VÉRONIQUE ESSUIE LA FACE DE JÉSUS-CHRIST
Hoc sentite in vobis quod et in Christo Jesu.
Reproduisez en vous les sentiments de Jésus-Christ.
S. Paul., Ad Philip., II, 5.
La foi de Véronique a reconnu son Dieu sous ses traits défigurés : Jésus-Christ, suivant le mot du prophète Isaïe, a beau ressembler à « un lépreux », il a beau, sur son front couvert de poussière, de sueur et de sang, n'avoir même plus ni beauté ni apparence humaine, cette sainte femme sent toujours au cœur le plus filial amour pour lui. Aussi, sous l'impulsion de cet amour,
Qui dans son faible corps allume un grand courage,
elle brave et la risée du peuple et la fureur des soldats. Elle s'avance vers le bon Maître et va essuyer d'un voile blanc -sa face sacrée. Jésus-Christ la récompense: il imprime ses traits divins sur son voile et lui grave plus profondément encore son image au fond de l'âme ; à partir de ce jour, elle ne cessera, selon l'expression du grand Apôtre, de reproduire en son cœur les sentiments mêmes de Jésus-Christ.
Ce service rendu par Véronique au Sauveur, l'Homme-Dieu s'offre à nous le rendre lui-même dans la route sanglante du Calvaire. Qu'est-ce que l'Eglise, sinon, comme on l'a dit si justement, « l'Incarnation permanente de Jésus-Christ ? » Qu'est-ce, dans
l'Eglise, que le sacerdoce, sinon la personnification toujours vivante de Jésus-Christ? Eh bien! Véronique c'est l'Eglise, c'est le sacerdoce. Le prêtre dans l'Eglise peut s'appliquer à lui-même, comme autrefois le Sauveur, ces paroles du Prophète: « Spiritus
Domini super vie ut mederer contritis corde;
l'Esprit du Seigneur est sur moi , j'ai pour mission de prendre soin des âmes malades et de guérir les cœurs meurtris ». Tantôt le prêtre va lui-même au devant des âmes souffrantes, leur proposant le baume qui adoucira leurs plaies ou le remède qui soulagera leurs maux... Le plus souvent, il les attend, c'est surtout son rôle dans les jours que nous traversons.
Heureuses les âmes brisées qui viennent trouver Jésus-Christ en la personne du prêtre, et qui lui confient avec épanchement leurs douleurs, leurs fautes, leurs doutes, leurs craintes, leur désespoir, leur destinée ! La foi leur a dit que voir le prêtre, c'est voir Jésus-Christ ; parler au prêtre, c'est parler à Jésus-Christ ; écouter le prêtre, c'est écouter Jésus- Christ.
Ne l'oubliez pas, M. F., voilà le cœur où il faut, un jour ou l'autre, venir reposer son cœur, sous peine de succomber et de périr sans ressource : lui seul nous comprend, lui seul ne trahit jamais, lui seul peut nous suffire, lui seul promet le repos, la consolation, et tient parole.
Il y a encore d'autres enfants de l'Eglise qui remplissent le rôle de Véronique : ce sont les âmes charitables, compatissantes qui ne peuvent passer à côté d'une misère sans en être émues, et sans chercher à la soulager ; ce sont les Sœurs de Charité, les Petites-Sœurs de-. Pauvres, ou les âmes pieuses du
monde qui protestent par leur générosité contre le mal endémique de ce temps, l'égoïsme. Jésus-Christ se plaît à les récompenser dès ici-bas, comme il récompensa la sainte femme qui essuya son front: si vives soient leurs peines, si cuisantes leurs épreuves, elles n'ont pas plutôt soulagé Jésus-Christ en la personne des pauvres et des malheureux de ce monde que, sur le champ, Jésus-Christ allège leurs chagrins et met un baume adoucissant sur leurs blessures.
VIIme STATION