‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 17 sur 41 · IS., I · texte numérisé non relu

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ves de l'opinion, courtisans de la peur, ils abdiquent leur spontanéité individuelle pour déshonorer ce qu'ils professent, pour profaner ce qu'ils révèrent : « quod colunt reprehendunt : quod adorant, culpant » (i). Conscience, honneur, principes, ces riches trésors et, comme on l'a si bien dit, « ces diamants sans tache de l'âme humaine », sont par eux mis à l'encan : leur conscience, c'est la souplesse ; leur honneur, c'est la complaisance; leurs principes, c'est la versatilité.

Est-il besoin d'ajouter que, dans toute société, le dévouement social, le vrai patriotisme, la dignité nationale s'affaiblissent en raison directe de l'abaissement des caractères et de l'ébranlement des convictions religieuses? La puissance qui ose tout fait naître la faiblesse qui se résigne à tout, le despotisme des puissants engendre la docilité servile des faibles ; on voit alors la force primer le droit, les passions aveugles et mobiles de la politique s installer dans les sanctuaires de lajustice, l'autorité, sans règle et sans souci de ses devoirs, faire plier la loi à ses caprices, et le peuple, sans courage et sans préoccupa. ion de ses droits, céder à l'arbitraire et à la tyrannie.

Ah ! si, du moins, dans un corps social qui se décompose si lamentablement, un sang généreux, un sang nouveau était infusé aux générations qui s'élèvent !... Hélas ! nous avons la tristesse de voir l'enfance recevoir un enseignement sans religion ; et, dans quelque temps, quand ce système d'éducation aura porté ses fruits de mort, quand toute croyance à un Dieu personnel et vivant, à un Sau-

(1) De Civit. Dei.

veur, à un Juge suprême, aura disparu des consciences avec les notions morales du Décalogue et de l'Évangile, la société aura perdu sa base. C'en sera fait de l'ordre et de la sécurité publique : nous serons condamnés à assister aux convulsions anarchiques les plus douloureuses, aux plus effroyables bouleversements.

Plusieurs d'entre vous, N. T. C. F., ont visité l'Italie méridionale et gravi les hauteurs du Vésuve ; ils savent qu'il y a des heures où l'on entend, dans les flancs de la montagne, des mugissements plus sonores, et où l'on voit s'échapper du cratère des émanations plus embrasées. C'est le signe avantcoureur d'une éruption nouvelle. Sont certes victimes d'une dangereuse illusion les optimistes systématiques qui ignorent que nous sommes à l'un de ces moments redoutables : il faut être sourd de parti-pris pour ne pas entendre l'écho lointain des passions et des fureurs qui s'agitent dans le sous-sol de notre société.

Où êtes-vous donc, avec votre voix retentissante, ô Salvien, pour réveiller les âmes qui s'endorment sur les bords de l'abîme? Où êtes-vous, avec vos éloquents et pathétiques accents, pour pleurer sur les calamités qui menacent une nation amollie dans les caractères, dépravée dans les mœurs, et en divorce flagrant avec Dieu ? Votre beau livre Sur le Gouvernement divin semble vraiment écrit pour nos temps malheureux, et, nous aussi, nous avons le droit de dire avec vous : « Vidi res lacrymabiles, nous avons vu des choses dignes d'être pleurées » ; au sein de luttes sanglantes, dans des discordes haineuses et fratricides, « nous avons été traités par le fer

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et par le feu, secaïuur, uvimur » ; et, au lieu de travailler à nous guérir, à nous relever, à nous régénérer, nous avons continué de courir, avec une ardeur fiévreuse, après le plaisir, après la fortune, après toutes les satisfactions de l'égoïsme, et nous osons chaque jour provoquer la justice de Dieu par des insultes, des blasphèmes et d'insolents défis. L'oracle des Lettres sacrées n'a cependant pas perdu son autorité : « C'est la justice qui élève les nations, tandis que c'est le péché qui rend les peuples misérables » (i). Si l'antiquité triomphe, si la force opprime la faiblesse, si la violence et le mensonge l'emportent sur le droit et la vérité, tôt ou tard sonnera l'heure des châtiments divins, et, comme nous le rappelle le Vicaire de Jésus-Christ, leur rigueur sera proportionnée à la durée des crimes (2).

C'est à nous, N. T. C. F., de peser par avance nos responsabilités respectives : négliger son devoir social par inertie, par mollesse, par insouciance, par lâcheté, c'est conniver au succès des violents et des oppresseurs, c'est avoir une part de complicité dans le triomphe de l'injustice. Réagissons donc avec effort contre les influences malsaines qui nous entourent : trop longtemps, suivant la poétique image de saint Grégoire de Nazianze, semblables à l'infortuné nau-

(1) Justifia élevât gentem : miseros autem facit populos peccatum iProv., XIV, 34).

(2) Encyclique Exeunte jam anno.

tonier qui doit remonter un fleuve rapide et manque de courage pour lutter, nous avons abandonné la barque au courant des eaux. Courbons-nous sur la rame avec une vaillante énergie et dominons le torrent qui nous entraîne ; à chacun de nous s'adresse la recommandation de saint Paul aux habitants d'Ephèse : « De cœtero, fratres, confortant ini in Domino , et in potentia vivtntis ejas; frères bien aimés, mettez votre confiance dans le Seigneur et cherchez votre force en lui et en sa vertu toute-puissante » (i).

« Dieu est le père du courage », dit saint Augustin, et, comme nous le rappelle Léon XIII en citant un texte magnifique du même Docteur, du haut du Ciel, « il assiste à nos luttes, il nous aide à triompher, il relève nos défaillances, il couronne notre victoire » (2).

Armez-vous donc d'un courage surnaturel, puisé en Dieu par la prière, et prenez en main le glaive que vous offre l'Evangile pour détruire vos passions ; alors, vrais soldats de Jésus-Christ, vous porterez, avec une sainte fierté, la couronne d'honneur dont le baptême, suivant la belle pensée de saint Cyprien, a ceint votre front, et vous ne voudrez plus, par de lâches défections, par des capitulations déshonorantes, faire tourner ce sceau glorieux à vo're honte, en vous montrant des déserteurs : « Baptismus qui coronat Christi militent > convincit desertorem » (3).

Vous savez quelle est l'impopularité officielle de la religion et de toutes ses saintes causes, vous

(i) S. Paul. Ad Eph., VI, 10.

(2) Ipse certamen inspectas, et adjuvas hominem ut vincat, et •deticientem sublevas, et vincentem coronas (S. Aug., In Ps.

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