SUR LE PRIX ET L'EMPLOI DU TEMPS
Prélude. — Adorer Notre-Seigneur à l'âge de
douze ans au milieu des Docteurs Il nous révèle
d'un mot, par sa réponse à Marie sa mère, la manière d'employer notre temps: «Il faut que je m'emploie aux choses qui regardent mon Père. In his quœ
Patris mei sunt oportet me esse » Apprenez-moi,
Seigneur, à consacrer mon temps à votre service ; vous ne me le donnez que pour votre gloire et mon salut, faites que je n'en perde pas la moindre parcelle
Veux-tu bien comprendre, ô mon âme, le prix du temps ? Examine tout à la fois et ce qu'il a coûté et les biens qu'il peut procurer.
Le temps a coûté à Jésus-Christ son propre sang. Que fait ce divin Sauveur dans son agonie si douloureuse à Gethsémani, dans les tourments si cruels
du Prétoire, dans la lutte suprême du Calvaire?
Il nous achète le temps Le temps, dont chaque
portion nous apporte une grâce; le temps, qui est la première, la plus nécessaire de toutes les grâces ; le temps, qui est le fondement sur lequel toutes les grâces reposent, est vraiment, dans la rigueur du terme, le prix du sang de Jésus-Christ: « Pretium
sanguinis est » Il n'est pas seulement le prix de
ses sueurs, de ses fatigues, de ses larmes, il serait
déjà d'une immense valeur; il est le prix de ses meurtrissures, de sa mort, de l'effusion de son sang:
«Pretium sanguinis est » Perdre son temps, c'est
jeter au vent, c'est fouler aux pieds le sang du Fils même de Dieu.
Mais, si le temps emprunte sa valeur au prix qu'il a coûté, pour le bien apprécier, il faut encore connaître les biens qu'il peut procurer. Il procure la gloire de Dieu. Une âme qui profite du temps peut, comme les élus du Ciel, même sur cette terre, contribuer à glorifier son Dieu, et encore est-il vrai que les hommages de cette âme sont en quelque sorte plus agréables au Seigneur que ceux des habitants de la Cour céleste: le choix libre qu'elle fait de se consacrer à Dieu, malgré ses penchants, malgré mille tentations, mille causes de luttes, donne à ses sacrifices un parfum, une odeur de suavité spécialement chers au cœur de ce bon Maître Il nous
procure le salut: le temps est l'inappréciable monnaie avec laquelle nous payons le Ciel. Si nous demandons à chacun des élus ce que lui a coûté sa couronne: «Du temps, nous répondra-t-il, un peu de temps saintement employé». Ce qui a fait dire par saint Bernardin de Sienne que le temps vaut autant que Dieu, puisque, par le bon usage qu'on en fait, on l'échange pour l'éternelle possession de Dieu: « Tempus tantiun valet quantum Deus».
Maintenant que tu connais, ô mon âme, le prix du temps, approfondis, dans une réflexion sérieuse, les moyens de le bien employer:
i° Il faut d'abord le régler: c'est un point capital,
au jugement de tous les maîtres de la vie spirituelle. « Sans règle, on fait presque toujours sa volonté, dit saint Bernard, rarement celle de Dieu». Sans règle, on s'abandonne à son humeur et à ses caprices ; on suit la mobilité de ses instincts, on s'égare dans le vague de ses pensées, on perd une grande partie de son temps dans l'incertitude de ce que l'on doit faire ou ne pas faiie. Dans une vie réglée, au contraire, tout est prévu, tout se suit, tout se fait pour Dieu et avec mérite, à cause de l'obéissance que l'on pratique et des victoires que l'on remporte sur soi-même: « Qui regulœ vivit, Deo vivit ».
2° Il faut méditer sur la rapidité avec laquelle le temps nous échappe, sur le peu que nous en possédons. Le passé n'est plus à nous, l'avenir ne l'est pas
encore Le temps présent est le seul qui nous
appartienne, mais il passe avec la rapidité de l'éclair
Nous l'avons à peine que déjà nous ne l'avons
plus. Et pourtant, en ce moment si court, nous pouvons faire pénitence, obtenir notre pardon, mériter et la grâce et la gloire . ... Qu'il faut vraiment être aveugle pour laisser perdre un instant si précieux!...
3° Enfin, pour bien employer son temps, il faut surtout, avant d'agir, bien purifier ses intentions. Telle est en effet la vertu de la droiture et de la pureté d'intention : elle rend la vie féconde. Une âme qui suit exactement le conseil du grand Apôtre, en agissant pour Dieu par motif d'amour, peut, « en un instant, suivant l'expression des saints Livres, fournir une longue carrière » Elle peut, par quelques
jours rapides, compenser, racheter de longues années perdues
Cette pensée doit être bien rassurante, ô mon âme:
maintenant que tu vis avec règle, tu peux, par ton attention souvent renouvelée à agir toujours pour Dieu, amasser un riche trésor de mérites pendant les courts instants que tu as encore à passer sur la terre
O mon Dieu, laissez-moi emprunter une prière
que vous adressait autrefois un de vos pieux serviteurs, saint Bernard: «Prenez ce qui me reste de ma misérable vie: que tout y soit pour vous, rehaussé à
vos yeux par un ardent désir de vous glorifier
et, pour le temps que j'ai perdu, « ne rejetez pas, je » vous en conjure, mon cœur contrit et humilié ».. ..
Résolution. — Mettre son cœur tout entier chaque matin dans la belle prière de Prime, qui renferme l'offrande généreuse de toute la journée: Domine Dens omnipotens. ... « Seigneur Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de cette journée, sauvez-nous par votre miséricorde, afin que durant ce jour nous ne nous laissions aller à aucun péché, mais que toutes nos pensées, nos paroles et nos actions ne tendent qu à accomplir les règles de votre justice par J.-C. N.-S. » ...