‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 97 sur 102 · JÉSUS S'OFFRE A L'AUTEL COMME UNE VICTIME DE PROPITIATION · texte numérisé non relu

JÉSUS S'OFFRE A L'AUTEL COMME UNE VICTIME DE PROPITIATION

Prélude. — Regarder avec amour son crucifix; en contemplant le Sauveur cloué à la croix, se rappeler les paroles du prophète Isaïe: «Il a été blessé à cause de nos iniquités, il a été broyé à cause de nos crimes ». Adorer et remercier cette divine Victime qui apaise par l'effusion de son sang au Calvaire la colère de son Père, prête à éclater sur nos têtes: « Adoramus tey Christe, etbenedicimus tibi, quia per sanctam Crucemtuam redemisti mundum ».

Il est vrai, ô mon âme, ta foi te l'enseigne, le péché a été surabondamment expié à la Croix, il y a été vaincu en puissance ; mais, par l'effet de la malice humaine, par l'effet de notre perversité, il n'a pas cessé pour cela de régner dans le monde. Essaye de compter tous les crimes commis sur la terre depuis

la mort du Sauveur Essaye de faire repasser

dans ton souvenir toutes les offenses dont les hommes se rendent coupables envers Dieu : péchés de pensées, péchés de paroles, péchés d'actions, péchés d'omission; péchés de l'enfance, péchés de l'adolescence, péchés de la jeunesse, péchés de l'âge mûr; péchés secrets, péchés publics; péchés de fragilité,

péchés d'habitude Oh! s'il est vrai que le péché

ait en lui-même une voix, quelle affreuse clameur ne doit pas monter de l'ensemble de ces ingratitudes vers le Ciel, pour provoquer contre la créature, si coupable, la divine justice et ses sévères rigueurs!... Comment pourrait-elle se soustraire à ses vengeances justement provoquées? Comment pourrait-elle éviter les coups de sa colère? .. . Oh! en face de Dieu, ne crois-tu pas voir, comme l'Apôtre des révélations, sortir de son trône des éclairs, des tonnerres, des voix terribles et fulminantes contre toutes ces iniquités ?

Où l'homme se cachera-t-il ? Où cherchera-t-il un asile pour se dérober aux foudres que va lancer sur

lui le Dieu souverainement juste? Oh! qu'il coure

se réfugier aux pieds de l'autel, comme sur un autre Calvaire, sûr d'y trouver un abri: il y verra son Sauveur, le divin Jésus, qui s'immole comme un agneau de propitiation: « Agnus tanquam occisus »... Il y montre à son Père, comme autrefois au Golgotha, les plaies de ses pieds et de ses mains, les déchirures de tous ses membres, et, s'offrant comme victime et propitiateur, il lui dit en sa faveur: O Père, Père, pardonnez à cette créature coupable! et, à cette voix si douce et si puissante, le cœur de Dieu s'attendrira, il aura pitié de nous et nous fera miséricorde

Mais, pour recueillir les fruits de l'oblation de cette hostie pacifique, il faut y assister avec contrition et confiance. C'est le lieu de bien examiner, ô mon âme, si tu as toujours, toi, apporté au saint

sacrifice de la Messe cette douleur de tes fautes qui seule pouvait te disposer à profiter de l'effusion du

sang d'un Dieu? As-tu toujours envisagé la

Victime adorable de l'autel comme un médiateur tout-puissant, placé entre le Ciel et la terre pour

amortir le feu de la justice divine? Hélas! hélas!

combien de fois peut-être dans le passé n'as-tu pas tourné le remède en poison, et, par ta dissipation, par tes légèretés, par tes irrévérences, n'as-tu pas offensé et irrité ton Dieu, au moment même où le

bon Maître s'immolait pour l'apaiser ?

O mon Dieu, je le reconnais à ma confusion, ayant dans l'oblation de la divine Victime un moyen infaillible de satisfaire votre justice et d'attirer votre miséricorde, j'ai négligé d'en profiter Oh ! daignez

détourner vos yeux de mon ingratitude: «regardez»

à l'autel «la face de votre Christ» Si l'ange de

vos justices place mes iniquités dans la balance de votre équitable jugement, commandez à l'ange de vos miséricordes de placer dans l'autre plateau de la balance les expiations de votre divin Fils, afin qu'elles

servent de contre-poids à mes offenses Non, vous

ne pourrez pas ne pas vous laisser toucher par un plaidoyer si éloquent en ma faveur.

Résolution. — Assister à la sainte Messe avec le souvenir de toutes les fautes de la vie. Prier Notre- Seigneur de vouloir bien les prendre et les mêler avec le sang divin qu'il offre à son Père, en lui disant du fond de l'âme avec le prêtre: «Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du inonde, ayez pitié de nous"». Réciter après la Communion une amende honorable au Saint-Sacrement

LE SAINT SACRIFICE DE LA MESSE JÉSUS s'offre a l'autel comme une victime d'impétration

Prélude. — Adorer Notre-Seigneur Jésus-Christ sous les beaux titres d'avocat, de médiateur, d'intercesseur que lui donne l'Apôtre saint Paul, inspiré par l'Esprit de Dieu; le remercier de toutes les prières qu'il a bien voulu offrir à son Père pour nous en particulier jusqu'à ce jour; le conjurer de bien vouloir nous faire comprendre la toute-puissance de la prière qu'il adresse pour nous au saint sacrifice de la Messe.

Notre-Seigneur, à la vérité, n'a jamais cessé un seul instant de prier depuis son Incarnation. Tu es assez familiarisée avec l'Évangile, ô mon âme, pour savoir que, pendant toute sa vie mortelle, on trouve à chaque moment le divin Maître dans le saint

exercice de la prière. Il prie à Nazareth il prie

au désert il prie pendant sa vie publique il

passe des nuits à prier la veille de sa Passion

il prie plus longtemps, plus ardemment que jamais

mais c'est surtout au Calvaire que cet adorable

Sauveur prie plus éloquemment encore L'Apôtre

saint Paul nous le dépeint offrant, sur la Croix, à son Père « des prières et des supplications avec un grand cri» et des larmes amères .... En ce suprême instant

du sacrifice, tout, en la divine Victime, tout, en Jésus- Christ, priait son regard son cœur...... ses

plaies son sang tout, en ce Dieu mourant,

tout avait une voix pour demander et pour obtenir

toutes les grâces Certes, il n'y avait aucune

limite à la toute-puissance d'une telle prière, et le grand Apôtre ne peut s'empêcher de nous montrer Dieu le Père exauçant en tout son Fils, en le voyant en cet état : « Exanditus est pro sua reverentia » . Eh bien! ô mon âme, cette prière du Calvaire, cette prière faite avec un grand cri, «cwm clamore valido », le Sauveur ton maître la continue à l'autel. Sans doute, il prie pour toi, pour tous les hommes, perpétuellement, au Ciel, en montrant à son Père ses plaies sacrées; mais ce n'est point assez ni pour son

amour ni pour tes besoins il vient prier pour

nous en qualité de victime sur l'autel de la terre

Oh! quelle ne doit pas être, au saint sacrifice de la Messe, la puissance et l'efficacité de la prière de

Jésus! S'il nous a dit lui-même que «ce que

nous demanderons à son Père en son nom, nous

serions sûrs de l'obtenir» jusqu'où ne doit pas

aller notre confiance, quand c'est lui-même, ce divin Rédempteur, qui, prévenant notre faiblesse, abaisse les Cieux et descend à l'autel pour devenir lui-même

notre intercesseur et prier pour nous! Tout alors

en lui, sacrificateur et victime, tout en lui a une

voix comme au Calvaire, et infaillible, sans nul

doute, est le succès de la prière qu'il adresse à son

Père en s'immolant pour nous Jésus-Christ à

l'autel, c'est notre avocat qui plaide notre cause ; Jésus-Christ à l'autel, c'est notre médiateur qui s'interpose en notre faveur ; Jésus-Christ à l'autel,

c'est le pontife par excellence, le pontife universel, qui transmet à son Père nos prières et lui offre nos vœux en les divinisant

Est-ce ainsi, ô mon âme, que tu as toujours envisagé la divine Victime de l'autel ? Chaque fois que tu as eu le bonheur d'assister au saint sacrifice de la Messe, ta foi a-t-elle été toujours assez vive pour voir s'effacer devant toi le prêtre mortel et pécheur, et ne considérer que le grand Pontife, le Pontife invisible et éternel, unissant nos supplications aux siennes comme il s'est uni à notre nature?

As-tu toujours entendu «le grand cri» qui sort

de ses plaies, de son sang, de sa mort mystique, et

qui monte vers le Ciel intercédant pour toi? Oh!

si tels avaient toujours été tes sentiments, quelle que fût ta misère, jamais tu n'aurais connu le découragement; quelles que fussent tes nécessités, jamais tu ne te serais laissé abattre. Tu aurais avec abandon, suivant le conseil du Prophète, «jeté toutes tes inquiétudes», toutes tes peines dans le cœur du divin Médiateur. Tu aurais recommandé ta détresse

au tout-puissant avocat Tu aurais chargé de

transmettre tes demandes l'éloquent intercesseur de

l'autel Et toujours, oui, toujours, tu aurais été

exaucée Mais, hélas! que de fois as-tu perdu

par ta tiédeur, par tes négligences, par ton manque de foi le fruit de la prière de ton Dieu, au moment de son immolation mystique à l'autel !

O mon Dieu, en face de mes misères si nombreuses, si j'étais abandonnée à moi-même, je ne pourrais que me décourager Heureusement vous avez eu

pitié de moi, et vous m'avez donné Jésus, votre divin Fils, comme le suppléant de mon infirmité. Je lui abandonne, à ce divin et tout-puissant intercesseur, mes intérêts, mon sort présent, mon avenir tout entier. .. . Acceptezles prières qu'il vous adresse pour moi sur la table mystique de son sacrifice; je suis assurée qu'il demandera et obtiendra pour moi tout ce qui m'est utile et salutaire, plus que si je le demandais moi-même

Résolution. — Concentrer dans une supplique intérieure l'expression de tous ses besoins spirituels, en assistant au saint sacrifice de la Messe; charger avec confiance Notre-Seigneur Jésus-Christ de présenter cette supplique à son Père; réciter à cette intention avec le divin Maître et le prêtre visible le Pater noster après la seconde élévation.

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