JÉSUS EST DÉTACHÉ DE LA CROIX ET REMIS A SA MÈRE
Joseph alitent ab ArimatJiœci tulit corpus Jesu.
Joseph d'Arimathie détacha de la Croix le corps de Jésus.
S. Joax., XIX, 38.
Joseph d'Arimathie et Nicodème détachentjésus de la Croix et le déposent entre les bras et sur les genoux de Marie. O Mère, contemplez votre Fils : quel spectacle ! Son corps est sanglant et livide, de meurtrières épines ont déchiré son front, son visage est affreusement défiguré ; ils sont maintenant fermés, ces yeux qui, tout à l'heure encore sur la Croix, répondaient aux vôtres ; elle est muette , cette bouche, qui, aux instants douloureux de l'agonie, prononçait d'immortelles paroles ; il a cessé de battre, ce cœur, que vous sentiez, il n'y a qu'un moment, battre à l'unisson du vôtre. Un peintre italien, Daniel de Volterre , nous représente l'auguste Vierge renversée par la souffrance et tout évanouie; il s'est trompé : certes, grande, immense est la douleur de cette auguste Mère, et, quand on réunirait
dans un cœur les douleurs de toutes les mères pleurant sur le dernier soupir de leur fils, embrassant leur corps après le trépas, comme pour y rappeler l'âme, s'attachant à cette dépouille avec l'exaltation d'un déchirement qui ne peut s'en séparer, on n'aurait encore qu'une goutte de la mer d'amertume qui submerge le cœur de Marie, à la descente de la Croix... mais elle est forte dans sa douleur, en pressant avec transport contre son cœur son Fils étendu sans vie sur ses genoux...
Ah ! il ne vous est pas interdit de pleurer, épouse aimante, mère tendre, fils dévoué, sur le cadavre d'un époux, d'un fils, d'un père ; mais que votre douleur soit calme et forte comme celle de la Vierge- Mère : celui dont vous étreignez la dépouille mortelle vousa quittés, mais c'est pour de meilleurs rivages, du haut desquels il vous attend...
Pendant que Marie, la nouvelle Eve, tenait entre ses bras le corps glacé de Jésus, son âme faisait tressaillir d'allégresse dans les limbes la première Eve et tous les justes qui attendaient leur délivrance ; elle triomphait dans leur joie, dans leur consolation. Eh bien ! l'âme de celui que vous pleurez, faite à l'image de celui qui vit éternellement, s est transformée, en quittant ce monde, comme l'insecte qui jette à la terre son enveloppe vile et grossière, pour prendre son vol dans l'éclat de la beauté et de la vie ; elle a abandonné, cette âme, le pesant compagnon de son exil, elle a laissé son vêtement de chair, mais, comme un ange trop longtemps exilé, c'est pour arriver plus promptement à la patrie, c est pour passer plus vite à travers les sépulcres et aller à son Dieu, qui doit la juger et la couronner...
Tels sont les sentiments de la foi, qui soutiennent le chrétien près du cadavre des êtres aimés que la mort vient de ravir : il pense avec consolation, comme Marie, que la journée du Calvaire est la veille des joies de la Résurrection.. .
XIVme STATION