LE SAINT SACRIFICE DE LA MESSE JÉSUS-CHRIST VICTIME D'ADORATION
Prélude. — Se tenir en esprit aux pieds de l'autel ; contempler le prêtre célébrant le saint sacrifice. Le solennel moment de la consécration arrive, le
prêtre parle, le Fils de Dieu obéit S'imaginer
alors voir, comme autrefois un grand serviteur de Dieu, une légion d'esprits célestes vêtus de robes resplendissantes de lumière, descendre du haut des Cieux, se ranger autour de l'autel et s'y tenir comme
des sujets devant leur prince Se mêler à eux
pour faire cortège au Dieu descendu sur l'autel et dire avec eux: «Gloria in excelsis Deo. Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux»
Le premier devoir de toute créature envers son Dieu, c'est l'adoration..... «L'homme principalement, dit saint Grégoire deNazianze, a pour mission de concentrer en lui toutes les voix du monde créé, dont il est le centre, et de transmettre au Créateur l'hommage qui lui est dû Il est comme l'adorateur universel, le grand pontife de la création
Mysticus adorator» Mais qu'est-ce que l'homme
pour rendre au Seigneur le culte et les adorations
qui lui sont dus? Dieu peut-il être dignement
honoré par la cendre et la poussière? l'homme est
encore moins que cela, il n'est que misère, néant et
péché les esprits célestes eux-mêmes ne sauraient
rendre à Dieu des hommages suffisants : il n'y a qu'un
Dieu qui puisse honorer dignement un Dieu Or,
c'est dans le sacrifice de la Messe, aussi bien que dans celui du Calvaire, que Jésus-Christ, Dieu vraiment homme et homme vraiment Dieu, s'humiliant et s'anéantissant sous la main de son Père, lui offre un culte d'adoration tel qu'il le mérite. ....
Quoi déplus digne, en effet, ô mon âme, d'honorer la grandeur infinie de Dieu que l'état d'humiliation et d'anéantissement où se trouve la divine Victime à l'autel? C'était sans doute un étrange abaissement que celui de ce même Dieu foulé aux pieds des bourreaux et expirant sur une croix entre deux scélérats . Le plus étrange des abaissements est celui
de l'autel. Dans la crèche, c'était un enfant dont les anges chantaient la grandeur infinie; sur la Croix, c'était un homme dont le calme et la patience annonçaient la nature divine ; à l'autel, le Dieu, l'homme,
l'enfant, tout a disparu, rien qui annonce la vie
Celui que Dieu « engendra avant l'aurore », qui est « l'éclat de sa clarté, l'empreinte de sa substance », non content, comme autrefois, d'honorer son Père en s'effaçant sous le voile obscur de l'humanité, s'ensevelit sous l'apparence de la plus vile matière
Caché sous les espèces du pain et du vin, qui ne sont plus, abîmé, anéanti, en quelque sorte, devant la majesté de son Père, il lui offre l'holocauste le plus parfait, le sacrifice de louange et d'adoration le plus
digne et le plus auguste qui se puisse concevoir
et l'auguste sacrifice se résume dans ces belles paroles dignes d'être sérieusement approfondies: «Par
Jésus-Christ, avecJésus-Christ, et en Jésus-Christ est à vous, Père tout-puissant, dans l'unité du Saint- Esprit, tout honneur et toute gloire. Ver ipsum et cum ipso et in ipso est tibi Deo Patri omnipotenti, in unitate Spiritus Sancti, omnis honor et gloria »
Avec quelle joie, ô mon âme, ne dois-tu pas t'unir à un si beau sentiment! Moïse parle, dans les saintes Ecritures, d'un aigle mystique qui s'abaisse pour mettre ses petits sur ses épaules, les enlever avec lui et leur faire percer les nuages ; ne reconnais-tu pas, sous ces traits, la divine Victime de l'autel, le Sauveur Jésus qui descend du Ciel en la terre, de son trône de gloire sur la pierre du sacrifice, pour prendre ton cœur avec ceux de tous les hommes, et les porter lui-même devant le trône de son Père, pour qu'il consente à les accepter comme un hommage de
notre dépendance Cest ainsi qu'un seul sacrifice
de la Messe rend plus de gloire à Dieu que toutes les adorations des anges et des hommes réunis ensemble et même qu'il est impossible de rendre
plus de gloire à Dieu que ne lui en procure le sacrifice de la Messe, puisque Dieu y est adoré par un adorateur égal à lui-même et y reçoit un hommage
d'une valeur infinie Mais, il faut bien aussi le
constater, c'est une lamentable indignité de déshonorer Dieu dans l'action même qui l'honore le plus
°r) combien d'âmes assistent à la sainte xMesse
l'esprit égaré, les yeux distraits, avec une attitude
irrespectueuse (S'examiner et s'humilier des fautes
de dissipation commises pendant le saint sacrifice de la Messe )
O Seigneur Jésus, quand je regarde, séparée de vous, la grandeur infinie de Dieu, votre Père et le mien, le sentiment de ma petitesse extrême me jette dans le découragement, je désespère de pouvoir jamais louer dignement une majesté si haute, je dis avec le royal Prophète: « Le Seigneur est grand et surpasse toute louange. Magnus Dominus et landabilis nimis ». Néant et péché, mes adorations ne sauraient être agréées de lui Mais, ô bon Maître,
quand je vous vois à l'autel du sacrifice tout à la fois prêtre et victime, je me relève courageusement et avec confiance, en pensant que vous consentez à payer pour moi le tribut d'une louange parfaite : en vous offrant vous-même à votre Père, ô Jésus, ô divine hostie, je n'ai pas à craindre que mon offrande puisse jamais être rejetée
Résolution. — Assister aujourd'hui à la sainte Messe en priant la divine Victime de s'offrir à Dieu son Père pour suppléer à toute la négligence que nous avons mise dans le passé à accomplir le grand devoir d'adoration dû à Dieu. Réciter au saint sacrifice, dans cette intention, en union avec Notre-Seigneur, le Gloria in excelsis Deo