‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 79 sur 102 · SES EFFETS · texte numérisé non relu

SES EFFETS

Prélude. — Aller par l'imagination au désert que fut obligé de traverser autrefois le peuple d'Israël, pour se rendre à la terre promise: brûlé par la soif, ce peuple n'a pour l'étancher que des eaux acres, qu'il ne peut approcher de ses lèvres ; il se prosterne devant son Dieu, en poussant vers lui le cri de la détresse, et, touché par sa prière, Dieu indique à Moïse un bois mystérieux qu'il jette dans ces eaux et qui a la vertu de les rendre douces et potables: « In dulcedinem versœ sunt». Demander à Notre-Seigneur s'il n'a pas pour nous aussi, en ce désert de la vie, un bois miraculeux qui ait la vertu de calmer l'amertume des eaux de la tribulation qu'il nous faut boire chaque jour et à chaque pas.

Oui, ô mon âme, le Sauveur ton Dieu te réserve à toi aussi un moyen surnaturel d'adoucir les douleurs de la vie; c'est ce moyen qu'indiquait autrefois saint Paul à Timothée, c'est la piété, qu'il lui affirmait être utile à tout: « Pietas ad omnia utilis est», ne promettant pas seulement le bonheur pour la vie future, mais même pour la vie présente : « Promissionem

habens vitœ quœ mine est et futurœ». Et, en effet, c'est l'effet de la piété d'adoucir la souffrance en la faisant accepter et de faire trouver la joie dans la souffrance, en la faisant désirer et aimer. La douleur, tu le sais, est la condition, la loi normale de toute existence en ce bas monde. Ceux qui n'ont pas de piété, c'est-à-dire ceux qui n'aiment pas Dieu, souffrent avec murmure, avec déchirement, avec désespoir; rame pieuse, c'est-à-dire l'âme qui aime son Dieu, au lieu d'exhaler des plaintes et de sentir des révoltes, garde au sein des épreuves une tranquillité intérieure qui se reflète jusque sur le front du corps qu'elle anime Sa parole est la parole de soumission tombée des lèvres de son divin modèle : « Mon Dieu, que votre volonté soit faite et non pas la

mienne» ! Ses sentiments sont ceux des saints,

qui regardaient la souffrance moins comme une disgrâce que comme une faveur et un gage de l'amitié

divine Et, comme c'est la loi de la vraie piété de

grandir et de se développer sans cesse, une heure arrive dans la vie de l'âme pieuse où il ne lui suffit plus d'accepter la souffrance que lui envoie son Dieu: elle la cherche avec ardeur; elle ne se contente plus de porter les croix qu'elle rencontre, elle en demande de nouvelles avec une sainte passion, elle souffre et elle remercie son Dieu, elle souffre et elle s'en va joyeuse, comme les premiers disciples du Sauveur, de souffrir pour le Dieu qu'elle aime

Remarques-tu, ô mon âme, que la piété ait eu jusqu'alors sur ta vie, cette efficacité salutaire? Quand la Providence mystérieuse de ton «Père qui

est dans les Cieux » a jugé à propos de te dépouiller d'une grande partie des biens terrestres dont tu étais en possession, as-tu compris qu'en échange des biens de la terre, elle te réserve les biens du Ciel, et t'estu écriée, comme le saint homme Job: «Le Seigneur me les avait donnés, le Seigneur me les a ôtés; que

son saint nom soit béni » ? Quand tu as rencontré

sur ton chemin malignité, injustice, défections d'amitié, ingratitude, as-tu gardé le calme en toimême et vis-à-vis des autres, préférant toujours l'estime et l'amitié de Dieu à l'inconstante et fragile

faveur des hommes, quels qu'ils soient? Quand

les événements de la vie sont venus imposer à ton

cœur de rudes et sanglants sacrifices as-tu été

fidèle à adorer avec résignation la main qui dirige tout, et peux-tu te rendre à toi-même le témoignage d'avoir donné à la série des immolations qui t'étaient imposées le précieux cachet du mérite, par une acceptation généreuse et sans mesure ? Quand la maladie, quand la souffrance physique viennent te condamner à payer le tribut commun à tous les enfants d'Adam, cherches-tu à offrir à Jésus ton Sauveur ces souffrances comme expression d'amour, en retour de ses douleurs endurées par amour pour

toi? Si vraiment tu sais accepter la souffrance,

le sacrifice, remercies-en ton Sauveur, c'est l'action, c'est le résultat bienfaisant de ce don de piété dont il a daigné te gratifier.

Mais ce n'est encore que le premier degré : regarde la Crèche, regarde le Calvaire, regarde le Tabernacle, et vois si, en face de l'amour immense d'un Dieu dont la générosité n'est satisfaite que quand elle est arrivée à sa dernière limite, tu peux te con-

tenter d'accepter simplement les croix ordinaires qui sont sur ton chemin? Suivant le pieux auteur de V Imitation, il faut «courir», il faut «voler dans le sentier de la Croix». Ton Sauveur t'appelle, il faut répondre avec élan ; son amour réclame, il faut le payer par l'amour qui se donne, qui se sacrifie.. ... Ne crains pas, ô mon âme, ne crains pas: chaque sacrifice reçoit en récompense un accroissement de piété, et cet accroissement de piété a toujours la vertu de rendre l'immolation plus douce, plus aimable, plus consolante, et, en même temps, de verser au cœur des Ilots de bonheur, qui sont comme l'avant-goût de la félicité d'en-haut.

Résolution. — Remercier sincèrement Notre- Seigneur de tous les sacrilices qu'il nous a envoyés jusqu'à ce jour, et accepter par avance tous ceux qu'il nous réserve à l'avenir. « Son mea voluntas, sed tua fiât, Pater »! .. ..

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