LA COMMUNION SOURCE DE VIE
Prélude. — Se rappeler les paroles par lesquelles le prophète Zacharie annonçait autrefois aux Juifs l'avènement du Sauveur et disposait les peuples à le recevoir : « Dicitefiliœ Sion : Ecce rex tuus venit tibi mansuetus. Dites à la fille de Sion: Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur». Ces paroles, nous pouvons nous les appliquer à nous-même : cette fille de Sion, c'est notre âme, et ce roi, c'est le Sauveur, qui vient à nous au banquet eucharistique. Adorer, en union avec toutes les âmes pieuses réunies sur la surface du globe, le Dieu du tabernacle, qui veut bien descendre jusqu'à l'homme pour élever l'homme jusqu'à lui.
Adoro te supplex, latens Deltas, Quœ sub Jiis figuris vere latitas :
Tibi se cor me uni totiim subjicit, Quia te contemplans totum déficit.
C'est à table, en mangeant le pain matériel, tu le sais, ô mon âme, que le corps entretient et développe sa vie ; c'est à une table mystérieuse, en mangeant un pain plus mystérieux encore, que l'âme, elle
aussi, entretient et développe sa vie C'est un
grand honneur pour un sujet d'être admis à la table de son prince 11 semble qu'un rayon de la majesté royale rejaillit sur le convive fortuné avec qui
un roi daigne rompre le pain et partager la coupe de
l'hospitalité Quel honneur d'être admis non pas
à la table d'un ami, d'un grand personnage ou d'un
roi, mais à la table même d'un Dieu! La foi te le
dit, ô mon âme, Dieu a une table comme les hommes,
une table toujours ouverte et toujours servie une
table où ce tendre père appelle tous ses enfants, où ce roi généreux convie tous ses sujets: « Venez, mangez le pain, buvez le vin que je vous ai préparés»
une table où les anges, moins heureux que les hommes, n'ont pas le droit de s'asseoir une table où
Dieu n'est pas seulement l'hôte aimable et bienveillant qui fait les honneurs du banquet, mais où il se
fait lui-même notre nourriture où sa chair est le
mets délicieux et son sang le breuvage céleste offerts
aux conviés où, suivant sa parole, il se donne
lui-même, « Pain vivant descendu du Ciel, chair sacrée qui donne la vie au monde ».
Essaye, ô mon âme, de sonder le mystère d'amour que Dieu opère dans le cœur qui va le recevoir à sa
table Il se passe entre Dieu et l'âme qui s'unit à
lui par la communion quelque chose de semblable, dans une certaine mesure, au mystère de l'Incarnation Dans l'Incarnation, le Verbe divin s'est revêtu de notre chair infirme et mortelle dans la
communion, il nous donne la sienne, impassible et glorieuse. Dans l'Incarnation, il s'est uni à notre nature ; dans la communion, il s'unit directement à
notre personne Union moins étroite que celle de
Dieu et de l'homme en Jésus-Christ, puisqu'elle laisse
subsister la distinction des personnes mais union
substantielle, la plus réelle, la plus intime après l'union hypostatique En parlant de l'Incarna-
tion, saint Jean a proféré cette parole étonnante : « le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous »
Mais, en parlant delà communion, saint Paul a
pu dire: «Je vis, non; ce n'est plus moi qui vis, c'est
Jésus-Christ qui vit en moi» L'Église peut dire
à ses enfants: Vous êtes d'autres Christs, «vous êtes des dieux», autant qu'il est permis de l'être à des
mortels Chaque fidèle peut se dire: «Dieu est
avec moi»; «il est la chair de ma chair», l'âme de
mon âme, la vie de ma vie Et toi-même, ô mon
âme, chaque matin, quand tu te retires de la table sacrée, emportant dans ta poitrine l'hostie divine que le prêtre a déposée sur tes lèvres, convive d'un Dieu, nourrie de la pure substance d'un Dieu, et transformée en Dieu, tu n'as rien à envier au Ciel: il est tout entier en ton cœur
Jésus-Christ dans la communion est cette manne mystérieuse qui descendait chaque jour des hauteurs du Ciel, et que l'Israélite venait ramasser chaque
jour pour se nourrir dans le désert Pour toi
aussi, ô mon âme, le monde est un désert. Comme l'enfant d'Israël, tu marches à la conquête d'une
terre promise, à la conquête du Ciel Au milieu
des dangers du voyage, il te faut une nourriture, et le pain qui t'est donné sur la route de ce monde, c'est le pain des anges, la manne des cieux, la sainte
Eucharistie Voilà pourquoi chaque matin, au
lever de l'aurore, tu vas, comme le peuple aimé du Seigneur, recueillir le pain que sa bonté t'a préparé, afin de te disposer à un nouveau jour de voyage et de combat Jésus-Christ, le Sauveur, l'ami des
âmes, est vraiment pour toi, à la rigueur de la lettre,
le pain quotidien Chaque jour, par un privilège
que tu partages avec ses ministres, ses représentants sur la terre, chaque jour tu te nourris de sa substance ; chaque jour tu manges la chair adorable qu'il
a livrée pour le salut du monde Oh! comme tu
devrais maintenant vivre de la vie de Jésus-Christ !
Or la vie du Sauveur dans l'Eucharistie est une vie d'immolation, une vie de sacrifice, une vie de
victime Autrefois, quand le martyr allait subir
son dernier supplice, le ministre des autels, pour le fortifier et l'aguerrir, lui donnait le corps du Seigneur : «C'est en recevant le sang de Jésus-Christ, dit saint Jean Chrysostôme, qu'il apprenait à répandre le sien ». Mais qu'est-ce que répandre son sang?
Le sang, il coule de bien des manières
L'âme a son sang, comme le corps et pas de sacrifice sans effusion de sang «Or, dit saint Vincent Ferrier, quand Jésus-Christ vient de se donner à une âme, elle ne doit trouver aucun sacrifice impossible ».
En est-il ainsi pour toi, ô mon âme? Peux-tu te flatter d'avoir appris, suivant le mot du docteur à la bouche d'or, à « répandre ton sang, en recevant le sang de ton Dieu » ? Peux-tu te flatter d'avoir puisé dans la divine nourriture eucharistique le courage de ne trouver aucun sacrifice impossible? (S'examiner sérieusement sur ses dispositions par rapport à la vie d'immolation, qui est la vraie vie chrétienne,
c'est-à-dire la vraie vie de Jésus-Christ en nous
S'humilier de ses lâchetés et demander à Notre-
Seigneur d'apprendre enfin à vivre de sa vie divine )
Résolution. — Faire la sainte Communion pour demander à Notre-Seigneur l'établissement de sa vie, vie d'immolation, en nous. Dire, après la sainte Communion, cette belle strophe de saint Thomas d'Aquin :
O memoriale mortis Dotnini, Panis viviiSi vitam pr ces tans homini. Prœsta meœ menti de te vivere, Et te illi semper dulce sapere.