‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 4 sur 41 · EZECH., III · texte numérisé non relu

EZECH., III

(3) Malo mori et, quamdiu vivam, in exilio gravari quam ut videam honestatem Ecclesias Dei causa meî... ullo modo violari- {Epist. IV, 48.)

reçu celle de gouverner. «Posnit Episcopos regere Ecclesiam Dei » (i). Au jour de sa consécration, il reçoit entre les mains le symbole de sa domination, c'est la houlette pastorale. Mais quel mot, N. T. C. F., vient de s'échapper de notre âme ? Sa domination! Ah ! n'ayez pas peur. Ecoutez en quels termes un saint docteur la caractérise : « Vous avez la supériorité, disait l'illustre abbé de Clairvaux au pape Eugène et, dans sa personne, aux Evêques, vous occupez le premier rang: est-ce pour que vos inférieurs servent à votre élévation ? Nullement ; c'est pour servir vous-même à la leur, c'est pour leur être utile et leur faire du bien » (2). Et, avant saint Bernard, Notre-Seigneur Jésus -Christ disait à ses Apôtres; « La domination appartient aux princes et aux puissants de ce monde : qu'il n'en soit pas ainsi parmi vous » (3). L'Évêque ne reçoit son autorité spirituelle que pour la mettre au service de ses frères, à l'exemple du Sauveur, son maître, qui est venu en ce monde non pour être servi, mais pour être le serviteur et le rédempteur de toutes les âmes.

O mystérieuse économie du pouvoir spirituel, qui impose tous les devoirs à ceux qui commandent et confère tous les droits à ceux qui obéissent ! O étrange domination de l'Évêque, dont l'élévation n'est qu'un engagement au sacrifice ! O merveilleuse autorité du Pasteur, dont la grandeur consiste à se désapproprier de soi-même pour mieux appartenir à son troupeau ! O douce subordination du troupeau, qui trouve sa di-

(1) Act., XX, 28.

(2) Prœes et singulariter, numquid ut de subditis crescas ? Nequaquam, sed ut ipsi de te. (S.BERN.,Z>e Consid. ,Lib. III, 3.)

(3) S. Luc, XXII, 25 et 26.

gnité, sa joie, son salut dans l'obéissance au Pasteur! Heureux le diocèse, N. T. C. F., où l'obéissance est conquise par la bonté et rendue par l'amour ! Les saintes règles de l'Eglise y sont en vigueur ; on y voit toutes les œuvres catholiques dans une magnifique floraison ; l'union, la paix, la charité y régnent entre tous ; et l'épanouissement des vertus chrétiennes y fait revivre la beauté des anciens jours. Est-ce une illusion de notre part ? Il nous semble que notre plume vient d'esquisser le tableau de l'Eglise au gouvernement de laquelle nous sommes appelé. Il retentit encore au fond de notre âme l'écho des adieux pleins de larmes que vous adressait naguère notre vénéré et saint prédécesseur ? Votre pasteur vous quitte pour aller occuper le rang plus élevé dans la hiérarchie que lui ont mérité sa science, sa charité, son dévouement, ses services rendus ; mais les regrets, les déchirements que son éloignement fait naître dans vos cœurs sont là pour porter témoignage de votre vénération et de votre filial amour. Se* larmes vous honorent et vos regrets sont sa récompense. Gloire à l'Evêque, dont la douce et ferme houlette a si bien réussi, pendant les huit années de son pastorat, à conserver et à développer les œuvres qu'il avait reçues comme un précieux héiitage de ses illustres devanciers! Gloire à l'Evêque, oui, mais aussi gloire aux prêtres et aux fidèles, qui ont répondu à sa tendresse dévouée par leur soumission et leur reconnaissance !

Vous ne sauriez nous offrir un plus puissant encouragement, N. T. C. F. Il est une maxime de saint Ambroise dont la douce réalisation a souvent inondé

de joie notre vie sacerdotale : « Nihil tant utile quant diligi(i), pour faire du bien aux âmes, rien n'est si avantageux que d'en être aimé ». Grâces soient donc rendues au Dieu qui nous envoie vers un peuple qui aime ses pasteurs ! Notre ministère, nous en avons la confiance, portera des fruits.

Ne nous avez-vous pas promis votre précieux concours, nobles vétérans du sanctuaire, qui avez usé vos forces au service de l'Église et des âmes, vénérables Chanoines de notre Église cathédrale ? Frères bien-aimés, gardiens par office de la majesté du culte divin, vous portez avec honneur votre beau titre dans une régularité exemplaire, dans une observance parfaite de la discipline ecclésiastique (2) : votre science sera notre lumière, nous aimerons à recourir à votre expérience, et nous serons saintement fier de nous entourer de votre foi et de votre ferveur dans nos solennités religieuses.

Et vous tous, nos dignes coopérateurs, prêtres aussi distingués par le zèle que par la science, qui, sur tous les points du Diocèse, nous représentez auprès des âmes, vous êtes aujourd'hui notre espérance, vous serez bientôt notre joie. Notre tendresse paternelle vous est acquise. Continuez en union avec nous le ministère que vous remplissez avec tant de dévouement. Si infécond que puisse vous paraître le sol que vous avez à cultiver, ne ménagez pas vos sueurs : elles seront, avec la grâce de Dieu, la rosée qui tôt ou tard fertilisera votre sillon. Ne regrettez

(1) S. Ambr., De Offic. minist., Lib. II.

(2) Prae aliis clericis canonici seu regulares ex observata ecclesiasticpô disciplinas perfectius régula nominari mereantur. (Ex Conc. Rotomag., 1581, art. 15.)

pas les gouttes de sang dont vos pieds meurtris rougissent les rochers et les épines de la route : elles vous obtiendront le salut des brebis perdues que vous cherchez. Venez souvent épancher votre âme dans la nôtre : vous nous trouverez toujours prêt à partager vos joies comme à compatir à vos peines, à encourager vos efforts comme à relever vos défaillances. La plus belle couronne de l'Evêque, c'est une famille sacerdotale, dont chaque membre lui apporte avec confiance le secours constant de ses efforts pour étendre le royaume de Jésus-Christ.

Aussi est-ce avec une complaisance intime que nous portons nos regards sur nos séminaires et nos maisons d'éducation : applaudir à votre zèle, nobles fils de saint Vincent de Paul, héritiers de l'esprit de votre bienheureux père, le modèle des prêtres ; vous féliciter de votre dévouement , maîtres éclairés non moins que pieux, tel est le besoin de notre cœur. Il nous est si doux de savoir que la jeunesse lévitique, précieuse pépinière du sacerdoce , vous la formez avec succès et à la science, qui honore le ministère, et à la vertu, qui le féconde. Ce sera souvent pour nous un repos plein de charmes de visiter vos chers élèves, de les entourer de notre affection : nous aimerons à leur rappeler les jours, trop vite écoulés, où nous donnions nous-même à l'enseignement de la jeunesse les premiers battements de notre cœur de prêtre. Le souvenir de cet apostolat est comme un parfum qui embaume notre vie : trop heureux sommes-nous de voir nos élèves, devenus nos amis, nous offrir la meilleure récompense en «'appliquant à être en tout l'honneur de l'Église et de leur pays.

Mais ce ne sont pas seulement les jeunes candi-

dats au sacerdoce qui, dans notre diocèse, peuvent s'abreuver aux sources pures de l'enseignement chrétien. Grâce aux âmes de foi qui se préoccupent d'autant plus du salut des jeunes générations qu'il est plus en danger, nous trouverons florissantes une foule d'écoles où instituteurs et institutrices rivalisent de zèle à distribuer, avec l'instruction profane la plus cultivée , la connaissance de cette religion divine qui est ici-bas le frein de toute passion malsaine et la consolation de toute douleur. Quand donc le monde cessera-t-il d'être ingrat envers vous, fidèles disciples du Vénérable de La Salle, bons Frères des Écoles chrétiennes ? Votre Evêque, soyez-en sûrs, appréciera avec reconnaissance votre patience et votre abnégation. Et vous, Religieuses de Notre- Dame, qui perpétuez, au milieu de notre troupeau, les traditions de générosité et de zèle de votre vénérée mère de Lestonnac ; Sœurs de la Sainte-Famille, dont les nombreuses phalanges embrassent, comme dans, un vaste réseau de dévouement, tout le territoire de notre diocèse; pieuses communautés qui, sous des noms divers, vous consacrez à l'instruction de l'enfance et de la jeunesse, recevez les encouragements de votre pasteur.

Non moins vive est notre reconnaissance pour vous, qui dépensez au service de tous les infortunés de ce monde les trésors d'affection que recèle votre cœur, Filles de la Charité, Sœurs de Saint-Joseph, ferventes épouses du Sauveur, à quelque institut que vous apparteniez. Et vous aussi, anges du ciel cachés sous les formes de la terre, filles de Sainte-Thérèse, qui vivez dans le silence au milieu du bruit de notre cité, et qui faites fleurir en votre solitude le lis de

la virginité au milieu des épines de la mortification, vous nous seconderez dans notre tâche : en élevant vos mains vers le tabernacle, vous attirerez sur nos travaux la grâce de Dieu, qui donne l'accroissement.

La semence, d'ailleurs, jetée par les pasteurs qui nous ont précédé, n'est-elle pas en pleine maturité dans un grand nombre d'âmes? Oue d'hommes aux convictions ardentes, au cœur généreux sont là, prêts à nous offrir leur concours pour toutes les œuvres de charité et de zèle! Que de familles sincèrement chrétiennes où la foi et la vertu se transmettent, de génération en génération, comme un patrimoine d'honneur ! Soyez béni, ô mon Dieu, vous qui nous appelez à recueillir un*si bel héritage, une si riche moisson !

Vienne donc le jour de notre consécration, et nous vous serons pleinement uni, N. T. C. F., par ces nœuds sacrés, ou, pour parler le langage du pape Innocent III, par ce mariage spirituel que Dieu forme et cimente lui-même (i). C'est alors que vous nous verrez accourir vers vous avec élan. Nous avons déjà pour vous tous au fond de notre cœur un sentiment plus élevé, plus profond que tous les sentiments de la terre, ce sentiment à part, cette religieuse paternité que Dieu crée dans le cœur de ses Evêques, quand il les députe vers son peuple. Oui, nous pouvons dès aujourd'hui vous dire, comme autrefois saint Paul aux Thessaloniciens : « Charissimi uobis facti estis » (2), vous nous êtes tous profondément chers, oui, tous, N. T. C. F.; nous désirons vous gagner

(1) Spirituale conjugium. . . . est inter Episcopum et Ecclesiam. [Décret, de transi., Lib. I.)

(2) I S. Paul. Ad Thess., II, 8.

tous à Jésus- Christ. Voilà pourquoi nous venons à vous, d'une maintenant la croix d'où nous attendons notre force, et de l'autre jetant le filet sur l'ordre de notre Maître. « Nous ne sommes pas évêque pour nousmême, vous dirons-nous avec saint Augustin, mais pour vous, à qui nous devons dispenser la parole et les mystères du Sauveur » (i). Pour remplir notre ministère, aucune difficulté ne nous arrêtera. Au fond de vos vallées comme sur la crête de vos montagnes, dans vos hameaux les plus reculés comme au sein de vos brillantes cités, nous irons à vous. Nous ne reculerons devant aucun sacrifice pour vous éclairer, vous convertir et vous sauver; fallût- il verser pour vous notre sang, il est à vous (2).

Nous vous en offrons dès aujourd'hui les prémices, N. T. C. F.; déjà il commence à couler en silence. Comment, en effet, pourrions -nous rompre sans regrets les liens si intimes qui nous attachent à ce diocèse, à cette ville de Rouen, où nous avons rencontré tant de bienveillance et de si honorables sympathies ? Comment quitter sans douleur cette famille d'âmes nobles et élevées qui, par leur confiance et leur docilité, nous ont ménagé les meilleures consolations surnaturelles, et cette édifiante communauté de la Providence, vrai sanctuaire des vertus religieuses, fervente école d'apprentissage de dévouement à l'enfance, où le nom de père nous a été si doux à porter ? Comment nous séparer sans larmes de ce docte et vertueux clergé qui nous a constamment entouré de son estime et de son attachement, et dans les rangs duquel nous avons le privilège de compter

(1) Contra Cresconiiim, Lib. II, 2.

(2) I S. Paul. Ad Thess., II, 8.

tant d'amis dévoués ; de ce vénérable Chapitre métropolitain qui nous a accueilli avec une cordialité si touchante ; de ces dignes collègues, nos maîtres par la doctrine et par l'expérience? Comment surtout n'aurions-nous pas l'âme brisée en nous éloignant de ce prince illustre de l'Eglise, dont la paternelle affection a été le plus précieux honneur de notre vie sacerdotale? O saint Pontife, ô Père bien-aimé, que ne nous est-il donné de rester plus longtemps à votre douce école ! Si nous n'osons vous adresser les plaintes que saint Grégoire de Nazianze faisait entendre à saint Basile, à la veille de sa consécration, vous nous permettrez au moins d'emprunter les accents de sa prière : « Enseignez-nous votre charité pour le troupeau, votre sollicitude jointe à la prudence, votre fermeté dans la douceur, votre sérénité dans l'action, genre de mérite qui n'appartient qu'aux Pontifes d'élite, les combats enfin que vous avez soutenus pour la cause de Dieu, et les victoires que vous avez remportées dans le Christ » (i). En nous mettant au front l'onction sacrée, faites descendre en notre âme, avec les grâces du ciel, le germe de ces vertus qui, sur le siège de saint Gimer comme dans la chaire de saint Victrice, ont fait la gloire et la fécondité de votre épiscopat. Nous ne sommes pas assez présomptueux pour croire que nous ferons revivre votre grande figure dans le diocèse qui nous attend ; puissions-nous au moins, en retrouvant les sentiers que vous y avez tracés, les suivre avec fidélité, et rappeler, bien que dans une imparfaite image, l'Évoque dont le souvenir, après plus d'un

(i) Orat. IL

quart de siècle, est resté vivant et consolateur au fond des âmes.

Tels sont nos vœux, N. T. C. F. : nous les déposons dans le Cœur adorable de Jésus, auquel nous consacrons notre nouveau ministère ; mais c'est à vous de nous aider par vos prières à en obtenir la réalisation. Conjurez donc avec nous le Prince des pasteurs d'allumer en notre âme, ardent et inextinguible, pour toute la durée de notre carrière pastorale, le feu qu'il est venu lui-même apporter à la terre ; avec nous, suppliez l'auguste Vierge Marie, Notre- Dame de Paix, dont nous saluons de loin avec amour l'image vénérée, ainsi que le glorieux saint Joseph, protecteur de l'Eglise universelle, de nous abriter sous leur tutélaire sauvegarde ; avec nous, demandez à l'archange saint Michel, aux saints martyrs Nazaire et Celse, patrons de notre église cathédrale et de notre diocèse, de nous obtenir une infatigable vaillance pour tous les bons combats; implorons enfin d'une commune voix tous les saints Pontifes de Carcassonne et de Narbonne, et que, par leur intercession, il nous soit donné d'être toujours, comme eux, pasteur selon le cœur de Dieu, saintement passionné pour l'Eglise, le Saint-Siège et les âmes, et de pouvoir dire avec eux, au terme de notre vie, à l'exemple de Jésus-Christ, l'évêque des évêques : « Mon Dieu je vous ai glorifié sur la terre, j'ai achevé l'œuvre dont vous m'aviez chargé ; ego te clarificavi super terrain : opus consummavi quod dedisti milii ut faciain » (i).

(1) S.Joan., XVII, 4.

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