XXXII
(3) Serin, de Lapsis.
IQ2 MONSEIGNEUR BILLARD
connaissez même toutes les disgrâces que peut entraîner la pratique extérieure des devoirs chrétiens ; mais vous aimerez votre Dieu d'un amour qui grandisse en proportion de la haine de ses ennemis, et le Sauveur n'aura pas à vous adresser le reproche qu'il faisait autrefois à de timides et lâches disciples ; « Numquid et vos vultis abire, est-ce que vous aussi, vous voulez me quitter » (i)?
Trop longtemps, vous avez cédé aux tyranniques exigences de l'opinion ; trop longtemps, vous en avez été ou les courtisans ou les esclaves. Avec une noble dignité de caractère, vous ne permettrez pas que la crainte des censures du monde ou le désir de ses éloges vous tienne désormais en servitude. Le sang du Dieu qui vous a rachetés vous a conquis la vraie liberté : « pretio redempti estis, nolitefieri servi hominum » (2).
Mais, vous trouveriez-vous, N. T. C. F., en face des puissants et des forts ; seriez-vousmis en demeure, par intimidation, pourconserver les faveurs officielles, de trahir votre conscience religieuse ; vous condamnerait-on, sous peine de déchéance de vos fonctions, à abandonner vous-mêmes personnellement la pratique de vos devoirs chrétiens, ou à exposer vos enfants au danger de perdre la foi sous 1 influence d'un enseignement malsain, ah ! nous aimons à le penser, vous resteriez courageux et intrépides. Vous prendriez pour devise les nobles paroles que saint Jérôme met sur les lèvres des fidèles de son temps, disgraciés pour leurs croyances : .< Melius est mendicare
(1) S. Joan., VI, 68.
(2) I S. Paul. Ad Cor., VII, 25.
pancm quam fidem perdere, mieux vaut mendier son pain que de trahir ou de perdre la foi » ; ou, vous inspirant des conseils que donnait, du fond de son exil, le vaillant archevêque de Cantorbéry, saint Anselme, à un ami en butte à la persécution légale de son temps, vous répondriez à toute menace avec une inébranlable fermeté : « Chrétien je suis, chrétien je resterai ; loin de moi la pensée de refuser ma soumission aux lois de mon pa}7s, mais qu'on sache que jamais je ne ferai rien contre ce que je dois à Dieu » (1).
Toutefois, ce courage que nous vous recommandons avec tant d'instance, N. T. C. F., nous ne pouvons oublier que nous-même, nous vous en devons l'exemple à tous. N'avons-nous pas reçu de Dieu le mandat de vous guider, de vous soutenir et, à l'heure du péril, de courir aux avant-postes de la défense ? Puissions-nous, tant que nous aurons le redoutable honneur et la douce consolation d'être votre évêque, mériter de vous, comme saint Anselme de son peuple, le témoignage d'avoir toujours eu une vaillance à la hauteur des difficultés, et de n'avoir jamais par pusillanimité, par peur, rien fait contre l'honneur épiscopal : < contra episcopalem honestatem » !
Tous ensemble donc, évêque, prêtres, fidèles, tombons à genoux devant Dieu, et faisons arriver à son cœur la prière que lui adressait la courageuse Judith,
(1) Haec sit vestra responsio : christianus sum, monachas sum, episcopus sum, et ideo omnibus volo servare fidem secundr.m quod unicuique debeo : bis verbis nec addatis q aidquam nec minuatis {Epi st. XCIIJ.
en un moment critique pour le sort de sa nation : « Confirma me, Domine Deus, in hac hora, Seigneur, mon Dieu, fortifiez-nous à cette heure » (i). Trop souvent jusqu'aujourd'hui nous avons laissé notre courage ou sommeiller par la tiédeur ou s'éteindre par le péché ; à vous de nous réveiller, de nous ranimer, en ce moment si sombre et si plein de périls. Nous savons que, sur ce trône, que cherchent à renverser vos ennemis, vous vivrez et régnerez toujours pour le bonheur de qui vous aime et le désespoir de qui vous hait ; nous savons que votre Eglise « triomphe de toutes les attaques et sort victorieuse de toutes les embûches, luttant sans jamais succomber, descendant dans l'arène sans jamais être vaincue » (2). Mais nous, hélas! par faiblesse, nous pouvons succomber dans l'épreuve. En ces jours mauvais, venez donc à notre secours, et bénissez nos efforts : « respice in hac hora opéra manuum incarnai. . . » Relevez, mon Dieu, la fille aînée de votre Eglise, relevez la France, votre peuple de prédilection. Faites qu'avec ses anciennes traditions, elle reprenne ses anciennes destinées; que la vie chrétienne s'épanouisse en tous ses fils; qu'une soumission absolue aux préceptes de 1 Évangile rétablisse au fo\Terde chaque famille, avec la pureté des mœurs, la sainte hiérarchie de l'autorité et de la dépendance; qu'avec le courage chrétien se ranime le vrai patriotisme; que le pouvoir retrouve son ancien prestige en s'abritant sous la
(1) Judith., XIII, 7.
(2) Vincit impuo;nata, insidiis appetita superat : luctatur nec prosternitur : pugilatu certat nec vincitur [S.JOAN. Chrys., Orat. post Eu trop, captuni).
protection de votre souveraineté : « Jérusalem civiiatem tuam erigas... » Dieu exaucera notre prière, nous aimons à l'espérer, et la grandeur de notre bienaimé pays , un moment voilée , reparaîtra plus radieuse ; avec son Christ, avec sa foi, avec son dévouement à l'Église, la France retrouvera, plus brillante, son antique gloire.