JÉSUS MEURT SUR LA CROIX
Majorent Jute dtlectiont nemo habet quant ut animant sitam pouat qui s pro amicis suis.
La plus grande preuve d'amour qu'un ami puisse donner à ses amis, c'est de mourir pour eux.
S. Joan., XV, [3.
Contemple, ô mon âme, Jésus sur sa Croix : voici l'heure solennelle de l'immolation de la divine Victime. Prête l'oreille : voici que tombent de ses lèvres ,
ou plutôt de son cœur, ces derniers mots : t Connum* mai mu est, tout est consommé » ; « Pater in inanus tuas commendo spiritum meum, Mon Père, je remets mon âme entre vos mains ». Ensuite il jette un grand cri : « Clamans voce magna » ; cri d'allégresse et de victoire : c'est celui de l'athlète triomphant au bout de la carrière ; cri de liberté et de puissance : c'est celui du maître de la vie, qui ne la quitte que par sa volonté : « Animant meam pono a meipso » ; puis il abaisse sa paupière, il incline la tête, il commande au dernier souffle d'expirer sur ses lèvres, il meurt : « Hœc dicens expiravit »
Recueillons avec l'émotion de la foi et de la reconnaissance la plus vive le dernier soupir d'un Dieu qui meurt par amour, qui meurt pour nous.
La voilà, cette mort, la plus belle, la plus admirable, la plus sainte, la plus glorieuse qui fut jamais : Jésus mourant est le modèle du vrai chrétien. La vie pour nous, nous l'avons constaté, c'est le chemin du Calvaire. Nous nous acheminons tous, plus ou moins vite, vers le sommet de la montagne du sacrifice. Nos souffrances, nos larmes ne sont que le prélude de la mort ; la croix que nous portons sur nos épaules doit nous recevoir, nous aussi, entre ses bras. Heureuses les âmes qui peuvent dire, comme le Sauveur, leur maître : « Consummatum est, tout est consommé » : j'avais une mission à remplir, je l'ai remplie ; j'avais un Dieu à aimer, je l'ai aimé ; j'avais le péché à éviter, je l'ai évité ; j'avais l'Évangile à pratiquer, j'en ai suivi les divines leçons ; j'avais une âme à sauver, je l'ai sauvée ; cette âme, je la remets aux mains du Père céleste, de qui je l'ai reçue : « Pater, inmanus tuas commendo spiritum meum »!
O Jésus, ô mon Sauveur, du haut de votre Croix, abaissez un regard sur notre heure dernière ; nous ne la connaissons pas, et vous la connaissez, vous, cette heure, où il nous faudra dire adieu à notre famille et à nos amis, cette heure qui brisera nos attachements de la terre et remplacera les illusions de ce monde terrestre par l'éternelle réalité du monde à venir. Oh ! nous vous en conjurons, offrez à votre Père votre sacrifice pour nous adoucir le nôtre ; que votre dernier soupir soit pour nous le gage d'une mort précieuse à vos yeux ! Accordeznous de mourir, disant avec saint Paul : « Cupio dissolvi et esse ciim Christo ; je désire voir mon corps se dissoudre, afin de me réunir à mon Dieu ». Mettez à ce moment dans notre cœur les sentiments de votre serviteur Ignace, et que nos suprêmes souffrances ici-bas servent à « broyer notre âme comme le froment est bro}Té sous la meule, afin que nous devenions un pain agréable à vos yeux »... Faites que nous envisagions la mort comme saint Ephrem, se jetant entre ses bras ainsi qu'on se jette entre les bras d'une amie..., car la mort, ô Jésus, pour l'âme chrétienne a été transformée par vous : vous en avez goûté et épuisé toutes les amertumes pour ne nous en laisser que les douceurs. C'est vous qui en avez fait « un bien de tous les côtés », suivant le mot d'un de vos saints : « Omnifariam mors estbonum». Un bien, puisqu'elle est le terme du voyage, la liberté après la prison, le repos après les fatigues, le port et l'abri après les orages et les tempêtes ; un bien, puisque, si elle nous arrache au foyer de la terre, elle nous rend convives d'une autre table, elle nous admet au festin des élus ; un bien, puisqu'en
fermant nos yeux au soleil du temps, elle les ouvre au soleil de l'éternité ; un bien, puisqu'elle nous introduit au Ciel et nous fait entrer en possession de Dieu...
XIIIme STATION