SUR LE DOCTORAT DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
(Visitation Sainte-Marie de Rouen, 1er monastère, 29 janvier 1878)
Qui docti fuerint fuïgebunt quasi splendor firmamenti, et qui ad justitiam erudiunt midtos quasi stellœ in perpétuas œternitates.
Ceux qui auront été savants brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice, luiront comme des astres durant toute l'éternité.
Daniel., XII, 3.
Monseigneur (1), Mes Frères,
De même que la lumière du soleil se décompose en nuances variées, ainsi le Verbe de Dieu, splendeur de la gloire du Père, rayonne ici-bas, par la parole des saints, en des clartés diverses. C'est Jésus- Christ qui fait germer au sein de son Église, comme nous l'apprend saint Paul, les apôtres et les prophètes, les pasteurs et les docteurs, et il est vrai de dire que la lumière qui jaillit de leur enseignement
(1) Le Cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen.
t un reflet de sa propre lumière et forme comme l'aube blanchissante des splendeurs célestes. Or, M. F., si tous les saints ont des rapports étroits avec le Dieu fait homme, saint François de Sales est, parmi les élus du Ciel, un de ceux qui eurent la ressemblance la plus parfaite avec Notre-Seigneur. Saint Vincent de Paul disait tout haut qu'il était le plus fidèle portrait du Sauveur, et Jeanne de Chantai s'écriait un jour avec l'accent de l'enthousiasme : « En voyant mon bienheureux père, il me semble voir Notre-Seigneur en terre ». Oui, M. F., reproduisant dans sa belle âme, comme dans un miroir réflecteur, l'image du Verbe incarné, il brille au firmament de l'Eglise comme un des astres les plus lumineux. Tout à la fois apôtre zélé, pasteur vigilant, thaumaturge et prophète, il posséda, à un degré éminent, la science du Docteur, et comme, cette science, il ne la possède que pour éclairer les intelligences des lumières de la foi, et jeter dans les cœurs les saintes leçons de la vertu et de la perfection, il mérite en toute rigueur le bel éloge de Daniel : « Qui docti fuerint fulgebunt quasi splendor firmameiiti, et qui ad justifiant erudiunt multos, quasi stellœ in perpétuas œtemitates ».
Il n'est donc pas étonnant que le Pontife souverain qui a reçu de Jésus-Christ, son Maître, le privilège d'être l'arbitre des préséances des élus, en assignant à chacun son rang liturgique, vienne présenter à nos hommages le saint Evêque de Genève avec l'auréole du Doctorat. Depuis longtemps un grand nombre de Pontifes, ses admirateurs, interprètes des désirs intimes de sa nombreuse famille spirituelle, sollicitaient du Saint-Siège le titre de Docteur de l'Eglise pour le
vaillant champion de la foi catholique dans les luttes contre l'hérésie calviniste. Cette qualification glorieuse lui appartiendra désormais: notre bien-aimé Pie IX vient de le déclarer dans un décret solennel. Mais quels sont les titres réels de saint François de Sales à être admis avec les Ambroise, les Bernard, les Augustin, les Thomas d'Aquin, dans l'auguste sénat des maîtres de la vérité? J'ai pour mission de vous l'exposer aujourd'hui.
L'évêque de Genève se présente à nous comme Docteur du dogme et comme Docteur de la spiritualité.
Avant de commencer, Monseigneur, laissez-moi dire combien je suis heureux de parler de saint François de Sales en présence de Votre Eminence. Tout le monde sait que sa physionomie disait ce qu'était son âme. Elle réfléchissait ce mélange incomparable de finesse et de bonté, de fermeté et de mansuétude, de distinction et de gravité, cette amabilité surtout qui s'échappait des profondeurs de son âme, et , se répandant au-dehors forte et gracieuse, avait le privilège de gagner tous les cœurs. Vous pouvez-arrêter la louange sur mes lèvres, Monseigneur, en me rappelant une parole de nos saints Livres : « Ante mortem ne landes hominem quempiam » ; mais vous ne m'empêcherez pas d'être l'interprète des sentiments de vos filles de la Visitation, en disant qu'elles reconnaissent, sous les traits de leur saint fondateur, le père vénéré dont la présence réjouit, en cette fête, si délicieusement leur cœur.
Vous savez, mes bien chères sœurs, qu'un peintre vint prier votre saint fondateur de le laisser prendre
son portrait, et que le pauvre artiste eut la douleur, pour ne pas dire la confusion, de n'avoir pas réussi à le faire ressemblant. II. put rejeter la cause de son insuccès sur le peu de temps que lui avait accordé François de Sales; pour moi, qui sais d'avance que la même confusion m'attend, je ne crains pas d'avouer que la faute en sera tout entière à l'inhabileté de mon pinceau. Ce qui me console, c'est que votre charité voudra bien suppléer à mon insuffisance, en rectifiant les lignes de ma trop imparfaite esquisse.
Avant de mettre au front d'un saint la couronne du Doctorat, le Saint-Siège examine quelle a été sa science des révélations divines. Aux yeux de l'Eglise, le Docteur, c'est le mandataire officiel de la Providence contre l'hérésie; c'est le champion délégué de Dieu pour défendre la vérité à l'heure où elle est attaquée. Aussi, quand on étudie l'histoire de l'Eglise et qu'on descend le cours des âges, en parcourant les luttes qu'elle a soutenues, on voit que, grâce aux Docteurs, toujours à chaque erreur correspond une vérité plus éclatante, à chaque développement de l'hérésie un développement de la foi. Arius provoque le courage ou plutôt l'héroïsme de l'immortel Athanase, et les sectaires de l'hérésiarque inspirent à Ambroise et à Hilaire leurs plus belles pages d'éloquence. Nestorius nous vaut l'illustre Cyrille, qui n'est pas, à la vérité, inscrit d'office au catalogue des docteurs, mais que l'Église, en son martyrologe, acclame comme un des plus valeureux athlètes de la saine doctrine. Eutychès appelle en face de lui le grand archevêque de Ravenne, Pierre à la parole d'or, et Pelage n'apparaît, ce semble , que pour
susciter le vengeur de la grâce et faire à l'Eglise le magnifique présent d'Augustin.
Or, je vous le demande, les farouches disciples de Calvin ne trouveront-ils pas, en face de leurs attaques, un vaillant défenseur de la vérité ? C'est François de Sales qui a été suscité par la Providence pour ce grand ministère. 11 y a été d'ailleurs admirablement préparé. A vingt ans, interpellé dans une réunion imposante de prêtres savants sur des questions de droit ecclésiastique, il étonne l'assemblée par sa justesse et l'autorité de ses décisions. Plus tard, élevé à l'épiscopat, il subit avec gloire, au Vatican, un examen devant un jury où se trouvaient Baronius et Bellarmin ; et le Pape, descendant de son trône, lui adresse comme félicitations cette parole des Lettres sacrées: « Mon fils, buvez de l'eau de votre citerne, et faites dériver de votre surabondance dans mes champs ». Mais que sont ces illustres témoignages, si imposants soient-ils, en face des lettres de créance de ce nouveau mandataire du Ciel ? Qu'est-ce que cette blanche colombe qui, au jour de la Pentecôte, vient se reposer sur la tête du saint Pontife, sinon le symbole du Saint-Esprit, qui remplit son âme des dons de sagesse et de science, pour combattre les saints combats de la foi: « Implevit eum Dominns spiritii sapientiœ et intellectiis ».
A l'œuvre, à l'œuvre, courageux Pontife! sur une terre chère à votre cœur, la foi du Sauveur votre Maître est attaquée, l'hérésie lève audacieusement la tête et les âmes égarées courent à leur perte.
Et François de Sales a compris sa noble mission, et il se plonge dans l'étude des Écritures sacrées, ce
trésor des révélations du Ciel à la tenu, des confidences de Dieu à l'humanité ; et il approfondit les écrits des Pères, où la science répand sur nos dogmes de si vives lumières ; et il fouille les traités des théologiens les plus savants et les plus autorisés, et il se pénètre des décisions de la sainte Église, colonne et fondement de la vérité. Oh ! qu'il est touchant de contempler, après cela, ce pieux chevalier de la vérité, ce valeureux défenseur de la foi, ainsi armé de pied en cap, opposer aux novateurs une vigoureuse résistance et à chacun de leurs blasphèmes répondre par une réfutation victorieuse! Qu'estce que son livre des Controverses, sinon, comme on l'a dit, un arsenal puissant, qui offre des armes pour combattre toutes les erreurs et les subtilités de l'hérésie ? C'est comme un champ clos, où le saint apolologiste, se mesurant corps à corps avec le protestantisme, venge noblement et avec gloire l'Église et sa divine autorité. Il le savait bien, cet admirateur si déclaré de notre saint, le grand Évêque de Meaux, Bossuet, qui n'a pas dédaigné d'emprunter à cet ouvrage plus d'un argument pour ses Avertissements aux protestants. Mais combien d'autres écrits viennent affirmer les droits de l'Évêque de Genève à la palme du Docteur ? Un ministre de Genève, Lafaye, ose insulter la Croix du Sauveur et condamner les hommages qui lui sont rendus : François lui répond par la magnifique thèse de VEtendctrd de la Croix, et relève dans les cœurs l'image du Dieu mourant, avant qu'elle reprenne son piédestal sur les places publiques. De misérables sophistes osent nier l'existence des esprits mauvais, et il confond leur néga-
tion par son savant traité Des Energumcnes eu de la
Démonomnnie. Un prédicant haineux, le ministre Viret, irrité de voir le saint sacrifice de la messe publiquement offert àThonon, se livre à des attaques passionnées contre nos croyances, et François écrit, avec son cœur non moins qu'avec sa science, ses Considérations sur le Symbole, où se trouvent des pages sur l'immolation de l'autel qui rivalisent avec la précision magistrale de saint Thomas d'Aquin. Oue dire de son livre de Y Amour de Dieu ? Oui n'a recueilli de surnaturelles lumières en lisant cet « insigne et incomparable traité », comme le qualifie le décret de la Sacrée-Congrégation ? On croit, en l'ouvrant pour la première fois, n'y rencontrer que les épanchements d'un tendre mysticisme, et l'on se trouve en face des enseignements dogmatiques les plus profonds et les plus élevés. Dans cette œuvre de vingt ans de travail, l'intelligence de François, servie par une rare sûreté de coup-d'oeil, sonde avec exactitude les mystères les plus obscurs de la doctrine, et on a pu dire avec raison que c'est une Somme accomplie de théologie.
Parlerai-je de son Exposition du dogme de la Sainte- Trinité, qui mérite une place d'honneur parmi les chefs-d'œuvre de la science sacrée ? Rappellerai-je ses dissertations éloquentes sur la virginité de Marie ? Citerai-je les titres de toutes les autres œuvres apologétiques qui ont concouru à lui obtenir la gloire du Doctorat ? je craindrais de dépenser les trop courts instants de notre entretien dans une simple et aride nomenclature.
J'aime mieux appeler votre attention sur le zèle du saint Evêque à soutenir deux points de la révélation explicitement définis de nos jours et proposés
comme dogmes à notre croyance par le glorieux Pie IX. Comment oser accuser le Saint-Siège d'inventer, au XIXe siècle, des dogmes nouveaux, quand on voit François de Sales, à la fin du XVIe, soutenir théologiquement la thèse de l'immaculée conception de Marie, et défendre, avec autant d'amour que de science, les prérogatives du Souverain- Pontife, et en particulier son infaillibilité doctrinale ? M. F., n'en déplaise aux ennemis de la foi, dont l'attaque porte à faux, l'Église n'invente point des dogmes nouveaux. Le Pape ne fait point la révélation, il la garde ; il ne saurait accroître l'objet de la foi, il ne fait que le dérouler, le développer, et les définitions dogmatiques qu'il promulgue ne sont que des croyances contenues dans le dépôt de la vérité, qui lui est confié. Merci, merci, ô saint Pontife, des leçons salutaires et opportunes que vous donnez à notre siècle. Vous n'avez point, vous, sacrifié aux nouveautés doctrinales que l'enseignement des Universités de votre temps tendait à faire prévaloir ; nous vous saluons avec respect et gratitude comme le précurseur des Pères du Concile du Vatican ; par votre filial amour pour le Saint-Siège, vous êtes le modèle des vrais enfants de l'Église, et ce sera à jamais pour vous une de vos plus belles gloires d'avoir écrit au Pape Paul V : « S'il fallait vous ériger un trône des vêtements de vos inférieurs, comme l'Écriture nous l'apprend du trône de Jéhu, je volerais sur le champ, j'étendrais mes habits sous vos pas, je sonnerais de la trompette et je crierais de toutes mes forces : Vive, vive l'oint du Seigneur sur Israël ! »
Mais, après avoir considéré François de Sales dans ses écrits apologétiques, pouvons-nous ne pas
prêter au moins un instant l'oreille à ses Conférences, à ses Sermons, dans lesquels ne cesse de se révéler le maître de la science divine, le Docteur pontife ? Il était si fidèle à sa résolution de ne jamais refuser l'aumône de sa parole, quand elle lui était demandée, qu'il a pu avouer, avant de mourir, qu'il avait prêché plus de quatre mille sermons. Ne cherchons pas dans son langage la prétention du rhéteur qui essaye d'éblouir par des éclairs de talent, ni l'amertume du lutteur qui provoque sans cesse son adversaire. Les fleurs, il est vrai, s'épanouissent comme d'elles-mêmes et naissent à profusion sur ses lèvres, mais toujours ses instructions sont substantielles et pleines de doctrine. On sent qu'elles ont étéméditées devant le tabernacle, et qu'un sentiment tombé du cœur de Dieu même les a inspirées : l'amour des âmes. N'avait-il pas coutume de dire : La lumière pénètre moins profondément que la chaleur », et que « si l'adversaire avec lequel on discute a toujours peur de servir de trophée à notre amour-propre, il est toujours fier d'être le vaincu de notre charité » ?
Toutefois, M. F., il manquait à la couronne du nouveau Docteur « ce je ne sais quoi d'achevé », dont parle Bossuet, si son ministère n'avait été traversé par toutes sortes d'épreuves. Aussi, comme le Christ, son Maître, a-t-il été marqué du sceau de la contradiction : « Positus est hic in signum cui contradicetur». Mais, comme Jésus, il aimait à rendre à ses ennemis bénédiction pour malédiction. « Grâce à Dieu, dit-il, depuis que je suis berger, je n'ai pas dit une parole d'amertume ». 11 est un objet de haine aux sectaires, à cause du nom de Celui dont il défend la
doctrine : « Eritis odio propter nomen meinn », et, à l'exemple de l'Homme-Dieu, il ne répond à la haine que par l'amour ? « J'ai tant de bonheur à aimer mes ennemis, s'écrie-t-il, que, si Dieu me le défendait, je ne saurais comment faire pour lui obéir ». Des calomnies s'attaquent à son enseignement et à sa personne, mais cette épreuve est son bonheur ; là est comme son triomphe. Le maître l'avait dit par avance : « Beati eritis , cuni maledixerint vos mentientes propter me ». « Dieu sait, dit-il, la mesure de la réputation qu'il me faut pour sa gloire... on me croit encore meilleur que je ne suis». Un jour vient où l'on pense rendre gloire à Dieu en attentant à sa vie, et il se venge par cette ineffable prière : « Mon Dieu ! soyez béni de ce que je ne voudrais pas en faire autant ». Rien ne l'abat, rien ne le déconcerte ; en tout, il déploie un courage supérieur à tout autre, celui de ne jamais se décourager. Est-il étonnant vraiment que, tombant d'une bouche inspirée par un cœur aussi angélique, la parole de saint François de Sales ait fini par pénétrer dans les âmes les plus obstinément fermées ? Estil étonnant que ce Docteur apôtre ait pu triompher des sectaires les plus opiniâtres, des pécheurs les plus endurcis, des apostats les plus désespérés ? Je n'oserais mesurer l'étendue de ses conquêtes ni articuler le chiffre des conversions qu'il opéra, si l'unanimité des témoignages de tous ses historiens ne me mettait à même de défier tout reproche d'exagération. Soixante-douze mille, oui, soixante-douze mille hérétiques rentrèrent dans le sein de l'Église, grâce aux prédications de cet aimable Docteur, ce qui a fait dire par le savant cardinal du Perron ce mot tant de fois cité : « Si vous avez des hérétiques à convain-
cre, vous pouvez me les envoyer ; mais, si vous en avez à convertir, envoyez-les à M. de Genève ».
Pourrions-nous maintenant, je vous le demande, embrasser dans un coup-d'ceil d'ensemble toute l'œuvre apologétique de l'Évêque de Genève, sans souscrire au jugement de notre vieille Sorbonne, le comparant aux quatre grands Docteurs de l'Église? Pourrions-nous ne pas faire écho au cri d'admiration du Cardinal de Bérulle, le proclamant le plus grand des théologiens de son temps ? Oh ! qu'elle connaissait merveilleusement l'âme de son bienheureux Père, sainte Jeanne de Chantai î c'est elle qui a dit qu'il suffisait de le fréquenter pourvoir que Dieu lui avait communiqué le don de la foi dans une perfection éminente, et lui avait donné, sur tous nos mystères, sur le sens des Ecritures, sur la vraie doctrine de l'Eglise, des connaissances extraordinaires. Écrionsnous donc, M. F., avec le pape Alexandre VII: « François de Sales, c'est le victorieux athlète se mesurant avec l'hérésie, comme David avec le géant Goliath : par la solidité de sa doctrine non moins que par l'ardeur de son zèle, il a terrassé l'impiété triomphante ». Écrions-nous avec les princes de l'Église qui ont déposé au procès de sa canonisation : « François de Sales, c'est le rempart inébranlable de la foi orthodoxe; c'est le maître assuré de la doctrine céleste; c'est le vaillant guerrier qui, armé du glaive delà foi, a transpercé l'hydre de l'hérésie. » Écrionsnous plutôt avec le saint Pontife de Rome, et ce mot en dit plus que tous les panégyriques: « François de Sales, c'est le Docteur de l'Église universelle ».
O saint Pontife ! il est un sentiment qui monte dans notre âme au niveau de l'admiration, quand
notre pensée se fixe avec notre regard sur vous : c'est la vénération. Nous ne pouvons aujourd'hui vous contempler comme Docteur catholique, sans vous admirer, sans vous vénérer ; vous êtes vraiment à nos yeux la plus noble représentation de la science ici-bas ; vous êtes la science dans sa plus haute gloire, la science avec l'autorité, la science avec le courage, la science avec le dévoûment, la science à l'état du martyre et de la vertu. Qu'ils sont petits auprès de vous les sectaires que vous avez combattus! Ils n'étaient que les apôtres de leurs idées personnelles ; mais vous, vous êtes l'apôtre du Verbe incarné, source de toute vérité. Ces sectaires, je les vois à l'œuvre : ils ne parlent, ils n'écrivent, ils ne combattent que pour des opinions mobiles, et ils sont isolés et solitaires [dans leur enseignement. Mais vous, vous parlez, vous écrivez, vous combattez pour la foi universelle. Vous n'êtes pas seul, vous avez derrière vous, non une école, non quelques maîtres clairsemés, mais toutes les générations qui se sont succédé dans l'Eglise depuis son divin fondateur, mais les siècles, mais l'humanité. Ces sectaires sont morts avec leurs blasphèmes, et, si la postérité ne les a pas ensevelis dans l'oubli, elle les dédaigne, elle les déteste ; mais vous, vous ne vieillissez pas, vous restez toujours jeune de l'éternelle jeunesse de la gloire et de la vérité. Oui, c'est votre honneur d'être tout à la fois et l'athlète et le héros de la vérité ; car, par elle et pour elle, vous avez vaincu sur toutes les arènes de lapensée: « Qui docti fuerintfulgebunt quasi splendor firmamenti ». Les travaux de votre génie demeurent, et la palme du Docteur, que l'Église vous met en main, ne se flétrira jamais.
Quand les artistes du Moyen Age voulaient figurer dans une peinture allégorique le Docteur angélique, Thomas d'Aquin, ils représentaient un aigle en face du soleil avec cette devise : « Sic crede, c'est ainsi que vous devez croire ». Comme apologiste, comme Docteur du dogme, François de Sales est semblable à cet aigle suspendu dans les airs, tenant ses yeux ouverts devant la lumière. Mais souvent l'aigle aimait à raser complaisamment la terre. Pour être mieux suivi des faibles, François se servait plus volontiers de son cœur que de ses ailes : le Docteur du dogme fut aussi un docteur de la spiritualité, un moraliste par excellence, un maître consommé de la théologie pratique, disons le mot, un directeur incomparable.
Il est une parole de saint Grégoire, si profondément vraie que tous les âges chrétiens se la transmettent comme un adage de génération en génération : « Ars artium regimen animarum ; c'est l'art des art que le gouvernement des âmes ». Oui, M. F., c'est une grande gloire que de savoir pétrir, manier, gouverner les âmes, les élever de terre et les porter tout entières vers Dieu. C'est une science vraiment descendue du Ciel que la science qui consiste à prendre le cœur humain, à le faire mourir avec ses misères, ses infirmités, et à élever sur ces ruines, sur ce cadavre du vieil homme, le trône du nouvel Adam. Mériter le nom de maître, de Docteur de la spiritualité, c'est exceller à former, à « développer, suivant le mot de saint Paul, Jésus-Christ dans les âmes », c'est exceller à initier les âmes à la pratique du vrai Christianisme, à la perfection de l'Évangile, à la sainteté. « Il se trouve moins d'hommes qu'on ne
saurait dire qui soient capables de cet office », dit l'ÉvêquedeGenève;ilen existe peu, ajouterons-nous, qu'on puisse regarder comme des maîtres consommés.
Ah ! M. F., c'est qu'il faut, pour ce sublime ministère, une science à part, non plus seulement une science d'étude et de spéculation, mais une science d'oraison ; il faut l'intuition, il faut, comme l'a dit le pieux archevêque de Cambrai dans un mot ravissant, il faut « une lumière de grâce ». Cette science ne suffit pas : elle doit être accompagnée de la prudence, et d'une prudence qui n'est pas de la terre, d'une prudence qui consiste à ne donner aux âmes que ce qu'elles peuvent porter, et à ne leur demander que ce qu'elles peuvent faire ; qui excite leur zèle sans encourager leur faiblesse, et qui ménage leur faiblesse sans encourager leur lâcheté ; qui attende les mouvements de Dieu, sans jamais les prévenir, et qui dirige la liberté, sans attenter aux droits de l'invisible moteur, l'Esprit-Saint. Cette science, cette prudence doivent avoir à leur service la charité, cet amour surnaturel qui cherche purement le bien des âmes et, dans le bien des âmes, la gloire de Dieu, cette tendre dilection, ce dévoûment qui ressent toutes les délicatesses et toutes les angoisses de la paternité, mais se garde pourtant avec soin d'amollir les cœurs, en les enchaînant par une reconnaissance trop vive et trop sentie.
J'ai paru, pour un instant, m'éloigner de notre cher Saint, en esquissant les qualités du maître consommé, du vrai Docteur de la spiritualité, mais, sous chaque coup de crayon, n'avez-vous pas reconnu sa figure incomparable?
Vous avez lu ses Lettres spirituelles , et vous
avez pu voir avec quelle « lumière de grâce », avec quelle charité il ausculte les plaies, réprime les défauts, guérit les infirmités, console les tristesses et relève les découragements, ôte à la perfection son austérité claustrale, rend conciliable avec la vie du monde l'exactitude du devoir chrétien, et fait aimer la sainteté, en la montrant possible non seulement sous le froc du moine et sous la robe de bure de la religieuse, mais même au milieu de la vie sociale. Quoi de plus doux d'apprendre de sa bouche qu'« être saint, c'est embrasser les devoirs ordinaires avec un amour extraordinaire » ?
Je ne puis résister au plaisir de citer son langage frais, gracieux, imagé et d'une simplicité toute naïve. Voici une âme qui, après une chute, après avoir payé tribut à la fragilité de l'humaine nature, s'affaisse dans le découragement ; il la relève en lui disant : « Baisons tendrement les pieds de la justice, maisjetons-nous dans les bras de la miséricorde » . En voici une autre qui est perpétuellement en butte aux tentations, aux sollicitations de l'esprit du mal ; il la soutient par ce paternel conseil : « Ayez, ma fille, ayez le courage grand et de longue haleine ; ne le perdez pas pour le bruit du tentateur. Notre ennemi est un grand clabaudeur, ne vous en mettez nullement en peine : il ne saurait vous nuire, si vous vous appuyez sur Dieu par la prière. Ne contestez point : faites-lui la nique, car tout cela n'est rien. Il a bien crié autour des saints et fait plusieurs tintamarres, mais quoi ! les voilà logés, eux, à la place qu'il a perdue, lui, le misérable ! » Les cœurs méticuleux, craintifs et scrupuleux à l'excès, qu'épouvante l'ombre d'une pensée involontaire passant sur
le fond immaculé de leur conscience, il les redresse avec fermeté : « Je voudrais avoir un bon marteau pour émousser la pointe de votre esprit ; je vous ai dit souvent qu'il faut aller en la dévotion rondement, franchement, et, comme l'on dit, à la vieille gauloise : ne soyez donc plus à picoter sur votre chère conscience. Demeurez en paix devant Notre-Seigneur, qui vous aime ».
Avec quel tact exquis il rassure et éclaire les âmes qui se plaignent de « n'avoir plus de sensible » , comme elles disent, et qui s'imaginent qu'elles n'aiment plus Dieu, parce qu'elles ne jouissent plus de l'aimer : « Hélas ! ma fille, nous sommes toujours affectionnés à la douceur et délicieuse consolation ; mais toutefois l'âpreté de la sécheresse est plus fructueuse. Quoique saint Pierre aimât mieux la montagne du Thabor que celle du Calvaire, le sang qui est répandu en l'une est plus désirable que la clarté qui est répandue en l'autre. Notre-Seigneur vous traite déjà en brave fille. Vivez un peu comme cela. Mieux vaut manger le pain sans sucre que le sucre sans pain ». Enfin, comme il exécute sans pitié les rêves des âmes qui se croient nées pour les œuvres extraordinaires, et tendent à une perfection toute chimérique, qui les éloigne de la voie véritable : « La vraie sainteté gît en la dilection de Dieu et non pas à faire des niaiseries d'imaginations, de ravissements, qui nourrissent l'orgueil et dissipent l'obéissance. Vouloir faire les extatiques, c'est un abus ; il y a souvent plus de mérite à ne pas dire un mot défendu qu'à porter la haire. Ayez patience avec tous, surtout avec vous-même. Tenez docilement votre tête sous le pied de la Croix. Hâtez-vous bellement, marchez à pas de
plomb, faites peu et bien, et, au lieu d'aimer par crainte, craignez par amour » !
M. F., on a dit : « Mozart n'est pas un musicien, mais la musique; Thomas d'Aquin n'est pas un théologien, mais l'incarnation de la théologie ». Eh bien! je ne crains pas de le proclamer, François de Sales n'est pas un directeur, c'est la direction personnifiée, c'est le Docteur de la spiritualité. Il sait gouverner les âmes, comme Dieu lui-même gouverne le monde, avec force et douceur: « Fortiter et suaviter ».
Il est un opuscule du Saint qui révèle à lui seul la science consommée de ce docteur de la vie parfaite, c'est son Introduction à la vie dévote. Ce livre « dicté par l'esprit de Dieu », dit Jeanne de Chantai, c'est l'initiation d'une âme vraiment pleine d'honneur et de vertu aux secrets de la vraie dévotion ; c'est sa conduite progressive vers le terme le plus élevé de la vie religieuse, l'union en Dieu. Le saint Docteur saisit cette âme à sa première aspiration vers la vie de la piété, il la soutient, il l'encourage à convertir ce simple désir en une généreuse résolution. Puis, une fois qu'elle est entrée dans la voie, il lui fait parcourir les divers degrés de la perfection, il lui enseigne la manière de bien prier, de prier toujours, de mettre Dieu, pour ainsi dire, dans chaque détail de la vie, la dirige du côté des vraies vertus, en la mettant en garde contre les fausses, la prémunit contre les tentations, les tristesses, les découragements ; puis, quand elle est déjà affermie dans le bien, il la fait « un peu se retirer à part soi, pour se rafraîchir, reprendre haleine et réparer ses forces, pour qu'elle puisse par après plus heureusement gagner pays ». Telle est l'économie de ce délicieux
petit livre, qui n'est, après tout, que l'histoire d'une âme, la vôtre, la mienne, souffrant, en ce désert de la vie, de la nostalgie du Ciel, et guérissant son mal par la prière et la charité.
Laissons de côté, M. F., le succès prodigieux de ce livre, qui fut traduit dans toutes les langues de l'Europe et mérita de suite une place d'honneur dans les bibliothèques des têtes couronnées. Laissons de côté les charmes inimitables du style le plus gracieux, le plus enchanteur ; contentons-nous de dire qu'il rivalise, par son influence, avec les Exercices de saint Ignace et avec V Imitation. Ce qui frappe dans ce livre, c'est la pensée du Saint, faisant consister la perfection, comme Augustin, dans l'ordre hiérarchique des affections et exposant, sous des formes d'une délicieuse naïveté, toute une psychologie merveilleuse de ce sentiment, qu'il appelle «le roi de tous les sentiments du cœur ». Lui qui, habile pilote, a su si bien gouverner, au milieu de tous les écueils,le cœur le plus aimant et le plus tendre, il fait partager à sa Philothée sa courageuse disposition à tailler, couper, trancher, arracher toute fibre du cœur qui ne serait pas de Dieu, à Dieu, pour Dieu.
C'est avec cette direction douce et ferme que le saint Evêque a eu la gloire de former sainte Chantai, l'idéal de la femme chrétienne, la. femme forte des Écritures et, avec sainte Chantai, de fonder toute une famille religieuse, en laquelle il se survit et se perpétue dans le monde. Je vous en prends à témoin, mes bien chères sœurs, encore aujourd'hui, à plus de deux siècles de distance, n'est-ce pas l'esprit de saint François de Sales qui vous anime, ne sont-ce pas ses maximes qui vous règlent et le langage que
vous parlez, n'est-il pas le langage même de votre saint fondateur ?
Or, si vous rendez si bien à votre bienheureux Père la gloire que vous en avez reçue, ferventes Sœurs de la Visitation, il faut bien le reconnaître, vous le devez à vos saintes constitutions, si admirables de sagesse, de discrétion et de fermeté, comme dit notre sainte liturgie au bréviaire Romain ; vous le devez aux Entretiens spirituels, ce mode merveilleux de législation claustrale, ce traité si justement célèbre de la perfection religieuse. De pieuses légendes nous apprennent que parfois on vit, à la mort des saints, de blanches colombes s'échapper de leur poitrine ; les colombes qui se sont envolées du cœur de François de Sales, ce sont toutes les âmes qui, depuis deux cents ans et plus, peuplent votre solitude embaumée. On ne peut parcourir vos annales, ces archives de famille, on ne peut lire V Année sainte des religieuses de la Visitation, sans constater que le plus pur esprit du Christianisme, la perfection religieuse, se conserve dans vos cloîtres, en réjouissant le regard et le cœur de l'Église. François disait, en parlant de la Visitation : « Dieu l'a formée de rien, comme le monde ». Comme le monde, elle s'est conservée, malgré les tempêtes et les révolutions; mais, plus heureuse que le monde, elle s'accroît et s'embellit à travers les âges.
Continuez, mes bien chères Sœurs, de marcher dans le chemin frayé par votre bienheureux Père ; que les traditions des mâles vertus d'abnégation et de pénitence, de sacrifice, de crucifiement intérieur se conservent dans votre cloître, comme dans une
douce et forte école; que les âmes jeunes, candides, pures, qui vous sont confiées, s'initient près de vous à la vraie piété, avant d'aller, dans la grande mêlée du monde, former ces familles vraiment chrétiennes si nécessaires à notre pauvre société. Et le saint que l'Église vient de décorer du titre de « Docteur de la spiritualité », vous contemplant du haut du Ciel, vous, les générations qui vous ont précédées et les générations qui vous suivront, pourra dire avec une légitime fierté : « Vos gaudium meum et corona mea ; vous êtes ma joie et ma couronne ». Ainsi soit-il !
SERMON
POUR LA FÊTE DU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS (i; (Cathédrale de Rouen, juin 1878)
Erit in die il la fons patens domui David, in ablutionem peccatoris.
Il y aura en ces jours une fontaine ouverte à la famille de David, pour y purifier les souillures du pécheur.
Zachar., XIII, 1.
Mes Frères,
Quand, étendue sur la Croix, comme sur un autel, la divine Victime du Calvaire eut consommé son sacrifice, un soldat, dit l'Évangéliste sacré, s'approcha du corps inanimé de rHomme-Dieu et, du fer de sa lance, entr'ouvrit son côté. Ce soldat, qui a perdu jusqu'au respect de la mort et qui cherche à enlever à Jésus-Christ la dernière goutte de son sang, vous le regardez comme un lâche ennemi, qui ne mérite que le mépris, et vous avez raison, et pourtant j'ose l'acclamer aujourd'hui, du haut de cette chaire, comme
(1) Sujet déjà traité sous une forme un peu différente, en 1861, à Saint-Patrice, par M. l'abbé Billard. Voir Servions, Prônes et Instructions, tome Ier, p. 238.
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l'instrument, comme l'exécuteur de la volonté souveraine du miséricordieux Crucifié.
A l'heure même où la méchanceté humaine était portée à son comble, Jésus, par une touchante condescendance de son amour infini, a voulu laisser apercevoir, à travers une large et profonde blessure, son Cœur, source jaillissante du sang de la rédemption et du salut : « Erit in die Ma , in abliitionem
peccatoris ». Quel tendre et affectueux regard dut fixer le disciple bien-aimé sur ce Cœur qui, la veille, au Cénacle, lui avait servi de doux lieu de repos, vous le devinez, M. F., et vous pouvez y voir le premier germe, 'l'origine de la dévotion au Sacré-Cœur. Ce serait se tromper, en effet, que de regarder cette dévotion comme nouvelle dans l'Eglise : elle remonte au berceau même du Christianisme, elle date du Vendredi-Saint ; rien de plus facile que d'en suivre la trace, à travers les âges chrétiens, dans la vie et les écrits des saints. Toutefois, par un dessein mystérieux de la Providence, c'est une fleur qui ne s'épanouit que dans quelques âmes privilégiées : il faut que de longs siècles s'écoulent avant qu'elle embaume de ses parfums tout le jardin de l'Eglise.
Pourquoi, M. F., le Cœur de Jésus n'a-t-il été proposé que dans ces derniers temps au culte spécial des fidèles ? Lisez l'histoire de notre sainte Religion, embrassez du regard le développement progressif et tout providentiel de son culte, suivant les nécessités des temps, et, dans l'émotion de la foi, vous tomberez à genoux aux pieds du Sauveur, toujours plein de sollicitude pour son Église, et, à chaque épreuve nouvelle que rencontre en ce monde cette immortelle voyageuse, ne cessant de lui ménager un secours
nouveau. Une heure est venue dans le cours des âges chrétiens, c'était à la fin du XVIIe siècle, à l'aurore de notre époque si orageuse et si tourmentée, une heure est venue où le cœur de l'homme, oublieux des grâces du Calvaire, est tombé dans l'indifférence, ne voulant pas croire ni aimer. Jésus-Christ alors apparaît à une humble fille du cloître et lui découvre le sanctuaire adorable de sa tendresse ; il demande à son Église de replacer son Cœur sur des autels. Bénissons le divin Maître, M. F. Depuis qu'un culte public a été consacré au symbole auguste de son amour par l'infaillibilité du Siège apostolique ; depuis que, grâce aux encouragements des Pontifes Romains, la dévotion au Sacré-Cœur s'est propagée dans l'Église, on a vu se réaliser les promesses faites à la Vierge de Paray : au refroidissement et à la tiédeur ont succédé, dans un grand nombre d'âmes, un réveil de tendre piété et un épanouissement d'amour divin ; de cette fontaine ouverte ont jailli des grâces de régénération et de salut. Entrons, M. F., dans l'esprit de cette fête et demandons-nous : Qu'est-ce que le cœur de Jésus, que l'Église présente à nos hommages? Puisse la réponse à cette simple question faire tomber les préventions injustes et mal fondées de quelques âmes, en les éclairant ! puisset-elle entretenir et développer en vous tous la reconnaissance et l'amour pour Notre-Seigneur !
Qu'est-ce que le Cœur de Jésus-Christ, d'après l'enseignement de l'Église ? Écoutez le pape Clément XIII, il vous répond que ce n'est pas seulement cet organe essentiel de son corps sacré, si adorable soit-il par son union avec la personne du Verbe ;
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c'est surtout et avant tout la charité immense et infinie dont il est le symbole et le foyer. Vous le savez, M. F., le cœur, dans notre organisation physique, est ce qui vit le premier et ce qui meurt le dernier : « Primum vivens, ultimum moriens ». C'est en nous le centre où vient se recueillir toute la vie. C'est du cœur que part en mille ruisseaux, comme de sa source, le sang qui circule dans nos veines, communiquant à chaque membre la chaleur, le mouvement et la force. Si l'on interrompt pour un instant l'influence de cet organe essentiel, c'en est fait de la vie. Dans l'ordre moral, le cœur a toujours été considéré comme le siège de la sensibilité, la source des affections. C'est du cœur que jaillissent les nobles dévoûments, les décisions généreuses, les actions héroïques ; c'est le cœur qui est le principe des vies fécondes, des morts glorieuses. Aussi si l'humanité admire et consent même à payer avec un peu de gloire l'esprit, le talent, la science, le cœur seul a le privilège de la faire tomber à genoux et de mériter son amour.
Essayerai-je de vous peindre l'intime affinité qui unit en nous le cœur physique et le cœur de l'âme ? Vous dirai-je les relations mystérieuses qui existent entre leurs fonctions diverses ? J'aime mieux faire appel à votre propre expérience : n'avez-vous pas plus d'une fois surpris, dans le rythme varié des battements de votre cœur de chair, le puissant contre-coup de vos impressions morales ? Que son mouvement se ralentisse ou se précipite, toujours il fait écho aux émotions de notre âme, et on a pu dire avec raison que notre cœur est une lyre, dont les modulations traduisent nos sentiments et surtout
nos affections. Ne devinez-vous pas déjà, M. F., ce qu'est le Cœur de Jésus? C'est comme le résumé substantiel de la vie de l'Homme-Dieu. Approchons, par la foi, de ce sanctuaire auguste, et essayons de pénétrer dans ce saint des saints. Ce n'est point au Cœur de Jésus que s'appliquent les paroles du Sage : « Celui qui scrute la majesté, sera opprimé par la gloire ». Ce doux Maître nous l'ouvre lui-même, son Cœur, et nous dit, comme autrefois à Thomas : « Placez là votre main, et voyez ! »
Oui, M. F., contemplons-le , ce Cœur adorable. C'est le plus noble organe de la sainte humanité que le Verbe a prise aux flancs très purs de la plus pure des Vierges, et qu'il s'est unie, en unité de personne, par un lien mystérieux et tout de charité. C'est le précieux réservoir où s'est élaboré le sang qui a payé la rançon du monde. C'est la source féconde d'où ce sang a jailli autrefois à Gethsémani et au Calvaire, et d'où il s'épanche mystérieusement chaque jour dans le calice de l'autel : une seule de ses pulsations eût suffi à notre rédemption, et, trente-trois années durant, il n'a cessé de traduire, dans d'ineffables battements, tousses actes d'amour envers Dieu, son Père, et les hommes, ses frères d'adoption. Maître de la vie, Jésus-Christ consentit un jour à la quitter par un mouvement de sa volonté suprême ; il commanda à son Cœur sur la Croix de cesser de battre, mais il le ranima dans la tombe, et, en attendant qu'il nous soit donné de le contempler sans nuages au ciel, vivifiant pour des siècles sans fin son corps éclatant de gloire, nous pouvons élever nos yeux au-dessus de son autel : il est là vivant et palpitant d'amour sous les voiles de son sacrement, dans cet ostensoir qui domine le tabernacle.
O Cœur sacré, je vous adore: vous êtes le centre et comme le sommaire substantiel de toute la vie de mon Sauveur; vous avez été et vous êtes le siège et l'instrument de tous ses dévoûments et de tous ses sacrifices ; vous avez été et vous êtes le ressort de la puissance la plus noble de son âme, l'amour ; vous avez été et vous êtes le signe et le foyer de cette charité qui, selon saint Jean, forme la vie et constitue l'être de Dieu : « Deus caritas est ».
Réunissez, en effet, par la pensée les tressaillements et les enthousiasmes des plus belles âmes depuis saint Paul jusqu'à saint Bernard et saint François d'Assise ; aux élans de la passion la plus pure, joignez les délicatesses du dévoûment le plus tendre et la générosité des plus héroïques immolations, depuis le Disciple bien-aimé jusqu'au doux Evêque de Genève, depuis Ignace le martyr jusqu'à Thérèse de Jésus, depuis la tendre Agnès jusqu'à l'apôtre du Sacré-Cœur, Marguerite-Marie ; accumulez dans ce même cœur, avec les extases des saints, les flammes de l'amour le plus ardent dont brûlent au Ciel les Chérubins ; ajoutez encore à tous ces dons la bonté, la compassion, l'amour incomparable de la Vierge Marie, et vous aurez à peine une faible idée de ce qu'il y a de charité pour Dieu et les hommes dans le Cœur de Jésus. Il est descendu en ce monde pour réhabiliter la gloire de son Père, lésée par le péché ; et, sur les rivages de cette terre comme dans les splendeurs des saints, il répond à son amour infini par un amour sans mesure. Le Père regarde Jésus et s'écrie : « Voilà mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances » ; et Jésus regarde son Père et lui répond : « Faire votre
volonté, suivre votre bon plaisir, c'est ma vie ». Du Père au Fils et du Fils au Père, c'est un flux et reflux d'amour coulant à flots, à torrents, et formant, dans le Cœur du Verbe incarné, un océan sans fond et sans limites. Le cœur de l'homme est un vase fragile, qui ne peut contenir que quelques gouttes de cette liqueur céleste qui se nomme l'amour divin : tantôt haletant, ébranlé, il fait monter aux yeux de Philippe de Néri des larmes que les yeux ne suffisent pas à répandre ; tantôt, sur le point de se briser, il s'écrie, comme François Xavier : « Assez, Seigneur, assez ». Le Cœur de Jésus, lui, agrandi, dilaté, soutenu par son union hypostatique avec le Verbe, concentre et entretient cet amour immense, inénarrable que contemplent les anges et les élus du Ciel dans l'extase d'une éternelle félicité. Mais comment oser en peindre les flammes et en redire les transports, avec l'infirmité du langage de la terre ? Comme autrefois le prophète Jérémie, se disposant à parler des grandeurs de Dieu, sentit, aux premiers accents de sa voix, ses idées se confondre, les expressions lui manquer, et se vit condamné à bégayer comme un enfant : « Ecce nesçio loqui, quia puer ego sum », moi aussi, M. F., en essayant de vous parler de l'amour de Jésus pour Dieu son Père, je vois son Cœur, siège de cet amour, j'aperçois, par la foi, les brûlantes ardeurs dont il est consumé ; mais, dès que j'essaye de les rendre, je succombe sous le poids de mon impuissance, la parole expire sur mes lèvres, et je ne puis que m'écrier : O Cœur de Jésus, ô Cœur démon Dieu, ô amour immense, ô charité infinie d'un Homme-Dieu !
Mais ce Cœur de Jésus, qui pour son Père a des
ardeurs infinies, a pour nous de merveilleuses tendresses, et cet amour du Sauveur pour les hommes je me sens moins effrayé de le redire. Nous avons entre les mains un livre qui nous en offre, en traits saisissants, l'émouvante peinture. Ce livre, le saint Evangile, ne vous est-il pas arrivé plus d'une fois de l'ouvrir, loin du bruit du monde, et d'en parcourir dans le silence et la méditation les pages inspirées? tout à coup vous avez senti votre cœur tressaillir; sur votre âme meurtrie a coulé comme un baume du Ciel. Que s'était-il passé ? une apparition bénie, une figure adorable était venue se poser sous votre regard intérieur. Il y avait dans l'expression tendre de son regard une onction toute pénétrante, dans l'ensemble de ses traits une expression de bonté et de douceur que vous n'aviez encore jamais rencontrée sur votre chemin. C'était Jésus-Christ qui se montrait à vous, non pas avec le rayonnement de sa grandeur et l'éclat de sa puissance, mais avec le victorieux prestige de son amour pour les hommes ; c'était Jésus-Christ portant au front un rejaillissement de son Cœur ; c'était le Cœur de Jésus que vous veniez d'entrevoir, comme à travers un voile et dans un demi-jour tout divin.
A chaque page de l'Évangile, en effet, nous pouvons ausculter uue nouvelle fibre, constater un nouveau battement, disons mieux, recueillir et savourer avec émotion un nouveau témoignage d'amour du Cœur de Jésus. Suivons-le, ce bon Maître, de la crèche au Calvaire, à Bethléem, à Nazareth, dans sa vie publique au milieu de la Judée, dans sa vie souffrante sur la Croix, dans sa vie eucharistique sur l'autel, partout et toujours, son Cœur se révèle à
l'odeur de son parfum, partout et toujours c'est le Dieu fait homme pour sauver le monde, partout et toujours, c'est le Cœur d'un Sauveur prouvant à l'humanité qu'il l'aime plus que son repos, son honneur, son sang, sa vie.
Mais, avec cette charité immense, infinie, de l'Homme-Dieu pour l'humanité, que nous contemplerons bientôt dans son immolation au Calvaire, il y a dans son Cœur de douces affections qui nous le révèlent avec ses charmes. Il tressaille dans son berceau aux premières tendresses de sa mère ; la chaumière de famille à Nazareth, tout embaumée de son humble douceur, nous redit en deux mots toute l'histoire de sa vie cachée : « Erat subditus Mis ; » le plus suave amour filial de Jésus pour sa mère est une fleur éclose.
Aux premiers jours de sa prédication, le Sauveur choisit douze apôtres, qu'il admet au privilège de la plus tendre intimité; à peine est-il besoin de rappeler qu'aux délicatesses toutes divines de son dévoûment ils n'opposent trop souvent qu'un triste retour d'égoïsme ; jamais son affection ne se fatigue ni ne se rebute : ses effusions de tendresse, ses adorables épanchements, vous les connaissez. Vienne l'heure de la Passion du Maître, qui est pour les disciples l'heure de la défection: eh bien ! pour la perfidie qui le trahit, pour la lâcheté qui le renie, pour la faiblesse qui le délaisse, il y a toujours au Cœur de Jésus un trésor inépuisable de prévenances et d'aménité, d'indulgence et de bonté. Le Cœur de Jésus, c'est le foyer vivant de l'amitié la plus constante, la plus dévouée, la plus expansive : la tombe de Lazare n'est-elle pas là pour nous dire les larmes que ce
Cœur a versées sur la perte d'un ami et nous contraindre à nous écrier, comme autrefois les témoins de sa douleur: « Ecce quomodo amabat eum ! Oh ! comme il l'aimait » ?
Et gardez-vous de croire, M. F., que la source des affections du Sauveur ne doive s'épancher que sur quelques élus. Si connue des foules était sa compassion pour la souffrance et l'infortune, que l'on entendait tous les malheureux se redire les uns aux autres cette parole touchante que nous a conservée la tradition : « Eamus ad suavitatem, allons à la bonté ». Aussi, dans ses courses apostoliques, s'avançait-il escorté de toutes les misères humaines. Son Cœur, comme l'a dit un saint Religieux de notre temps, semblable à ces harpes aériennes que le moindre souffle fait vibrer et gémir, résonnait, faisait écho à toute affliction, et marquait chacun de ses pas par un nouveau miracle de charité. Bossuet l'a constaté, les miracles de Jésus-Christ sont tombés de son Cœur, et tiennent de sa bonté plus encore que de sa puissance. Ne l'oubliez donc pas, vous qui pleurez, vous qui souffrez, vous qui vous désespérez : il y a un cœur à qui vous pouvez confier le secret de vos peines, un cœur qui ne peut voir couler une larme sans l'essuyer, un cœur sur lequel vous pouvez venir reposer le vôtre qui se sent près de défaillir et n'en peut plus: c'est le Cœur de Jésus, source intarissable de sa compassion et de sa miséricorde.
La miséricorde ! c'est cette révélation par excellence de votre Cœur, ô Jésus, que je voudrais faire connaître aux âmes, car c'est le secret de la mission que vous nous avez confiée à nous, vos prêtres. La miséricorde, cette charité divine, qui se met non
plus au service des pauvres, des affligés, des infirmes, mais à la discrétion de la suprême misère, le péché, vous nous l'avez dépeinte en quelquesparoles, que l'Église a reçues en dépôt et qui font descendre l'espérance aux plus profonds abîmes du mal : «Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs... Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël... Les publicains et lésâmes flétries vous précéderont dans le royaume de Dieu ». Vous nous l'avez représentée dans ces allégories touchantes que nous ne pouvons lire ni entendre sans tressaillir d'émotion, dans ces adorables paraboles du Bon Pasteur courant après la brebis égarée au désert, ou du père plein de bonté qui tend ses bras au prodigue revenant de ses égarements. Mais laisseznous vous suivre au puits de Jacob ou dans la maison de Simon le Pharisien: c'est là que votre Cœur nous en offre la personnification vivante, en purifiant, avec l'eau de votre grâce, la femme de Samarie, en élevant les larmes de Madeleine à la hauteur de l'innocence et de la pureté. Entendez-vous, pécheurs? le Cœur de Jésus-Christ , c'est la miséricorde : approchez-vous donc. Que, dans votre conscience, les fautes s'élèvent sur les fautes, comme sur les vallées les montagnes, la miséricorde du Cœur de Jésus est plus haute que tous vos crimes : c'est une miséricorde sans limites. Vous avez beau résister et résister encore, elle vous a attendu et elle vous attendra jusqu'à votre dernier soupir ; jusqu'au seuil de votre éternité, elle vous offrira votre grâce. Elle ne rebute aucun accent de repentir, elle ne rejette aucune larme de pénitence; pour le Cœur miséricordieux de Jésus, il n'y a qu'un seul crime désespéré, c'est celui de
rejeter l'espérance ; il n'y a qu'un seul péché qui ne puisse pas être pardonné, celui de ne pas vouloir son pardon.
Et ne croyez pas, M. F., être insuffisamment initiés à cette science suréminente de la charité de Jésus- Christ dont parle le grand Apôtre. Pour bien connaître son Cœur sacré, il faut aller au Calvaire, c'est là que se fait la vraie manifestation de son amour pour l'humanité. Comme le témoignage de l'amour c'est le dévoûment, comme le témoignage du dévoûment c'est le sacrifice, c'est en mourant pour vous que le Fils de Dieu se donne lui-même sans mesure au genre humain. Il l'avait dit : « Il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de mourir pour ceux qu'on aime » ; il l'avait dit et il l'a fait. Dans sa divine prescience il nous voyait d'avance avec nos froideurs, nos ingratitudes, nos indifférences, nos révoltes, nos trahisons. Mais rien ne saurait l'arrêter : il nous donne pendant sa vie ses sueurs, ses travaux, ses enseignements, ses miracles; il couronne tous ces dévoûments par le suprême sacrifice, il s'immole pour nous, pour nous tous sur la Croix : « Pro omnibus mortuus est Christus... » Contemplez-le, vous dirai-je avec saint Augustin, dans l'état où l'a réduit son amour: « Vide pendentem », il est pendu au gibet. Comme livide est son visage! comme sanglante est sa tête ! comme tout son corps n'est qu'une plaie! « Vide morientem », il meurt dans les tortures d'une agonie telle que jamais nul être humain n'en connut, n'en connaîtra de semblables, et il meurt par amour, il meurt d'amour : « Dilexit me et tradidit semetipsum pro me ». Voilà le Cœur de Jésus-Christ.
Or, ce Cœur est-il satisfait ? ce « baptême dans le
sang », auquel il n'avait cessé d'aspirer depuis le premier moment de son existence, a-t-il comblé les exigences de son amour ? Non, M. F.. C'est l'infirmité du cœur humain d'épuiser le sacrifice en mourant ; mais l'amour de Jésus-Christ a su se soustraire à cette infirmité. Vainement la nature lui oppose ses lois, il n'en tient pas compte : il remue le ciel et la terre et, s'il le faut, il bouleverse le monde. Appelant sa toute-puissance au secours de sa charité, il se fait à lui-même une nouvelle vie, une vie aussi réelle que celle qu'il a laissée sur la Croix, mais une vie soumise à d'autres conditions, une vie qu'il puisse tout ensemble donner et retenir, immoler chaque jour, à chaque heure, et en même temps renouveler, reproduire à l'instant même pour une immolation nouvelle, en sorte que, jusqu'à la consommation des temps, il soit toujours immolé et jamais anéanti, toujours mourant et revivant toujours pour mourir encore. O mystère des mystères ! ô prodige des prodiges ! quelle pensée d'homme eût jamais rêvé une telle puissance d'aimer, un tel excès dans le sacrifice ! Toutefois quoi de plus croyable que ce mystère ? Quoi de plus naturel que ce prodige ? Celui qui nous aime, c'est le Fils de Dieu, c'est notre Dieu, et, puisque l'amour commande à l'homme des excès, il doit commander à Dieu des miracles, mais des miracles à nous étourdir, à nous confondre, à nous anéantir de surprise et de ravissement, les miracles eucharistiques. Voilà le Cœur de Jésus- Christ : c'est le Cœur de l'Agneau divin s'immolant à l'autel; c'est le Cœur du véritable Emmanuel, enchaîné par l'amour dans nos tabernacles ; c'est le Cœur de l'amant passionné de nos âmes, s'incorpo-
rant, s'identifiant avec nous à la table sainte. Que pouvons-nous donc faire autre chose, en face de tels prodiges, que de courber nos têtes et nous prosterner devant le Cœur de Jésus, et de nous écrier, comme autrefois l'Apôtre : « Et cognovimus et credidimuscharitati quant habetDeiis in nobis, nous avons vu le Cœur de notre Dieu et nous croyons à la charité qu'il a pour nous » ?
O Église de mon Dieu, placez donc sur vos autels le Cœur de Jésus-Christ et appelez tous vos enfants à lui rendre hommage. Vous nous conviez à adorer la Croix de Jésus-Christ, qui fut l'instrument et le trophée de son sacrifice ; vous offrez à notre vénération la couronne d'épines, qui est le diadème sanglant de sa charité ; vous nous invitez à suivre avec dévotion les stations de sa Passion douloureuse , parce qu'elles sont autant de scènes de ce drame à jamais mémorable où l'amour d'un Dieu cimenta notre rédemption par sa mort ; vous instituez une fête en l'honneur de son précieux sang : quoi de plus juste Pila fourni la matière de Pimmolation d'un Dieu et la rançon du monde. Mais, en nous présentant son Cœur, vous nous découvrez un trésor incomparablement plus digne de notre culte et de notre amour. Son Cœur, c'est lui-même : c'est son Cœur qui dictait ses paroles, qui étendait ses bras, qui versait ses larmes et son sang, qui subissait le supplice de la Croix et des épines déchirantes. Le Cœur de Jésus , c'est Jésus , c'est Jésus lui-même tout entier, et, en l'adorant vivant , inséparablement uni à la divinité, loin de diviser la personne du Verbe incarné, nous adorons dans un seul hommage tout ce qu'il est et tout ce qu'il a fait : il n'est rien que par
son Cœur, toute sa vie se concentre dans son amour. C'est à nous, M. F., de répondre au Cœur de Jésus- Christ, en empruntant quatre mots de saint Augustin': « O amare, o ire, o perire, o ad Deum pervenire ! » Aimer le Cœur qui nous a tant aimés ; marcher en avant, en suivant notre modèle, en reproduisant les vertus de son Cœur; mourir, en nous sacrifiant pour lui chaque jour, à chaque heure.... jusqu'à notre derniersoupir, quenous rendrons dans le Cœur de Jésus, et où nous parviendrons à Dieu qui nous couronnera. Ainsi soit-il !