SIMON DE CYRÈNE AIDE JÉSUS A PORTER SA CROIX
Invenerunt hominem Cxrenœum, nomine Simonem :
hune angariaverunt ut tôlier et crucem ejus.
Ils rencontrèrent un homme de Cyrène nommé Simon, et ils le contraignirent de porter la croix de Jésus.
S. Math., XXVII, 33-
Les bourreaux consentent à décharger un instant Jésus du poids de sa Croix, mais ce n'est pas par un sentiment de commisération : c'est par crainte de le voir succomber trop tôt sous le poids ; ils ont peur qu'il n'échappe au supplice par une mort trop prompte. Sur le chemin venait à passer un ouvrier des champs, originaire de C}Trène, nommé Simon;
ils le contraignent de déposer ses instruments de travail et de se charger de la Croix de Jésus-Christ. Simon se soumet, et ce service rendu au Sauveur ne reste pas stérile. La tradition nous apprend que le bon Maître fit arriver sa grâce au cœur de Simon, elle fit de lui un apôtre et un martyr, et, de ses deux fils, Alexandre et Rufus, deux disciples fervents de l'Évangile.
Plus heureux sommes-nous que notre Maître, M. F., dans notre voie douloureuse : c'est lui-même, cet adorable Sauveur, qui se fait spontanément pour nous le Cyrénéen, c'est lui qui veut mettre ses épaules divines à côté des nôtres pour alléger le fardeau de notre croix. Et, en effet, l'âme qui souffre en état de grâce a Jésus en elle et avec elle, suivant le mot de l'Apôtre : « Christus invobisest ».
Une voix impie de notre époque s'est écriée un jour avec amertume :
L'exilé partout est seul.
Le chrétien n'est jamais seul : il a toujours avec lui l'ami de ceux qui n'en ont pas d'autres, l'ami divin. Il faut bien le reconnaître, le caractère le plus poignant de la douleur, c'est l'isolement, c'est la solitude ; les larmes les plus brûlantes sont celles qui refluent vers le cœur, parce qu'elles n'ont point d'issue, personne n'étant là pour les recevoir. Or, le Dieu qui, aux premiers jours du monde, a dit d'Adam au jardin de l'innocence : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul », en nous voyant en butte à l'infortune, montant péniblement au Calvaire, dit encore : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul »,
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et c'est lui qui veut nous accompagner sur le chemin de nos angoisses, et qui se place à côté de nous pour nous consoler.
L'archange saint Michel dit un jour dans les hauteurs des Cieux : « Quis ut Deus ? Oui est semblable à Dieu ? » C'est l'homme de douleurs dépeint par le Prophète, c'est l'àme en proie à la tribulation et
qui ne murmure point Ah ! j'ai rencontré des
âmes abreuvées d'amertumes, éprouvées par les peines les plus cuisantes, et la sérénité de leur front comme le doux sourire de leurs lèvres reflétaient la tranquillité de leur cœur, pour ne pas dire leur joie intérieure : c'était Paul, qui s'écriait: «Je surabonde de bonheur dans la tribulation » ; c'étaient les autres Apôtres, qui s'en allaient joyeux « d'avoir été jugés dignes de souffrir pour le nom de Jésus * ; c'étaient les martyrs, qui chantaient avec enthousiasme deshymnes à la douleur ; c'était François-Xavier, qui s'écriait au milieu des souffrances : « Encore plus, Seigneur, encore plus » ; c'étaient toutes les âmes unies intimement à Jésus-Christ par la vie surnaturelle : le Sauveur était en elles et avec elles, et il enlevait à la souffrance son aiguillon, et il donnait au sacrifice accepté et subi pour lui une onction toute suave et pénétrante. Le monde ne comprend pas cette puissance miraculeuse de l'action de Jésus-Christ dans les cœurs purs; si éprouvés soient-ils, le divin Cyrénéen ôte à leur croix son fardeau, aux épines leurs pointes, et ne leur laisse que des consolations toutes divines.
VIme STATION