LE SAINT SACRIFICE DE LA MESSE
JÉSUS S'IMMOLANT A L'AUTEL COMME UNE VICTIME EUCHA- RISTIQUE OU D'ACTION DE GRACES
Prélude. — Se transporter en esprit aux pieds de l'autel : un prêtre y offre le saint sacrifice, il prononce les paroles de la consécration, le Sauveur Jésus descend entre ses mains, des milliers d'anges entourent l'autel comme une couronne d'adorateurs. S'unir aux esprits célestes pour adorer la Victime divine qui s'immole Tantum ergo Sacramentum ....
Tout bienfait, tu le sais, ô mon âme, mérite reconnaissance, et la reconnaissance elle-même doit être proportionnée aux services reçus. Sur ce principe, essaye de calculer, d'apprécier la reconnaissance que tu dois au Seigneur ton Dieu. Outre les bienfaits généraux qui te sont communs avec toutes les âmes chrétiennes : bienfaits dans l'ordre de la nature, bienfaits dans l'ordre de la grâce, comment pourrais-tu compter les dons particuliers que Dieu t'a faits à toi
spécialement? Pas un moment de ton existence
qui ne soit marqué par quelque témoignage insigne
de bonté et de libéralité Toute ta vie n'est qu'un
enchaînement perpétuel de grâces et de secours reçus de Dieu (Embrasser, dans un regard sérieux
du cœur, tout l'ensemble du passé Il sera facile
de se convaincre de la vérité de cette parole d'un Docteur: «Nul n'est père autant que Dieu. Nemo tain Pater quant Deus » . Sa miséricorde est sans
mesure, le trésor de sa bonté est immense et infini.
Si nombreux soient les bienfaits, si importantes soient les grâces que tu découvres, par cet examen sincère, avoir reçus de Dieu jusqu'à ce jour, combien plus grand encore est le nombre des grâces qui échappent à ta connaissance et sont encore pour toi un mystère, à cause du secret impénétrable où il plaît à ton divin bienfaiteur de se cacher et de s'envelopper ! Quand tu apparaîtras devant lui et que
tu seras inondée des flots de son éternelle lumière, que de dons inconnus tu apercevras en toi, prodigués à ton insu et accumulés avec une profusion
inouïe ! Tu verras clairement comment ton divin
Maître te suivait partout t'accompagnait sans
cesse te portait toujours... . te faisant du bien
sans relâche Certes la vue de cette longue et
ininterrompue série de bienfaits et de grâces produira en toi un sentiment si vif d'étonnement que tu ne pourras t'empêcher de t'écrier : C'est trop, Seigneur! c'est trop d'amour! c'est trop de bonté! c'est trop de miséricorde !
Quel moyen as-tu, ô mon âme, de rendre à ton Dieu une reconnaissance proportionnée à des bienfaits si nombreux? Comment pourras-tu acquitter ta dette de gratitude ? Offriras-tu à ton divin bienfaiteur tes adorations, tes remercîments, tes prières? Lui feras-tu, en retour de ses bontés, le
sacrifice généreux de tes biens, de tes facultés, de
ton corps, de ta vie ? Tout cela lui appartient,
tout cela est plus à lui qu'à toi-même Qu'est-ce
d'ailleurs que tout cela, en comparaison de tout ce que tu as reçu ? Malheureuse que je suis ! ma condition est-elle si déplorable queje sois dans l'impuissance absolue d'acquitter mes dettes envers la libérale munificence de mon Dieu? Console-toi,
console-toi, ô mon âme: ce que tu ne peux faire par toi-même, tu le peux en Jésus-Christ et par Jésus- Christ. C'est lui, cet adorable Sauveur, c'est lui, Dieu fait homme, véritable intermédiaire entre les créatures et leur Créateur, c'est lui qui, se chargeant à l'autel de remercier pour nous, supplée surabondamment à ce qui manque à notre infirmité, et égale, avec une parfaite proportion, la reconnaissance au
bienfait C'est alors, et seulement alors, c'est par
le sacrifice de la Messe qu'offrant à Dieu ce qu'il y a de plus excellent dans le Ciel même, son Fils bienaimé, l'objet de ses éternelles complaisances, nous
lui offrons vraiment un présent digne de lui
C'est en lui présentant l'hostie immaculée, qui se met elle-même entre nos mains, c'est en lui présentant le calice trois fois saint que nous lui payons
amplement le prix de ses bontés
Approche-toi donc avec confiance, ô mon âme, du trône de la miséricorde, portant dans tes mains la précieuse offrande du salut. Quand tu aurais mille langues pour les employer en actions de grâces, quand tu aurais mille cœurs pour les consacrer à de brûlantes expressions de gratitude, jamais tu ne pourrais louer et remercier ton divin bienfaiteur d'une manière aussi convenable que par le sacrifice
de l'autel car ce n'est plus toi qui remercies,
alors, c'est Jésus lui-même qui remercie pour toi et qui t'acquitte envers son Père: «Dominas retribuet pro me». Regardez, ô mon Dieu, le mystère qui s'accomplit à l'autel: vous m'avez beaucoup donné, je le sais ; mais moi, par les mains du prêtre, voyez ce que je vous offre: c'est votre divin Fils, le voilà qui s'immole en reconnaissance de vos dons, et je vous le présente. En vous le donnant, je vous rends autant que j'ai reçu de votre bonté: le prix de notre victime est infini, comme le prix de vos dons
Résolution. — Réciter d'abord le Cantique des trois enfants dans la fournaise pour inviter tous les êtres créés à remercier pour nous et avec nous le
Seigneur notre Dieu: «Benedicite» (Dimanche
à Laudes) ; puis, reconnaissant que ce mode de reconnaissance est complètement imparfait, assister à la sainte Messe, en priant du fond de l'âme le divin Sauveur de s'offrir à son Père pour nous, comme une victime eucharistique, afin de lui payer notre dette de reconnaissance.