JÉSUS EST CONDAMNÉ A MORT
Et condemnabunt eu m morte.
Et ils le condamneront à mort.
S. Math., XX, 18.
La prophétie de Jésus- Christ va s'accomplir. Regardez, M. F., voici le Sauveur que ses ennemis ont amené devant Pilate : des épines tressées en diadème couronnent son front ; il a des chaînes aux mains ; il est debout, comme un criminel, devant son juge. Prêtez l'oreille : une populace effrénée pousse des cris homicides et réclame sa mort. Pilate, l'inique Pilate, bien que reconnaissant 1 innocence de Jésus, formule, avec une insigne lâcheté, la sentence de condamnation, et la divine Victime l'accepte sans murmure et sans plainte. Déjà, au poteau de la flagellation ou sur la roche nue de Gethsémani, Jésus- Christ a offert à son Père la dîme de son sang. Mais ses humiliations, ses tortures, ses supplices n'ont pas satisfait les revendications de son amour. Certes, ce sang déjà répandu était plus que suffisant pour sauver le monde ; mais le bon Maître avait dit que « la plus grande preuve d'amour qu'un ami puisse donner à ses amis, c'est de mourir pour eux ». Et ce témoignage incomparable de charité, il veut le donner à l'humanité. C'est donc par amour pour nous qu'il consent à mourir, ou plutôt, suivant l'étrange expression de saint Paul à « goûter la mort » ; c'est par amour que lui, le Dieu trois fois saint, lui, l'innocence personnifiée, veut subir l'arrêt porté contre
l'humanité coupable. « La mort, dit saint Paul, est le salaire du péché » ; nous avons tous péché en Adam, notre premier père, aussi l'arrêt a-t-il été porté contre nous tous : Statutum est hominibus semel mori. Cet arrêt, qui ne le connaît par la plus triste, la plus désolante expérience ? La nécessité de mourir est un fait qui porte avec lui chaque jour sa démonstration. Tous les hommes, depuis le prince assis dans la pourpre et né sur les marches d'un trône, jusqu'au pauvre couvert de haillons et mal abrité dans sa mansarde, tous les hommes, dans la profondeur de leur conscience, comme nous l'apprend le grand Apôtre, entendent une « réponse de mort » ; la mort offre à la nature de telles épouvantes qu'un Docteur l'a appelée avec vérité « de tous les maux de la vie le plus terrible », et que tout cœur humain fait spontanément écho à la parole du poète :
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles.
Qui de nous, en face des sombres et amères perspectives du trépas, n'éprouve la tentation de s'écrier avec Job : « Périsse le jour où Ton a dit : Un enfant vient de naître ! Périsse la nuit où j'ai été conçu ! Que ce jour reste couvert de ténèbres épaisses ; que cette nuit n'arrive jamais à son aurore, pour n'avoir pas rejeté loin de moi le mal de la vie ! »
Jésus-Christ connaissait toutes les amertumes de ce châtiment infligé par la justice de son Père à l'homme pécheur, et il a voulu nous les adoucir : voilà pourquoi il s'est incliné avec soumission devant la sentence portée par Pilate. Aussi cette acceptation résignée a-t-elle eu la vertu de changer, de transformer,
de transfigurer la mort. Elle est devenue, depuis Jésus-Christ et par Jésus-Christ, suivant le mot de saint Ambroise, un véritable bien par tous les côtés : « Omnifariam mors est bonum ».
IIme STATION