L'ENSEIGNEMENT SANS DIEU ET LE DEVOIR DES PARENTS CHRÉTIENS
2 Février 1882.
Il nous tardait, Nos Très Chers Frères, de voir arriver le saint temps du Carême. Fidèles à une tradition qui remonte aux premiers âges chrétiens (1), les Évêques ont coutume, chaque année, d'adresser aux âmes confiées à leur sollicitude une Instruction pastorale: nous acquitter de cette dette est pour nous un bonheur.
N'avons-nous pas besoin, d'ailleurs, d'épancher notre âme dans la vôtre? Quelques mois à peine se sont écoulés depuis notre arrivée dans ce diocèse, et déjà se sont cimentés entre nous les liens d'une mutuelle et profonde affection. C'est avec la plus douce complaisance que nous aimons à reporter nos souvenirs sur notre installation et nos premières Visites Pastorales. Quel sympathique élan, quel pieux enthousiasme, dès notre apparition au milieu de vous ! Au seuil de notre Cathédrale comme dans les autres églises, dans les villes comme dans les bourgs et les villages, quel accueil empressé, quel mouvement religieux et spontané, quelles touchantes manifesta-
(1) Vetere instituto ad id vocati sumus. (S. Cyril. Alex.)
tions de piété et de joie chrétienne ! Qu'il nous soit donc permis, Frères bien-aimés, de faire parvenir jusqu'à vous, avec son plus pénétrant accent, le cri de notre reconnaissance ; par vos nombreux témoignages de filial attachement, vous nous avez ouvert une source abondante de consolations et d'espérances, au milieu de nos tristesses et de nos amertumes.
N'est-ce pas, en effet, à une heure exceptionnellement douloureuse que, dans ses mystérieux desseins, la divine Providence nous a appelé au redoutable honneur d'être l'Evêque de vos âmes ? A quelle autre époque de l'histoire du christianisme fut-il plus juste d'appliquer le mot du grand Apôtre : « Dies malt suntj les jours sont mauvais » (i) ? Ourdie depuis longtemps dans l'ombre, une formidable conspiration, qui semble enlacer le monde dans un immense réseau, a éclaté au grand jour, déclarant à l'Église la guerre la plus acharnée, et, à voir la stratégie savamment combinée, les efforts désespérés avec lesquels les assiégeants de la Cité de Dieu livrent l'assaut à cette institution dix-neuf fois séculaire, on les croirait résolus non seulement à lui enlever ses droits et sa liberté, mais à l'anéantir, à la faire disparaître de cette terre (2).
A la vérité, N. T. C. F., cette lutte à outrance ne saurait déconcerter notre foi. Impérissables sont les destinées de l'Épouse de Jésus-Christ. Comme cet adorable Sauveur, dont elle est à travers les siècles « l'incarnation permanente » (3), elle peut être con-
(1) S. Paul., Ad Eph., V, 16.
(2) Voluntnos inimici nostri perdere ethereditatem tuarn delere. (Esth. XIII, 15)
(3) Mœhler.
l8 MONSEIGNEUR BILLARD
damnée à gravir le Calvaire, mais, comme lui aussi, quelles que soient les avanies de sa Passion, elle attend toujours avec sécurité l'heure du triomphe et de la résurrection ; et nous, ses fils inviolablement dévoués, nous qui ressentons au cœur le contre-coup des douleurs de notre Mère, loin de nous décourager, nous pouvons emprunter les accents noblement intrépides du doux et ferme Archevêque de Cambrai, Fénelon, et dire à tous ses ennemis : « O hommes qui n'êtes qu'hommes, quoique la flatterie vous tente d'oublier l'humanité et de vous élever au-dessus d'elle, souvenez-vous que Dieu peut tout sur vous et que vous ne pouvez rien contre lui. Troubler l'Église dans ses fonctions, c'est attaquer le Très Haut dans ce qu'il a de plus cher, qui est son épouse ; c'est blasphémer contre ses promesses; c'est oser l'impossible; c'est vouloir renverser le règne éternel » (i). Nous devons cependant en faire l'aveu, N. T. C. F., bien que l'Eglise ne puisse pas périr, on voit s'étendre progressivement chaque jour, comme un souffle contagieux, l'influence malsaine de la propagande antireligieuse. Les principes chrétiens s'oblitèrent, les croyances s'amortissent, la foi s'éteint et les âmes courent à leur perte. Essayerons-nous de vous peindre les désastreux ravages déjà produits dans les esprits et dans les cœurs ? Quel œil observateur — si peu exercé soit-il — ne les a constatés ? Jetons un regard sur les masses laborieuses de nos cités : les apôtres de la libre-pensée n'ont-ils pas réussi à leur enlever le patrimoine sacré de la foi? C'était, hier, dans le peuple, le mépris de la religion ; aujourd'hui,
(I) Discours pour Je sacre de l'Électeur de Cologne.
-c'est la haine. Si du moins nos champs et nos montagnes avaient encore le privilège de rester l'asile inviolé des croyances religieuses! Hélas! il n'y a plus de barrières préservatrices contre les miasmes pestilentiels, et les paisibles habitants de nos campagnes commencent, eux aussi, à s'émanciper du joug tutélaire de l'Église et à s'enrôler dans les phalanges -ennemies.
Oui pourrait comprimer vos larmes, ô Eglise de mon Dieu ! Voici qu'un nouveau coup, et le plus sanglant, est porté à votre cœur. Jusqu'à ce jour, malgré vos pertes, vous étiez encore riche: vos persécuteurs consentaient dédaigneusement à vous laisser les enfants et les femmes, et, avec « ces deux vases de bénédiction, dont l'un est purifié par les larmes, et l'autre embaumé des parfums de l'innocence » (1), vous pouviez réparer vos ruines. Les femmes chrétiennes étaient entre vos mains de puissantes auxiliaires pour la régénération de la société par l'éducation ; les enfants vous offraient pour l'avenir la meilleure espérance de votre moisson. C'est ce qu'ont vu vos ennemis, et, pour paralyser plus sûrement ou plutôt pour détruire votre action, ils travaillent à vous enlever les générations naissantes.
Nous vous le disons en pleurant, N. T. G. F., l'enfance, cet âge candide et pur sanctifié par les embrassements et les bénédictions du Sauveur Jésus, — cet âge privilégié sur lequel l'Eglise, dans le cours •de son histoire, a toujours aimé à concentrer ses plus tendres sollicitudes et ses plus saintes prédilections, — l'enfance, ce précieux noviciat de la vie,
.(1) Donoso Cortès.
où les germes de foi et de vertu déposés en l'âme7 comme en une terre vierge, se développent et se fécondent pour l'honneur des familles et la prospérité des nations, — l'enfance, voici que la ligue antichrétienne veut s'en emparer. C'est la consigne, c'est le mot d'ordre général.
Elle inaugure partout, — au centre même de la Catholicité, à Rome, sous les yeux du Vicaire de Jésus-Christ, aussi bien qu'en France et chez les autres peuples, — un système nouveau d'éducation,, sans principes chrétiens, sans croyances, sans Dieu. A quoi bon, dit-elle, la vérité religieuse et ses horizons divins? Sur les rivages de cette terre qu'il habite, l'homme peut-il avoir un autre but que de parvenir et jouir ? Elle fait disparaître sans pitié de ses écoles tout objet de culte, tout emblème religieux. Le Crucifix lui-même, cette image d'un Dieu qui s'est fait victime pour le rachat du monde, ne trouve pas grâce : il n'a plus sa place sur les murs pour inspirer la prière et encourager le travail. Et vous croyez peut-être, N. T. C. F., que la vertu est exclue du programme de l'enseignement ? Détrompez-vous. La secte antireligieuse prétend, au contraire, à une pratique plus noble, plus désintéressée du devoir. Un de ses chefs n'a-t-il pas osé dire : « Nos écoles sont les seules où l'on apprenne à faire le bien pour le bien et non en vue des récompenses d'outre-tombe »(i)? C'est avec une telle phraséologie qu'on égare une foule de pères de famille ; ils croient pouvoir se rassurer en apprenant que, si l'enseignement de la religion est supprimé, on le remplace par des préceptes de morale,
(i) L. Blaxc, Lettre à une institutrice athée.
Étrange illusion ! La morale n'est-elle pas liée inséparablement au dogme? et prétendre, par un divorce systématique, briser cette alliance, n'est-ce pas vouloir séparer l'édifice de la base qui le soutient ? « Bien croire, a dit Bossuet, c'est le fondement de bien vivre» ; et, avec un sens non moins profond, )e savant et judicieux Joubert ajoute : « Ce monde a besoin d'être gouverné par les idées de l'autre ». Une morale sans Dieu, sans Providence, sans récompenses et sans châtiments éternels, suivant le mot de Portalis si souvent cité, « c'est une justice sans tribunaux». Comment donc les âmes sincères et loyales se laisseraient-elles séduire par un système d'éducation ainsi basé sur cette prétendue morale ? Ne suffit-il pas d'un peu de bon sens et de réflexion pour en deviner les pièges et les écueils ? Pour quiconque est sans croyances, dit saint Augustin, le bien, c'est ce qui plaît, et le mal, c'est uniquement ce qui contrarie la volonté ou le caprice, la passion ou l'intérêt : « quodcumque volumiis sanctum est»(l). Aussi n'estil pas étonnant de voir, comme nous l'apprend saint Hilaire, chacun se fabriquer à son gré un système ■de morale personnelle : il y a la morale de chaque âge, de chaque situation de la vie, de chaque tempérament ; il y a autant de règles de probité et de justice, de vertu et d'honneur qu'il y a d'individus. C'est la plus lamentable anarchie dans les esprits, dans les consciences, dans les cœurs (2).
L'essai d'un tel enseignement a d'ailleurs été tenté sur une génération antérieure ; écoutons ces paroles
(1) Lib. Confess.
(2) Tôt doctrinas esse quot mores : tôt fides existere quot voluntates. (Ad. Const.} Lib. II. )
d'un des principaux maîtres en incrédulité : « Nousavons détruit la religion au nom de la philosophie,, dans l'espoir que la philosophie suffirait à conduire l'humanité dans les voies de l'ordre ; nous nous sommes trompés. Le frein religieux étant détruit et la philosophie étant impuissante, il ne reste plus d'autre moyen de maintenir l'ordre que le despotisme de la loi » (i).
Bien frêle barrière, N. T. C. F., trop faible digue pour arrêter le torrent des passions! A qui fera-t-on croire, en effet, que la loi seule, même avec la force publique chargée de la faire exécuter, puisse suffire à maintenir l'ordre et la paix dans la famille et dans l'Etat ? Ne verra-t-on pas se reproduire le triste spectacle que nous dépeint Salvien dans son énergique langage : « Laissant un libre cours à leurs penchants, les hommes aiment mieux abandonner la loi qui les condamne que leur vie qui est condamnée : mavult quilibet improbus execrari legem quant cmendare mentem. Ils aiment mieux tourner leur haine du côté des préceptes que du côté de leurs vices: mavult prœcepta odisse quant vitia » (2).
Les leçons de l'histoire sont là pour confirmer ces considérations: nous voyons partout la décadence des mœurs, la progression des désordres, l'instabilité des Etats suivre irrévocablement l'affaiblissement ou l'extinction des croyances. Malheur donc aux peuples qui ne présentent — dans l'éducation — aux jeunes générations qu'une morale vague, stérile, dépouillée de son caractère divin : ils sont condamnés à s'en
(1) Jouffroy.
(2) Salvian., Adv. Avar., Lib. IV.
aller, comme par une irrésistible pente, à la décomposition, à une ruine irrémédiable. Ne serait-il pas opportun, à l'heure présente, de rappeler le courageux avertissement que donnait à son pays, du haut de la tribune nationale, un orateur épouvanté des ravages exercés par une éducation sans religion: « Vous avez renversé toutes les notions de la morale en ravalant l'homme au niveau de l'être qui n'obéit qu'à l'instinct ; vous avez enfanté tous les crimes en détruisant les idées religieuses » (i) ?
La dévastation de l'empire romain par les barbares arrachait un jour au patriotisme de saint Jérôme ce cri de détresse : « Ce qui fait la force des envahisseurs, ce sont nos péchés: peccatis nostris Barbari fortes sunt » (2). Nous aussi, N. T. C. F., en voyant la dévastation de la foi, qui déjà se fait aujourd'hui et qui peut-être va s'accentuer plus encore demain, dans le cœur des générations qui s'élèvent, nous sentons le besoin de le dire avec toute la liberté de notre ministère apostolique : ce qui enhardit l'audace des ennemis de la Religion, ce qui facilite leur funeste propagande, c'est notre indifférence et notre apathie; ce qui assurerait le succès des écoles sans Dieu, ce seraient nos lâchetés et nos faiblesses.
Hélas ! combien de chrétiens sans fermeté, sans courage, gémissent en silence de voir méconnus et lésés leurs droits les plus certains, et qui cependant se laissent enlacer dans les pièges du nouveau système d'éducation ! Combien de pères de famille condamnent, dans le secret de la conscience, toute atteinte
(1) Mercier, Discours au Corps législatif, an IV de la Rép.
(2) S. Hieron.
portée à leur liberté, et que des questions d'avenir et d'intérêt temporel entraînent à des compromis sans honneur, à des transactions dont la foi de leurs enfants est le prix ! Oublier ainsi les intérêts de l'âme, n'est-ce pas abdiquer le devoir le plus sacré de la paternité? n'est-ce pas étouffer les plus pressantes réclamations de la conscience ? n'est-ce pas tomber sous le coup des reproches les plus légitimes de l'Eglise ? n'est-ce pas s'exposer au jugement le plus rigoureux devant le tribunal de Dieu ? C'est sur les pères de famille assez imprudents pour confier leurs enfants à des maîtres irréligieux que tombe — comme un sanglant stigmate — la dure qualification de saint Bernard : « Non parentes sed peremptores » (i). Ce ne sont plus des pères, ils ont trahi leur paternité ; les plus dangereuses passions dévastent les jeunes âmes dont Dieu les avait constitués gardiens et protecteurs, ils ne doivent accuser qu'eux-mêmes : la foi est totalement éteinte dans le cœur de ces êtres si chers, ce sont eux qui l'ont tuée.
Vainement donc, N. T. C. F., les écoles anticatholiques vous ouvriraient leurs portes au nom de la propagation de la science et du progrès intellectuel; il y a pour vous une obligation de conscience d'en tenir vos enfants constamment éloignés, comme d'une atmosphère malsaine où Ton respire la mort (2).
Vous ne voudrez pas forfaire à ce devoir, pères et mères de famille qui, — malgré la guerre faite au Christianisme et les défections d'un grand nombre d'âmes, — avez le bonheur de conserver encore intact
(1) S. Bernard. IL Hom. sup. Mïssus est.
(2) Ejusmodi scholas Catholica? Ecclesiœ adversas haud posse in conscientia iïequentari. (Pie IX, Epist. ad Avchicp. Friburg.)
le précieux héritage de la foi. Considérez la grandeur et les responsabilités de votre mission : vous êtes auprès de vos enfants les images visibles de la Providence. Ce n'est point assez de vous ingénier chaque jour à trouver de nouveaux moyens de défendre et de protéger dès le berceau leur fragile existence ; ce n'est point assez d'écarter avec une vigilance dévouée tout ce qui peut nuire, dans la vie physique, à ces êtres délicats et frêles, ou plutôt à ces tendres fleurs, qu'un rayon de soleil trop brûlant ou une bise trop glaciale peut, en un instant, étioler ou flétrir. Votre sollicitude la plus attentive, vos soins les plus prévoyants doivent être réservés pour leur âme. A vous de la former, cette âme, de la développer, de l'élever; à vous donc de cultiver l'intelligence par l'instruction profane et de faire de vos enfants, si vous le voulez, des savants. Mais, gardez-vous de l'oublier, vous devez en faire, avant tout, de nobles cœurs, des caractères honorables, des hommes de foi et de conscience, de courage et de sacrifice, en un mot, de vrais enfants de Dieu, des chrétiens. Or, comment atteindre ce but, sinon avec le concours de la Religion et par l'initiation à la connaissance des vérités du Christianisme ?
Ecoutez la recommandation solennelle que vous adresse, avec sa haute autorité, notre grand Pape Léon XIII (i) : « En vertu de notre ministère pastoral, dit l'auguste Vicaire de Jésus-Christ, sous l'impression de tristesse que lui cause la fondation des écoles sans Dieu, nous devons rappeler à tous les parents catholiques le devoir très grave que la loi naturelle
(i) Léon XIII, Lettre cm Cardinal- Vicaire } 25 juin 1878.
et la loi divine leur imposent d'enseigner à leurs enfants les vérités surnaturelles de la foi ».
Or, saint Jean-Chrysostôme a dit que le livre par excellence des enfants, ce sont les lèvres de leurs parents : «Libri infantium labia parentum ^> . L'enfant recueille avec respect et conserve avec amour les enseignements tombés du cœur d'un père et d'une mère ; son âme tressaille au son plein de charmes de leur voix aimée, et les premières impressions reçues à l'entrée de la vie, il les conserve, à travers les épreuves du chemin, jusqu'au terme du voyage, jusqu'au tombeau. Il faut donc que le foyer soit la première école religieuse. C'est aux parents de faire naître, par la science chrétienne, les croyances de leurs enfants ; c'est à eux de les asseoir sur des bases si solides que les attaques de l'impiété et de la fausse science ne puissent les ébranler : toujours ferme est la foi, quand elle est éclairée.
Commencez donc vous-mêmes, et de bonne heure, à inculquer à vos enfants les connaissances élémentaires de la religion : les germes déposés par vos leçons dans leurs jeunes intelligences se féconderont sous la vivifiante chaleur de votre affection ; elles s'épanouiront pour votre joie et pour votre bonheur. < Erudi filium et refrigerabit te, et dabit delicias animce tuœ » (i). Certes, il ne faut pas le perdre de vue, pour l'enseignement religieux le précepteur officiel, c'est le prêtre ; le père et la mère ne sont que les initiateurs providentiels. Mais, en ces jours troublés, ce noble mandat ne s'impose-t-il pas à eux plus que jamais ? Oui, N. T. C. F., le décliner serait une dan-
(i)Prov.} XXIX, 17.
gereuse imprudence. A peine l'enfant quitte-t-il le foyer pour se mêler au monde, qu'à chaque pas il voit nos dogmes travestis, nos mystères tournés en ridicule, l'Évangile et l'histoire de l'Église dénaturés. Combien donc est-il indispensable que, par un enseignement proportionné à son âge, ses parents lui apprennent, dès ses tendres années, à se rendre compte de sa foi en même temps qu'à démasquer les ruses et les pièges de l'impiété ? Or, il est un livre qui renferme, dans un merveilleux résumé, le programme complet de la science religieuse ; un livre qui ne laisse sans réponse, dit Jouffroy, aucune des grandes questions qui intéressent l'humanité : tout problème y est résolu, toute vérité élucidée. Les leçons qu'il contient, bien que profondes, sont toujours lumineuses et simples ; et toujours tempérées, bien que sublimes, sont les lumières qu'il apporte.
Prenez en main le catéchisme, parents chrétiens, et, à l'aide de cet incomparable petit livre, jetez comme une semence dans la raison naissante de vos enfants la science sacrée. Parlez-leur de Dieu, de sa vie, de ses perfections, de la création, œuvre de sa toute-puissance et de sa liberté. Éclairez-les sur leur origine et leur fin , sur les contradictions de leur nature, sur la chute et sur la Rédemption; faitesleur connaître Jésus-Christ, le Dieu fait homme, mort sur une croix, victime pour nos péchés, et réparateur de nos ruines; donnez-leur la notion de l'Esprit- Saint, lien des personnes divines, sanctificateur des âmes ; faites-les assister à la fondation de l'Église, mettez en leur mémoire les faits principaux de l'histoire de cette société au sein de laquelle le Sauveur perpétue sa mission réparatrice par l'enseignement
de la vérité et la dispensation de la grâce ; en un mot, expliquez - leur le Symbole avec la beauté de nos mystères et la lumière de nos dogmes, le Décalogue et les lois de l'Église avec leur action mora" lisatrice dans le monde, et ainsi, allumé en leur âme par vos leçons, entretenu par vos exemples, le flambeau de la foi projettera sur leur vie les plus pures clartés, et résistera, même dans les jours les plus mauvais, au souffle dévastateur de l'irréligion.
Direz-vous, N. T. C. F., que cet enseignement est trop élevé, et qu'il sera temps d'instruire 'vos enfants, quand l'âge aura mûri et développé leur esprit? Mais ne savez-vous pas qu'il y a entre les vérités de la Foi et l'âme baptisée du jeune chrétien une mystérieuse affinité ? Croyez-vous qu'il soit sage d'attendre l'heure des tempêtes pour offrir au cœur humain une digue contre le flot des passions ? Prétexterezvous que les lumières et les loisirs vous manquent pour remplir les fonctions de catéchistes ? A l'heure qu'il est, je le sais, vous rencontrez encore des instituteurs pleins de foi et de conscience, auxquels je suis heureux de rendre hommage, et qui sont fiers de vous suppléer dans les premiers soins de l'instruction religieuse; mais, demain, n'est-il pas à craindre que ces dignes suppléants, ces intermédiaires zélés entre le prêtre et la famille, vous soient enlevés?
C'est donc à vous, et ce devoir prime tous les autres, c'est à vous d'être au foyer les préparateurs de l'enseignement donné à l'église .par vos pasteurs; et, pour arriver à ce but, vous devez résolument tra- A^ailler à réveiller dans votre mémoire, ou plutôt à apprendre à nouveau ce que vous avez eu le malheur d'oublier, et ainsi correspondrez-vous aux desseins
de Dieu, qui vous a établis les premiers apôtres de vos enfants (i).
Les fondements de l'édifice spirituel une fois posés par l'enseignement du foyer, le prêtre arrive pour développer et couronner l'œuvre. A vous, N. T. C. F., de seconder le dévouement et le zèle de vos pasteurs, si malheureusement entravés et paralysés ; à vous d'envoyer exactement vos enfants au catéchisme. Quand ils auront recueilli, au pied de l'autel, les leçons tombées de « cette tribune modeste et savante qu'abrite votre clocher » (2), vous aurez la consolation de les voir grandir dans l'amour de Dieu et la pratique de sa loi ; vous aurez concouru à éclairer, à sanctifier leur âme ; votre récompense ne se fera pas attendre ; ils réaliseront vos espérances et seront « votre joie et votre couronne » (3).
Mais, peut-être, en essayant aujourd'hui de vous prémunir contre l'enseignement de la ligue antichrétienne, allons-nous nous attirer le reproche si souvent adressé à l'Eglise et au Clergé ? Peut-être va-t-on nous accuser d'être ennemi des lumières et d'avoir peur de l'instruction ? Ce serait nous méconnaître et nous calomnier. O hommes qui arborez si fièrement le drapeau de la science, ce drapeau, c'est le nôtre. Avec l'Eglise, nous proclamons que « l'ignorance est l'origine de tous les maux, surtout parmi ceux qui sont livrés au travail manuel » (4). Suivant
(l) Pater filiis notam faciet veritatem tuam. (Is., XXVIII, 19) (2j M. de Salvandy.
(3) Vos gaudium meum et corona mea. (S. Paul. Ad Philip., IV, 1.)
(4) Ignorantia omnium origo malorum, praesertini in eis qui fabrili operœ dediti sunt. (Benoit XIII, Bulle d'approbation de l'Institut des Frères).
les recommandations des Conciles, nous sommes disposé à faire tous les sacrifices nécessaires pour fonder, s'il est besoin, des écoles catholiques semblables à celles que notre vénéré Prédécesseur a créées avec le concours d'hommes généreux et zélés, des écoles dans lesquelles, avec l'enseignement religieux, soit dispensée l'instruction la plus soignée et la plus étendue (i). Jamais nous ne saurions consentir à proscrire la science et à la condamner. Multipliez donc vos chaires de pédagogie, fondez partout de nouvelles écoles, élargissez le cadre de vos programmes, cultivez, développez l'intelligence par les connaissances les plus variées, faites des lettrés, des érudits, des calculateurs, des industriels, des mécaniciens, des économistes, des savants de toute sorte, nul plus que nous n'applaudira à vos efforts et n'encouragera vos succès, mais à la condition toutefois qu'à la culture de l'esprit vous joindrez la formation du cœur. L'instruction qui n'a pas son contre -poids dans la connaissance de Dieu et de sa religion, l'instruction en dehors de Jésus- Christ et de son Évangile ne peut que multiplier les occasions de chute et les naufrages de la vertu. Ecoutez la voix souveraine du Pontife illustre qui préside au gouvernement de l'Église : « On ne peut pas renouveler sur l'enfant, dit Léon XIII, le jugement de Salomon, et le partager cruellement d'un coup d'épée qui sépare son intelligence de sa volonté Celui qui dans l'éducation concentre tous
(i) Episcopi per suas diœceses veteres scholas instaurent et, ubi desunt, omnera operam dent ut aperiantur ad instituendam 4uventutem in bonis disciplinis. [Ex Concil. Rotomag. 158 1.)
ses efforts sur la culture de l'esprit et néglige la volonté, parvient à faire de l'instruction une arme dangereuse dans la main des méchants » (i).
Un philosophe chrétien de notre siècle a dit qu'il ne faut jamais désespérer du salut d'un peuple, parce que, les générations se succédant sans cesse, il suffit d'en former une seule à la vertu pour changer les mœurs d'une nation. Pouvons-nous espérer voir se réaliser la parole encourageante de M. de Bonald ? Bien effrayant est le complot de la secte antichrétienne ! Si, ce qu'à Dieu ne plaise, les écoles sans Dieu venaient à se propager, ce serait à nous catholiques de nous réunir pour fonder d'autres écoles où notre chère jeunesse, sous le souffle inspirateur de la religion, pût recueillir des idées d'ordre, de devoir, de vertu, de sacrifice, d'honneur, de patriotisme. Ainsi se forment les hommes aux convictions solides, au caractère énergique, au dévouement généreux, capables de devenir le soutien et la force de leur pays. Il n'y a pas de moyen plus efficace que l'éducation religieuse pour régénérer un peuple et préparer sa vraie grandeur.
(1) LÉON XIII, Lettre au Cardinal-Vicaire, 25 juin 1878.