‹ Œuvres choisies (volume 3)Chapitre 36 sur 38 · JÉSUS-CHRIST EST MIS DANS LE TOMBEAU · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST EST MIS DANS LE TOMBEAU

Mortui estis, et vita vestra est abscondita cum Christo in Deo.

Vous êtes morts et votre vie est cachée avec Jésus- Christ en Dieu.

S. Paul., Ad Colossens., III, 3.

Marie ne peut garder sur ses genoux le corps glacé de Jésus ; elle doit s'en séparer, le déposer sous une froide pierre et en laisser la garde aux soldats romains. Joseph d'Arimathie, qui a offert son propre tombeau pour y déposer le Sauveur, porte ce corps divin avec Nicodème et quelques disciples, et derrière, au milieu des saintes femmes, marche Marie, soutenue par le bras filial de saint Jean. Le cortège arrive au sépulcre : Marie fixe elle-même au tombeau la position du corps de son Fils, bientôt la pierre va être apposée, c'est l'heure du dernier adieu.

Ary Scheffer a représenté cet instant suprême. Jésus étendu dans sa couche sépulcrale, saint Jean soulève le voile étendu sur la sainte face pour que la mère puisse contempler son Fils une dernière fois ; Madeleine et Salomé versent des larmes, et

Marie, soumise, mais abîmée dans son deuil, jette ses bras autour de la tête du Sauveur avec l'expression d'une douleur qui ressemble à la mort ; tout à l'heure on va l'emmener hors du jardin, mais son cœur y reste tout entier... en attendant l'heure du réveil de son divin Fils.

Vous aussi, M. F., vous conduisez, le cœur brisé> à leur dernière demeure, ceux que vous aimez et que lamort vous a ravis ; vous versez des larmes avec des fleurs sur leur tombe ; vous pouvez, comme Marie , fixer votre souvenir ou plutôt votre âme tout entière près de leur dépouille mortelle, mais, comme Marie, vous devez attendre avec le calme de l'espérance l'heure du réveil, c'est-à-dire l'heure du revoir : « Expecta, reexpecta, modicum ibi^ modicum ibi ». Attendez encore un peu de temps... Le tombeau, c'est l'hiver: le laboureur ne se plaint pas des frimas de cette saison de mort, il attend avec patience le soleil du printemps, qui, ranimant la sève et rappelant la vie dans la nature, couvrira ses sillons de germes verdoyants et féconds ; ainsi en est-il au sépulcre du corps de ceux qui nous ont quittés : enveloppé aujourd'hui du linceul et confié à la terre, il n'est pas délaissé sans retour. Dans cet hiver même du tombeau, il doit trouver une nouvelle naissance. « Attendez, attendez, expecta, reexpecta » : encore un peu de temps et viendra le jour où il se relèvera de ses ruines, à la voix de Celui qui est « la résurrection et la vie » ; il sortira du sépulcre, et, reconstruit par Jésus-Christ lui-même sur le modèle et les splendeurs de son corps glorieux, il reprendra pour des siècles sans fin sa société avec son ancienne et noble compagne, avec l'âme, et, dans l'éternité d'une même

destinée, partagera avec elle les jouissancesméritées dans une même épreuve. Que ces pensées sont consolantes au sein des grandes afflictions où nous jette la mort de ceux qui nous sont chers ! Gardons toujours, au fond de notre cœur, intact et inaltéré le trésor de notre foi, et, au lieu de pousser perpétuellement en ce monde des soupirs découragés, qui ôtent au sacrifice son prix et son mérite, nous porterons nos croix avec courage, et peut-être même aurons-nous la vertu de dire à la douleur: Je t'aime.

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