‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 14 sur 41 · IV · texte numérisé non relu

IV

Qu'il est touchant, N. T. C. F., d'étudier la Papauté au flambeau de l'histoire, et de contempler son rayonnement, son action, sur toute la surface du globe ! Mais comment pouvoir esquisser en quelques traits un tableau qui demanderait tout un livre ?

Par qui les peuples ont-ils été arrachés à l'idolâtrie et à la corruption païenne, si ce n'est par les Papes? Par qui furent députés dans les Gaules, dans toute l'Europe, dans le monde entier les premiers Apôtres, les premiers Evêques ? N'est-ce pas par Pierre et par ses successeurs, qui ont initié toutes les nations à la vraie lumière, à la doctrine purifiante de l'Évangile? N'avait-il pas reçu de Pierre lui-même la bénédiction qui féconde le ministère, notre illustre Paul Serge, qui ne parut à Narbonne qu'après avoir déjà combattu et souffert à Rome pour la foi de Jésus-Christ ? Et Saturnin, qui lui mit entre les mains le bâton de missionnaire et l'envoya prêcher l'Évangile dans notre région ? N'est-ce pas le pape saint Clément, troisième successeur de saint Pierre, n'en déplaise à une téméraire critique, quiretarde l'époque de sa prédication, tout en reconnaissant la mission officiellement reçue du Siège Apostolique?

Trois siècles durant, les Papes sont en butte à la fureur des persécutions, mais, jusque sous le tranchant du glaive, leur action rayonne avec un éclat qui fait tressaillir le monde ; tout en propageant la vérité et gouvernant l'Église, ils mènent vaillamment la

marche de cette incomparable armée de chrétiens qui vont du Forum au Colisée et aux arènes, des arènes aux Catacombes, et des Catacombes à l'immortelle gloire. Toutefois les puissances de cette terre, comme les puissances infernales , ne peuvent prévaloir contre la pierre indestructible. La prédiction du Maître se réalise: « Portœ inferi non prœvalebunt > . Les persécuteurs meurent à la peine. Arrive le jour où les Césars se fatiguent d'envoyer au supplice des hommes « qui ont le don de savoir mourir, illos libenter mori solere » (1); et le plus illustre d'entre eux se montre plus fier de répéter le Credo des Papes que de porter sur son front le diadème impérial.

Constantin donne la paix à l'Eglise; mais Satan ne se repose pas. Contre le Siège Apostolique, empourpré du sang de trente Papes, l'hérésie, le schisme dressent leur tête rebelle, et des sectes de tout nom viennent — souvent avec l'appui du bras séculier — disputer à la Chaire de Pierre son autorité. La barque du pêcheur de Génézareth ne va-t-elle pas sombrer, alors que la discorde est dans l'équipage? Non, N. T. C. F., le pilote fait jeter à la mer la surcharge du vaisseau , les Pontifes de Rome retranchent du sein de l'Église ceux qui s'obstinent à périr, et la barque poursuit sa marche triomphante, et le phare divin qui s'allume au ciel, sans être obscurci par Terreur, continue d'éclairer le monde : « Portœ inferi non prœvalebunt ».

A l'heure où l'Empire romain va s'effondrer sous le flot des Barbares, une voix pleine d'un saint patriotisme se fait entendre. Oui fait reculer Attila? qui

(1) Lactant., De Morte persecuiorunt .

fléchit le courroux de Genséric ? c'est la voix d'un Pape. Quand l'islamisme « cette religion monstrueuse, dit Bossuet, qui a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa tyrannie, pour tout miracle ses armes » (i), envahit les plus belles contrées de notre Europe, qui arrêta cette horde de sauvages dont le prophète de l'Arabie avait déchaîné le fanatisme sur la chrétienté ? ne sont-ce pas les Papes ? Qui enfanta l'héroïque mouvement des croisades, et précipita vers l'Orient ces légions de chevaliers chrétiens courant, sous la bannière de la Croix à la défense des saints lieux et à la conquête du tombeau du Christ? ne sont-ce pas encore les Papes?

Il faut vraiment être aveugle ou systématiquement hostile, pour ne pas admirer et bénir ce rôle de la Papauté dans le monde. Aux princes qui écrasent leurs peuples sous l'oppression du despotisme et de la tyrannie, on voit les Papes enseigner constamment avec autorité le grand devoir de la justice et de la modération ; aux peuples qui s'insurgent contre les rois, ébranlant les trônes par des soulèvements et des révolutions, ils ne cessent de rappeler la loi de la soumission chrétienne. En dépit du caprice et de la volupté, ils maintiennent et protègent, avec le respect du nœud nuptial, la sainteté du foyer domestique, et au torrent des passions humaines ils opposent, avec une inflexible fermeté, la pureté de la doctrine évangélique. Initiateurs et sauveurs de la civilisation et du vrai progrès, les Papes président aux conquêtes de l'esprit humain dans les lettres, les sciences et les arts par la fondation d'écoles, d'universités et de

(I) Panégyrique de saint Pierre Nolasqne.

toutes sortes de sanctuaires d'étude. Bienfaiteurs des malheureux et des déshérités de ce monde, ils donnent rendez-vous à toutes les misères humaines dans des refuges hospitaliers, dans des établissements de charité où se trouvent des âmes dévouées, ou plutôt des anges, toujours prêts à les soulager sur leur calvaire de souffrances.

En suivant le sillon que les Papes ont creusé dans l'histoire, on ne rencontrepartout queservicesrendus, bienfaits prodigués ; on peut vraiment appliquer à la Papauté la parole par laquelle l'écrivain sacré résume la vie du Sauveur en ce monde : « pertransiit benefaciendo. » Planant au-dessus du monde qu'elle civilise, au-dessus des âmes qu'elle sanctifie, la Papauté « a passé en faisant le bien ». Ne devrait-elle pas avoir désarmé à jamais l'injustice ? Hélas, pourquoi faut-il qu'elle soit condamnée à dire aujourd'hui à une foule d'ingrats ce que le Sauveur disait aux Juifs : « Pour lequel de mes bienfaits me persécutez-vous > ?

O institution sacrée, centre divin de l'unité catholique, dépositaire des éternelles promesses, vous nous devenez plus vénérable par vos épreuves ; par vos tribulations, vous nous êtes rendue plus chère.

Et vous, ô Pilote bien-aimé, ô Pierre, qui avez en main le gouvernail de la barque de l'Église, continuez de nous guider à travers les orages. Voici tantôt dix-neuf siècles que vous voguez sur la haute mer ; vous avez subi des tourmentes non moins dangereuses que celles de l'heure présente, et à ceux qui se laissent dominer par des inquiétudes voisines de la désespérance vous pouvez répondre, comme le Maître divin : « Pourquoi tremblez-vous, âmes de peu de foi ? >

Aussi nous reposons-nous sur vous avec tranquillité et confiance. De sombres et épais nuages nous dérobent la vue du rivage, mais nous sommes sûrs d'y aborder. Le passé est pour nous la garantie de l'avenir. Les vents déchaînés ont beau nous menacer des derniers périls ; le jour viendra où, poussés par Fouragan môme, nous entrerons au port, et alors, tombant à genoux, dans l'élan de notre reconnaissance, nous entonnerons joyeusement le cantique de la sainte Eglise notre Mère : « A vous notre louange, Seigneur ; nous vous reconnaissons comme l'unique Maître du monde. Te Deum laiidamus, te Dominant confitemur ».

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