JÉSUS TOMBE POUR LA PREMIÈRE FOIS SOUS LE POIDS DE SA CROIX
Impulsas, eversus snm ut caderem, et Dominas suscepit me.
J'ai été renversé sous le poids, et je suis tombé, mais le Seigneur m'a reçu dans ses bras.
Psalm., CXVII, 13.
Le nouvel Isaac se dirige vers la montagne de l'immolation portant le bois de son sacrifice; mais, à mesure qu'il avance, le sentier devient plus rude et plus âpre. Affaibli par la perte de son sang, épuisé de douleur, il sent ses forces lui manquer, il tombe
de lassitude, il succombe sous l'horrible fardeau, et il reste là, gisant sur la terre ensanglantée, tout à la fois écrasé sous l'instrument de supplice qui l'accable et torturé par d'infâmes soldats qui, à coups de fouets et d'aiguillons, le pressent de se relever. C'est en vain qu'aux yeux de la simple raison humaine, pour le cœur le plus vulgaire, toute victime dévouée à l'immolation devient, suivant le mot des anciens, un objet sacré et digne de vénération : « res sacra, rens » , ces misérables bourreaux n'ont ni raison ni cœur, lisse moquent, ils insultent, ils frappent; et Jésus, étendu à terre, souffre tout sans se plaindre.
Adorons, M. F., cette victime résignée, écrasée sous le fardeau et gisant sur le sol. On rencontre, à la vérité, dans le monde, des esprits étroits qui se scandalisent de cette chute du Sauveur dans le chemin de son Calvaire; ils se refusent à reconnaître en lui le Christ, la vertu de Dieu : « Christum Dei vivtutem ». Pour moi, je remercie Jésus-Christ d'avoir bien voulu succomber sous le faix ; je n'oublie pas qu'il est le Dieu dont le bras balance le monde avec plus de facilité que le pâtre de la montagne ne balance sa fronde, maisje porte dans ma poitrine un cœur d'homme, et je suis consolé, en le voyant, suivant le mot de saint Paul, participer à toutes les épreuves et à toutes les infirmités de la nature humaine, moins le péché : « Tentcttiis per omnici pro similitudine cibsque peccato ».
Je comprends qu'on ait pu dire delui, en le voyant couvert de plaies depuis les pieds jusqu'à la tête : « Ecce hcmo, voilà l'homme !» Il a voulu connaître la défaillance, pour nous consoler à l'heure des découragements. Hélas! dans le monde, même en
plein Christianisme, que d'àmes, fermes à la première épreuve, énergiques, intrépides même, en commençant à porter à leurs lèvres la coupe de l'amertume ! mais la lie approche, mais le poids de la croix s'alourdit, et elles détournent les lèvres, elles s'affaissent, elles tombent...
N'est-ce pas, M. F., en voyant Jésus à terre que nous devons emprunter la parole de son Apôtre et lui dire : « Domine, ad qaem ibimus ? verba vitce œternœ habes] Seigneur, à qui irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle », votre exemple est pour nous la plus éloquente des prédications: vous tombez et vous vous relevez ; et, vous relevant, vous nous tendez la main; et, comme vous, nous reprenons sur nos épaules le bois du sacrifice et nous gravissons notre Calvaire ?
IVme STATION