‹ Œuvres choisies (volume 2)Chapitre 98 sur 102 · PRÉPARATION A LA SAINTE COMMUNION · texte numérisé non relu

PRÉPARATION A LA SAINTE COMMUNION

Prélude. — Écouter dans le silence de l'âmeNotre- Seigneur nous disant du fond de son tabernacle: « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive.

Si qais sitit, ventât ad me » Je suis venu en terre,

et j'habite ce sanctuaire pour donner la vie, et la donner pleine, abondante et parfaite: « Ego veni ut vitam habeant,et abundantius habeant ■» Demander au bon Maître la grâce de sentir cette soif mystérieuse dont il parle Réciter avec amour cette

strophe de l'hymne de saint Thomas au Saint-Sacre ment :

O memoriale mortis Domini,

Panis vivus, vitam prœstans homini,

Prœsta meœ menti de te vivere,

Et te illi semper dnlce sapere.

Un sujet qui doit donner l'hospitalité à son prince se dispose à lui faire une réception proportionnée à

sa grandeur Un ami qui attend la visite d'un ami

lui prépare avec joie l'accueil le plus aimable

Tous deux savourent à l'avance les jouissances qui leur sont réservées. Eh bien! le Dieu eucharistique qui vient à moi dans la sainte Communion, c'est tout à la fois et un «roi plein de mansuétude» et de bonté, et un ami plein de dévouement et d'affection, c'est lui-même qui se donne ces titres En lisant

au saint Evangile que Notre-Seigneur pendant sa vie mortelle alla demander l'hospitalité à Marthe et à Marie, à Zachée et à tant d'autres, je me suis souvent sentie involontairement émue: oh! si j'avais été à leur place, quelle préparation j'aurais apportée à recevoir cet hôte divin! Eh bien! c'est ce même Jésus qui, dans la sainte Communion, vient demander

l'hospitalité à mon âme Si à quelque jour Dieu

m'envoyait du Ciel un ange pour m'annoncer que le Sauveur, par un privilège qu'il a quelquefois accordé à quelques âmes choisies, viendra me visiter en se rendant visible aux yeux infirmes de ma chair et qu'il me sera donné, en contemplant ses traits divins, de m'entretenir cœur à cœur avec lui, oh! quelle ne serait pas ma joie! Aurais-je vraiment d'autre occupation que celle de me disposer dignement à cet

inappréciable bonheur? Eh bien! dans la sainte

Eucharistie, est-ce un autre Dieu que je reçois? et la foi ne me dit-elle pas que, parce qu'il est caché sous les voiles du sacrement, Jésus mon Sauveur n'est pas

différent de lui-même? Je dois donc me préparer

à la sainte Communion mais comment?

Toute la vie du Sauveur ne fut, pour ainsi dire, qu'une préparation à l'union qu'il devait consommer avec nous à la table sainte: il en fit la continuelle occupation de son esprit et de son cœur: «J'ai désiré d'un désir ardent, nous dit-il, de manger cette Pâque avec vous». Toute la vie de l'âme vraiment chrétienne doit être une préparation à la sainte Communion: non seulement toutes ses prières, qui sont un entretien, un épanchement avec l'hôte divin qui, après

l'avoir visitée un jour, veut bien encore la visiter le lendemain, non seulement l'examen, qui termine sa

journée, et l'oraison, qui la commence. mais toutes

ses actions: bonnes œuvres, pieuses pensées, lectures

édifiantes, mortifications surtout elle rapporte

tout à la sainte Communion, elle se fait de tout un moyen de la faire avec toute la ferveur dont elle est capable. Oh! quelle faim mystérieuse du pain céleste

elle éprouve ! Le soir, avant de prendre son repos,

elle s'endort avec bonheur sur cette pensée : demain encore je m'asseoirai à la table du grand Roi. La nuit, si elle se réveille, elle appelle son divin Époux par quelques paroles embrasées:

Mon bien-aimé ne paraît pas encore, Trop longue nuit, dureras-tu toujours?

Tardive aurore,

Hâte ton cours

Le matin, dès l'instant où elle ouvre les yeux, écartant toute autre préoccupation, elle se reporte avec ardeur vers le Dieu qui doit venir la visiter. Tantôt elle entonne avec le Roi-prophète le cantique des saints désirs : « Comme le cerf altéré soupire après une source d'eaux rafraîchissantes, ainsi mon âme soupire après vous, ô mon Dieu » . Oh ! elle est altérée, ma pauvre âme, « elle a soif du Dieu fort, du Dieu vivant ». Tantôt elle croit entendre la réponse du Sauveur qui enflamme de plus en plus ses soupirs : «Encore un peu de temps et celui que tu attends

viendra, et il ne tardera pas» C'est alors qu'elle

s'empresse d'aller au-devant de l'époux: elle va et, considérant tout ensemble la grandeur de Jésus et sa propre bassesse, elle se proclame, avec le centurion, « indigne de le recevoir » Elle va et, brisée

de la douleur de ses fautes, comme Madeleine, abîmée d'amour pour le bon Maître, elle reste à ses pieds,

qu'elle mouille de ses larmes , Elle va et, comme

Zachée, elle le «reçoit avec joie dans sa demeure», sûre qu'elle est de recevoir le salut avec sa visite

En a-t-il été ainsi de toi jusqu'alors, ô mon âme? (S'examiner sérieusement sur la préparation qu'on apporte à la sainte Communion: ne s'est-on pas contenté trop souvent de la préparation immédiate?

Encore si celle-ci avait toujours été ce qu'elle doit

être! S'humilier et demander à Notre-Seigneur

la grâce de n'approcher jamais de lui qu'après nous être dignement préparés )

O mon Dieu, si je m'étais toujours disposée avant d'aller m'asseoir à votre table divine, je n'aurais pas lieu de me troubler au souvenir de tant de communions dont il me faudra vous rendre compte. Je veux, au moins, à partir de ce jour, traiter avec tant de foi et de respect cet auguste sacrement que j'y puise les grâces de ma véritable sanctification. Je veux, en m'y disposant avec le plus grand soin, manger désormais le pain sacré avec une faim si vive et une piété si profonde, qu'il soit réellement pour mon âme le pain de la force, le pain de la consolation, le pain de l'éternelle vie.

Résolution. — Consacrer chaque jour toutes ses pensées, paroles, actions de l'après-midi en préparation de la communion du lendemain. S'endormir le soir et se réveiller le matin dans des sentiments de désir et d'amour tels que ceux que l'on aura éprouvés dans l'oraison. Lire après la lecture spirituelle le Ier chapitre du IVme livre de V Imitation de Notre-Seigneur.

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