‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 85 sur 102 · SUR LES ORAISONS JACULATOIRES · texte numérisé non relu

SUR LES ORAISONS JACULATOIRES

Prélude. — Adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ nous disant cette parole si souvent répétée et pourtant si peu comprise: « Oportet semper orare. Il faut toujours prier». Demander au bon Maître le moyen de pratiquer, au milieu d'un monde aussi troublé que celui qui emporte notre vie, la prière perpétuelle

qu'il nous prescrit «Domine, doce nos orare.

Seigneur, apprenez-nous à prier».

Il ne suffit pas, ô mon âme, de chercher Dieu, de le voir partout, de se considérer perpétuellement sous son regard d'une manière tout abstraite, toute spéculative, toute stérile : il faut vivre avec lui, il faut contracter avec lui une sorte d'alliance intime en versant en lui, comme dans le cœur de l'ami le plus dévoué, toutes ses pensées et tous ses sentiments Pour cela pas n'est besoin d'efforts, de

contention d'esprit, de travail pénible, il suffit d'avoir du cœur, il suffit d'aimer, et l'épanchement se fait avec un élan tout spontané sans phrases recherchées, mais en quelques mots simples et tout de feu, qui vont à Dieu comme des flèches embrasées. Est-ce une pensée de foi qui pénètre l'âme ? le cœur emprunte la parole d'un apôtre et, se prosternant devant Dieu, comme autrefois Thomas aux pieds de

Jésus, s'écrie avec transport : « Mon Seigneur et mon Dieu ! Do-minus meus et Deus meus » ! Est-ce un sentiment d'espérance qui domine ? il se traduit au-dehors par ces cris du Prophète royal : « Seigneur, j'ai espéré en vous, jamais je ne serai confondu ».. . . «Je remets mon âme entre vos mains». « Vous m'avez racheté, Dieu de vérité» La charité se fait

jour par un mot qui la résume, un mot qui, redit sans cesse, retentit sans cesse aux oreilles de Dieu avec un accent nouveau: «Mon Dieu, je vous aime, je vous aime de tout mon cœur »

Ces sentiments surnaturels de foi, d'espérance, de charité naissent dans l'âme sous l'action vivifiante de la grâce ; il y en a mille autres qui se succèdent à travers les heures qui mesurent notre existence, sous l'influence des événements qui nous atteignent. C'est la joie quelquefois, c'est souvent la souffrance C'est la paix aujourd'hui, et demain c'est l'inquiétude et l'angoisse. Eh bien ! l'âme unie à Dieu les redit tous à son bien-aimé Dans la joie elle remercie: « Mon Dieu ! qu'il fait bon ici » ! « Que

rendrai-je au Seigneur pour tout le bien qu'il m'a

fait»? Dans la peine elle se soumet : « Mon Dieu

que votre volonté soit faite » ! « Mon Dieu, vous

le voulez ! mon Dieu, vous savez mieux que moi ce

qui m'est utile » Quand elle est en paix: «Mon

Dieu, que votre joug est doux» !. . . Et, sous l'étreinte de l'angoisse : « Mon Dieu, au secours Je

vais périr Sauvez-moi de l'orage» «Vous

seul êtes mon refuge et mon salut»

En d'autres circonstances, ce sont les actions les plus communes qui, surnaturalisées par des pensées de foi, font surgir dans le cœur et mettent sur les

lèvres des prières rapides. En prenant ses vêtements: «Mon Dieu, revêtez-moi de l'homme nouveau». En se lavant les mains: «Mon Dieu, créez en moi un cœur pur». En passant devant une église: « Salut, ô bon Maître, mon cœur est à vous». En entendant sonner l'heure : « Mon Dieu! faites que je sois préparée pour la dernière ». En prenant son verre pour boire : « O Jésus abreuvé de fiel et de vinaigre, ayez

pitié de moi » En voyant Dieu offensé: « Pardon,

mon Dieu, pardon Gloire à vous, mon Dieu,

gloire à vous» Et, suivant les diverses autres

circonstances delà vie, divers autres sentiments suggérés par la foi et par l'amour

N'est-il pas vrai, ô mon âme, que pour qui est initié à cette louable habitude de l'entretien avec Dieu au moyen des oraisons jaculatoires, la vie est comme un colloque perpétuel, un épanchement incessant,

un délicieux tête-à-tête avec l'Ami divin? Les

instants qui la composent, cette vie, coulent rapides, mais chacun apporte à l'âme dans un bonheur nouveau un mérite nouveau C'est bien à cette âme

que s'applique la parole de David : « Elle dispose en son cœur de mystérieux degrés d'ascension» ... . Ainsi faisaient les saints.

Que fais-tu, ô mon âme ? Si, depuis quelque temps, plus pénétrée de la pensée de Dieu, sous l'œil duquel tu vis et qui habite en toi, tu trouves une délicieuse joie à te verser en lui par des jets, par des élans de prière, hélas ! que d'heures, que de jours,

que d'années perdues dans ton existence! Tu

vivais, mais à la manière des êtres privés de raison,

qui, ne pensant pas à Dieu, ne parlent pas à Dieu

Que d'occasions de mérites perdues ! quelle source

de grâce tarie par ta faute! Oh! maintenant que

tu sens un besoin si profond d'aimer ton Dieu, rappelle-toi que la véritable affection tend à faire partager à la personne aimée ses pensées, ses sentiments, à mesure qu'ils se produisent dans le cœur, et alors, suivant le mot de saint François de Sales, « ce sera ton amour même qui te suggérera tout ce que tu devras dire à Dieu » Ton cœur sera comme un autel

où brûlera sans cesse un feu ardent, d'où s'échappera un encens odoriférant qui montera vers Dieu et réjouira son cœur A chaque prière, à chaque élan

de l'âme correspondra une grâce nouvelle, qui te fera avancer de plus en plus dans le sentier du bien, et, si vraiment tu pouvais faire de la série des instants qui composent ton existence une série d'oraisons, on pourrait dire de toi ce que saint Thomas d'Aquin dit quelque part de l'auguste Marie : « Autant de moments dans sa vie, autant d'accroissements de grâces. Totidem momenta, totidem erant gratiarum crementa ».

Résolution. — S'appliquer à élever le plus souvent possible dans le courant du jour son âme vers Dieu par des oraisons jaculatoires; ne pas laisser au moins sonner l'heure sans parler à ce bon Maître.. ..

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