vie personnelle, et demandetoi, avec une rigoureuse impartialité, si ta piété est tout à la fois éclairée, pratique, aimable et constante :
i° Connaissant avec précision ce qui est de précepte et ce qui est de conseil, ce qui est péché et ce qui est simple imperfection, as-tu jusqu'à ce jour été
fidèle à faire passer le devoir avant tout? à ne
jamais sacrifier à des pratiques extérieures, à des œuvres bonnes, qui ne sont que de conseil, des devoirs de conscience, des devoirs d'état ou de famille ?
2° N'es-tu pas trop souvent restée dans les régions purement théoriques, ne tirant pas de tes exercices religieux les conséquences qui en découlent pour la sanctification de la vie ? As-tu toujours réprimé les saillies de ton caractère et corrigé les mille petites
passions qui fermentent au cœur ? Hélas! n'as-tu
pas trop souvent ressemblé à ces âmes qui se flattent d'être pieuses et qui restent attachées à la terre, concentrées avec égoïsme en elles-mêmes, ennemies
de la mortification des sens, indulgentes à l'excès pour leurs fautes et sans pitié pour les imperfections
du prochain ne pouvant supporter le plus léger
blâme, et pleines de rigueur et de malignité pour censurer les autres ?
30 Peux-tu te rendre le témoignage d'avoir pris toujours soin de ne la rendre jamais farouche pour personne, par austérité extérieure par une humeur
sombre et triste ? La piété qui se fait goûter de tous est un apostolat permanent. « Si elle rend le cœur de feu pour le bon Dieu, dit le bienheureux Labre, et de fer pour soi-même, elle le rend de chair, c'està-dire tendre et affectueux, pour le prochain ».. . .
40 Enfin n'as-tu pas à te reprocher d'avoir eu trop souvent des intermittences, des variations, des inconstances regrettables soit par suite de tes rapports trop étroits avec le monde, c'est-à-dire par une sorte d'alliage entre la vie chrétienne et la vie mondaine, soit à cause déménagements trop grands pour ta mollesse et ta sensualité, soit sous le coup d'une épreuve trop rude ou d'un sacrifice trop pénible?... Demande pardon à ton Dieu de tant de défauts et d'imperfections.
Résolution. — Au moment de la visite au Saint- Sacrement, réciter, avec l'accent du regret le mieux senti, un acte de contrition, et demander à Notre. Seigneur la grâce d'arriver progressivement, avec son secours divin, à reproduire l'idéal de la vraie piété chrétienne.
SUR LA PIÉTÉ