SACREMENT DE PÉNITENCE ACTION DE GRACES APRÈS LA CONFESSION
Prélude. — Se représenter Notre-Seigneur Jésus- Christ sous la figure qu'il nous trace, dans son Evangile, du bon Pasteur, qui court, inquiet, à la recherche d'une brebis égarée. Il la voit déchirée, meurtrie,
elle est prise dans un buisson d'épines Quelle
bonté, quelle sollicitude! Voici qu'il écarte avec une tendre précaution les rameaux un à un, afin de ne pas arracher, par des mouvements trop brusques, la
toison de cette brebis bien-aimée il la prend dans
ses bras, la caresse tendrement, et la reporte au bercail des brebis fidèles Adorer, dans l'extase de
l'admiration, une bonté si prodigieuse
Bone Pastor, panis vere Jesu, nostri miserere
Vive et profonde, ô mon âme, est la reconnaissance de l'exilé qu'une main amie vient arracher aux plages étrangères, où il menait une vie triste et désolée, pour le ramener au sol natal, au doux foyer de
la famille Vive et profonde est la reconnaissance
du prisonnier dont un libérateur compatissant vient briser les chaînes pesantes, qui le clouaient à un sombre cachot, pour le rendre à la lumière du jour et aux douceurs de l'affranchissement et de la liberté
Vive et profonde est la reconnaissance du pauvre malade qu'un médecin non moins habile que charitable réussit à guérir des blessures qui l'affligeaient, et à sauver des crises fiévreuses qui le tourmentaient, en le rétablissant dans l'inappréciable état
d'une florissante santé Vive et profonde enfin
est la reconnaissance du misérable condamné à mort qu'un miséricordieux médiateur soustrait à l'écrasante sentence qui pèse sur sa tête, pour le rendre à la vie Mais pourtant combien plus vif et plus profond doit être l'épanchement de gratitude de l'âme qui sort du tribunal réconciliateur ! Créée pour habiter un jour au Ciel avec les élus, ses concitoyens, et Dieu, son Père, elle en avait été comme exilée par le péché ; en venant la surprendre dans l'état malheureux où, par son ingratitude, elle s'était laissé tomber, la mort aurait mis pour jamais le sceau à son affreux bannissement. Heureusement une main amie l'arrache à son exil, c'est la main du prêtre, du ministre du Sauveur, qui, se levant sur sa tête pour l'absoudre, la rend à sa famille et à son Père, à la famille des élus, à la famille des cohéritiers du Sauveur
Cette âme, elle avait perdu par ses fautes les lumières de la grâce; ses passions et ses iniquités l'avaient, pour ainsi dire, meurtrie sous leurs coups, comme un captif sous les fers qui l'enchaînent dans sa prison. Un libérateur plein de tendresse l'a rendue à la vraie liberté, à la liberté des enfants de Dieu C'est Jésus-Christ, le vrai libérateur des âmes, qui,
d'un mot puissant, a brisé ses liens et ce mot
puissant, c'est la sentence du pardon. .. . Le péché l'avait couverte de blessures désolantes ; une para-
lysie affreuse était venue la saisir ; non seulement elle avait perdu la grâce et l'amitié de son Dieu, mais ses oeuvres étaient frappées de stérilité, ses mérites passés étaient comme s'ils n'étaient pas, elle ne pouvait faire aucune action féconde pour l'éternité Médecin compatissant, le Sauveur a appliqué son sang divin sur ses blessures et les a cicatrisées; il a dit un mot puissant et l'a sauvée de sa paralysie, en lui rendant le mouvement et la vie, la vie féconde, la vraie santé spirituelle, la vie de la
grâce
Un arrêt fatal de réprobation pesait sur cette pauvre âme : continuant sa mission commencée au Calvaire il y a dix-huit siècles, le Sauveur a pris cet arrêt, l'a effacé dans son sang, fermant l'Enfer et
rouvrant le Ciel En vérité, n'est-ce pas un devoir
pour le chrétien qui sort du saint tribunal, où, se lavant dans le sang de son Dieu, il s'est réconcilié avec lui, de s'écrier avec le Prophète dans l'expansion de la reconnaissance: «O mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi glorifie son saint nom : il a éloigné de nous, il a effacé toutes nos iniquités. Benedic, anima mea, Domino et omnia quœ intra me sunt nomini sancto ejus .... . Longe fecit a nobis iniquitates nostras»?
Ces bienfaits inappréciables, ces bontés immenses du Seigneur, combien de fois, ô mon âme, ne les astu pas reçues? Essaye, si tu le peux, de calculer le nombre des miséricordes que tu as éprouvées au tribunal réconciliateur ; et, comme tout bienfait
mérite reconnaissance, comme toute faveur appelle la gratitude, vois comment tu as montré jusqu'à ce jour ta reconnaissance à Jésus libérateur, à Jésus médecin, à Jésus sauveur .. .. Hélas! n'as-tu pas trop souvent reçu avec un cœur froid et peut-être ingrat la grâce de la réconciliation ? Ne t'es-tu pas trop souvent plongée dans le bain régénérateur du sang de ton maître sans en apprécier la vertu mystérieuse? Que de fois tu as quitté le saint tribunal l'esprit et le cœur tout préoccupés de pensées toutes terrestres, de sentiments tout humains, oubliant totalement et le bienfait et le bienfaiteur ! Que de fois, envisageant d'une manière toute naturelle la personne à qui tu venais de révéler tes plaies et non celle dont il est l'indigne représentant, regardant l'homme et non pas Dieu, tu as attaché trop de prix à la parole humaine, sans approfondir la parole de Dieu! Ton Sauveur venait de te serrer sur son cœur, comme le bon père de l'Évangile son fils prodigue; et tu ne pensais pas à remercier ce bon Père ! Jésus venait de faire couler son sang sur toi, comme autrefois sur Marie-Madeleine au pied de la Croix,
et tu étais comme indifférente à une telle grâce!
(Demander sincèrement pardon à Notre-Seigneur d'avoir si souvent manqué à le remercier après l'absolution )
Résolution. — Passer au moins cinq minutes à l'action de grâces après la confession ; réciter aujourd'hui le Psaume Cil pour remercier Notre-Seigneur de la bonté qu'il nous a si souvent témoignée dans le sacrement de la réconciliation.