PROGRÈS DE L'AME VRAIMENT PIEUSE DANS LES VOIES DE LA PERFECTION
1° ELLE AVANCE EN GRACE DEVANT DIEU, ELLE FAIT DES PROGRÈS CONTINUELS DANS LA SAINTETÉ INTÉRIEURE
Prélude. — Se transporter en esprit dans l'humble maison de Nazareth Contempler ses appartements pauvres et étroits l'atelier de saint Joseph
la chambre de Jésus demander à l'Esprit-
Saint l'intelligence parfaite de ces paroles du saint Evangile : « L'enfant croissait en âge, en sagesse et en grâce, devant Dieu et devant les hommes».
Tant que le Sauveur a été visible sur la terre et «a conversé parmi les hommes», il ne s'est jamais arrêté, dit saint Bernard, dans les voies de la vertu : il croissait en âge, en sagesse et en grâce, devant Dieu Il est vrai que ce progrès n'était qu'apparent en la personne de ce bon Maître : la foi nous enseigne que, dès le premier instant de son Incar-
nation, il possédait, dans un degré infini, tous les trésors de la science, de la vertu, de la sagesse, et
d'une sainteté parfaite et que, par conséquent,
aucune de ces choses n'était en lui susceptible d'un accroissement réel. Il a voulu néanmoins, ce bon Maître, lui qui a tout fait pour notre instruction et pour nous servir de modèle, il a voulu que l'auteur de sa vie l'assimilât aux hommes ordinaires, afin de nous faire bien comprendre la nécessité du progrès
dans la sainteté intérieure, On peut dire encore,
dans un certain sens, que ce divin Sauveur, tout en ayant la sainteté infinie dès le premier moment de sa vie, en donnait intérieurement à son Père des manifestations progressives, cherchant en tout à ressembler à l'homme, dont il était venu revêtir les livrées.
Tu n'as pas reçu, toi, ô mon âme, avec l'eau de la régénération la plénitude des dons célestes : la sanctification doit être l'ouvrage de toute la vie. En proclamant la grande loi du perfectionnement spirituel par ces paroles: «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», le divin Maître n'exige pas l'impossible: il veut seulement nous apprendre que, dans le chemin de la sainteté, nous ne devons jamais nous arrêter; en matière de sanctification, nous ne devons jamais dire: C'est assez, mais aspirer toujours à quelque chose de meilleur Voilà pourquoi
il nous montre sa propre perfection pour le but vers lequel nous devons tendre et le seul où il nous soit permis de nous arrêter Voilà pourquoi il ne promet l'éternelle félicité qu'aux âmes qui ont «faim et
soif de la justice », c'est-à-dire à celles qui ont un désir ardent d'être toujours plus parfaites et qui font des efforts incessants pour le devenir. Voilà pourquoi il nous dit que : « mettre la main à la charrue et regarder en arrière », c'est-à-dire songer à revenir sur ses pas, quand on est une fois entré dans la bonne
voie, c'est se rendre «indigne de son royaume »
Voilà pourquoi l'Esprit-Saint, dans un des Livres sapientiaux, compare la sainteté du juste à la lumière du soleil, qui va toujours redoublant d'éclat jusqu'à
ce qu'elle arrive au midi parfait Voilà pourquoi
tous les saints sont unanimes à dire que ne vouloir
pas avancer dans la voie du bien, c'est reculer
Heureusement, dans ce chemin, Dieu veut bien nous servir de guide et d'appui; pour cette grande œuvre, il veut bien nous venir en aide..
Réfléchis, ô mon âme, à tant de grâces que le Seigneur ne cesse de te prodiguer, et dont une seule, la communion quotidienne (faveur de privilège et toute de prédilection accordée à un si petit nombre d'âmes) renferme une puissance de sanctification vraiment infinie .... Eh quoi! mon Dieu, faudrait-il que tant de grâces, que des secours si multipliés et si divers n'eussent d'autre résultat que de me rendre immobile et stationnaire dans le chemin de la vertu?
Chaque nouvelle faveur que je reçois de votre
libéralité ne doit-elle pas ajouter à ma reconnaissance? Chaque visite que vous daignez me faire
dans le sacrement de votre charité ne doit-elle pas diminuer mes défauts, étouffer mes instincts, déraciner mes penchants, augmenter en moi votre vie, imprimer à mon âme quelque nouveau trait de ressemblance avec vous, en effaçant de plus en plus le vieil
homme? (Interroger ses souvenirs, rapprocher le
présent du passé, et s'examiner bien sérieusement pour voir si l'on peut constater un progrès réel dans
les voies de Dieu )
O mon Dieu, ne suis-je point contrainte de reconnaître que j'ai moins de ferveur, moins de dévoûment, moins de générosité dans votre service aujourd'hui que je n'en avais dans les premiers jours où votre grâce me rappela du sein de mes égarements ?
O mon âme, ne serais-tu pas cette vigne ingrate
dont se plaint le Seigneur, parce qu'elle n'a répondu ni à ses soins, ni à ses espérances?
Résolution. — Renouveler, à la visite au Saint- Sacrement, l'examen comparatif de son état présent avec les premiers temps qui ont suivi le retour à
Dieu. S'humilier ou remercier Réciter la prière:
O Jesit vivens in Maria
2° L'AME PIEUSE AVANCE EN GRACE DEVANT LES HOMMES, ELLE FAIT DES PROGRÈS CONTINUELS DANS LA SAINTETÉ EXTÉRIEURE.
Prélude. — Adorer Jésus dans sa vie de Nazareth
tour à tour enfant, adolescent, jeune homme,
et recevant successivement la visite des anges qui quittent le Ciel, l'un après l'autre, pour venir contempler ses exemples de sainteté extérieure toujours
croissante et lui offrir leurs hommages Loué et
adoré soit à jamais Jésus de Nazareth !
En avançant dans les années de sa vie mortelle, Jésus manifestait progressivement au dehors le trésor infini de grâce et de sainteté qui était en lui : son visage, son maintien, toutes ses paroles, toutes ses démarches en présentaient une révélation extérieure de plus en plus éclatante Avec quelle
candeur, avec quelle docilité toujours croissante il obéissait non seulement dans son enfance, mais à
l'âge de l'homme fait! Avec quelle patience
toujours plus admirable il supportait les hauteurs
dédaigneuses des étrangers! Quels exemples
toujours plus excellents de modestie de prudence d'humilité de religion envers Dieu
son Père de ferveur dans la prière de
charité envers le prochain.. . . de perfection dans les actions les plus communes ! Marie et Joseph, les
yeux fixés sur lui, méditaient dans le recueillement et avec d'ineffables délices les profondeurs de ce mystère de progrès
C'est en cela que les âmes vraiment pieuses doivent s'appliquer à l'imiter, elles doivent croître en grâce et en édification devant les hommes, en proportion des progrès intérieurs de vertu qu'elles font devant Dieu. La sainteté intérieure est le principe de l'extérieure, la seconde est un effet de la première, et elles ont toutes deux une connexion si intime qu'elles ne peuvent exister l'une sans l'autre, non plus que l'odeur sans le parfum ni le parfum sans
l'odeur Il est donc temps de me le demander à
moi-même: quels progrès véritables ai-je faits dans ces vertus extérieures qui contribuent si puissamment à l'édification du prochain ? Suis-je plus docile à la voix de ma conscience pour l'accomplissement
de mes devoirs d'état? Suis-je plus patiente à
supporter les caprices, les humeurs, les censures,
les défauts du prochain? Quels succès puis-je
constater dans le travail de la réforme de mon
caractère puis-je me flatter d'être maintenant
établie dans une douceur vraiment chrétienne
dans une parfaite égalité d'âme? Suis-je plus
habile à réprimer les entraînements de mon activité naturelle, à dominer les impressions de ma sensibilité
excessive? O Seigneur, je reconnais devant
vous mon indignité profonde; la rougeur me monte au front, la confusion me saisit en me voyant si peu avancée dans la perfection que vous attendiez de moi Pardon, mon Dieu, pardon de tant de résis-
tances à votre divine volonté, de tant d'indifférence devant vos exemples si touchants, de tant d'obstacles opposés à l'efficacité de votre grâce! . ... Je veux maintenant vous ressembler autant que cela m'est possible dans la mesure de mes forces, je veux vivre de votre vie, je veux entrer dans votre désir le plus ardent, qui est de me voir croître en grâce et en sainteté devant les hommes aussi bien que devant vous. ... Mais venez vous-même, Seigneur, venez à mon aide, pénétrez-moi de votre esprit et remplissez-moi de vos vertus Sans vous je ne puis rien,
avec vous je puis tout.
Résolution. — Demander à Notre-Seigneur, au moment de sa visite dans la sainte Communion, la grâce de pratiquer dans le courant du jour toutes les vertus extérieures de notre position, de manière
à être pour tous ceux qui nous approcheront •
quels qu'ils soient un sujet d'édification. Dire
et redire souvent dans la journée cette oraison jaculatoire : «Jesu proficiens œtate et sapientia, fac cor nostrum secundum cor tiium. Jésus, croissant en âge et en sagesse, donnez-nous un cœur semblable au vôtre ».