DISTRACTIONS DANS LA PRIÈRE SOURCES ET REMÈDES
Prélude. — Se mettre par une pensée de foi aux pieds de Notre-Seigneur et recueillir avec respect ces paroles tombant de ses lèvres divines: « Quand vous voudrez prier, entrez dans votre chambre et, après avoir fermé la porte, priez votre Père dans le secret. Ety claaso ostio, ora Patrem tuum in abscondito». Remercier le bon Maître du conseil que, dans sa miséricorde, il veut bien nous donner; lui demander la grâce de le bien comprendre, et surtout de le bien mettre en pratique.
C'est un des principes de l'art de guérir, ô mon âme, quril faut commencer par chercher la cause, la source ou la racine du mal. Si tu veux donc travailler à guérir ce mal intérieur dont tu gémis si souvent, si tu veux venir à bout de te prémunir contre ces distractions sans nombre qui viennent perpétuellement t'assiéger dans la prière, tu dois d'abord descendre en toi-même et bien sonder à la lumière de Dieu et dans la discussion loyale d'un sincère examen quelle est la source du mal. La source principale de tes distractions, c'est la dissipation, c'est le défaut d'esprit intérieur, le manque de recueillement. Rien ne se fait dans la nature par un saut brusque, dit un
vieil adage : « Nil in natura per saltuni ». Cette vérité d'expérience trouve sa confirmation plus encore dans le monde surnaturel que dans la vie matérielle. Une âme ne passe pas brusquement et à l'improviste des préoccupations sensibles qui l'absorbent et la dissipent au calme et à la paix nécessaires pour voir Dieu et lui parler. Voilà pourquoi, ô mon âme, toutes les fois que, le temps de la prière approchant, tu ne te débarrasses pas des pensées de la terre qui t'assiègent, des sollicitudes temporelles qui t'envahissent, tu pries avec trouble et toute pleine de distractions
Ne te possédant pas dans le recueillement sous
l'œil de Dieu, non seulement tu gardes en toi-même les pensées étrangères qui t'absorbaient au début, mais tu laisses égarer tes sens sur les objets extérieurs ; tu prêtes l'oreille à tout le bruit qui se fait autour de toi, et, jusque dans la sainte maison de Dieu, aux pieds mêmes de ton Sauveur présent au tabernacle, tu regardes les personnes qui entrent ou qui sortent, tu fais attention aux mille incidents extérieurs d'une assemblée nombreuse
A cette cause génératrice de la plupart des distractions, les maîtres de la vie spirituelle en ajoutent une
seconde: c'est l'attachement trop vif à la créature
Une âme qui conserve dans son cœur des affections trop vives et trop sensibles pour les objets créés est liée à ces objets aimés comme par des liens funestes qui arrêtent son essor, la retiennent captive sur les rivages de ce monde inférieur, et l'empêchent de
monter vers Dieu Quelle profondeur dans cette
parole de saint Augustin : « Amor meus pondus meum» ! L'affection est un fardeau qui emporte l'âme L'amour divin l'enlève en-haut, vers le Ciel
l'affection humaine l'enchaîne à la terre (Se faire
à soi-même, à l'égard de la prière, l'application du saint Docteur... .)
Il est bien facile maintenant pour toi, ô mon âme, de comprendre que le conseil que tu recueillais tout à l'heure sur les lèvres de ton Dieu est, sans contredit, le meilleur pour éviter les distractions .... Il faut rentrer en soi-même avant la prière et fermer les portes de sa cellule, c'est-à-dire il faut fermer les sens, qui sont comme les portes par où entrent les objets extérieurs, et là, dans le secret, loin des hommes et des affaires, converser avec le Père qui est dans les Cieux . . . Ne commence désormaisaucune prière, si courte soit-elle, sans te préparer par le recueillement: «Ante orationem prœpara animant tnam ». Et alors cette prière «montera vers Dieu comme un encens delà plus agréable odeur» .... et les distractions ne viendront point altérer la suavité du parfum. C'est bien, en effet, aux distractions qu'on peut attribuer ces paroles du Saint-Esprit au livre de l'Ecclésiastique: « Muscœ morientes perdant suavitatem unguenti >. Ces distractions sont comme des mouches, qui, se collant à notre âme et y laissant leurs vestiges, ôtent à la prière cette odeur suave qui la fait agréer de
Dieu
A la préparation éloignée, qui est l'habitude du recueillement, à la préparation prochaine, qui consiste à faire le calme en soi et à imposer silence à tout bruit du dehors immédiatement avant de commencer la prière, il faut joindre le détachement le plus complet des objets créés L'âme détachée de
la créature ressemble à cet oiseau dont parle un docteur des premiers âges de l'Église, qui, échappé des lacets dans lesquels on voulait l'enserrer et libre de tout lien, monte, monte encore dans les régions les plus élevées, et là, déployant ses ailes en forme de croix, chante à son Dieu l'hymne le plus magnifique .. .. Une âme recueillie et détachée peut encore avoir des distractions, mais elle ne perd pas la paix. Elle ne les craint pas, elle sait qu'elles ne sont que le produit nécessaire de sa fragilité native, et elle connaît la miséricorde de son Père céleste, « qui surabonde là où la misère abonde »
Résolution — Ne jamais commencer une prière sans se mettre en présence de Dieu ; dans le courant de la prière, tenir ses sens en garde contre tout objet extérieur; répéter souvent dans la journée cette oraison jaculatoire : «Domine, doce nos orare. Seigneur, apprenez-nous à prier »