‹ Œuvres choisies (volume 4)Chapitre 7 sur 41 · JOUBERT · texte numérisé non relu

JOUBERT

veulent; qu'ils se gardent bien d'en faire confidentes les consciences des enfants. Qui ne devine les suites des ravages exercés dans les jeunes âmes par des doctrines malsaines, par des enseignements contraires à la foi catholique ?

Le temps n'efface pas, N. T. C. F., les impressions reçues à l'aurore de la vie. Si l'on étouffe, en son germe , la vertu au cœur de l'enfant, on ne peut espérer la voir s'épanouir aux heures difficiles de la jeunesse. L'oracle de l'Esprit-Saint se réalise : « Le jeune homme suit sa voie et ne s'en écarte pas, même aux jours de sa vieillesse. Adolescens juxta viam suant) etiam cum senuerit non recedet ab ea » (1). Si donc, sur les bancs de l'école, vous lui enlevez l'idée religieuse, frein de ses passions , appui de sa vertu, attendez-vous à le voir, dans la vie publique, impatient du joug, secouer toute autorité et afficher sans pudeur le mépris du devoir. Qu'une génération tout entière ainsi élevée vienne à remplacer la nôtre, quelle sera la conscience nationale ? Prêtons l'oreille au langage d'un prophète des anciens jours : Il s'est trouvé des hommes, dit Isaïe, pour ébranler les bases de la morale ; ils en ont violé les lois : « transgressi siint leges »(2); ils ont changé la notion de la justice, l'idée véritable du droit, la jurisprudence du devoir :« mutaverunt jus »(3). Par un sacrilège divorce, ils ont rompu l'alliance avec Dieu, principe éternel de tout bien : « dissipaverunt fœdus sempiteriium » (4),

[ï)Prov., XXII, 6.

(2) Is., XXIV, 5.

(3) Id., XXIV, 6.

(4) Id, XXIV, 5.

et , au lieu de « faire boire aux enfants des eaux vives », ils leur ont enseigné une «morale qui ressemble à une eau qui n'a pas de source » (i).

Leur pays sera infecté par la dissolution de ses habitants : « Terra infecta est ab habitatoribus suis » (2) ; tel est le malheur, N. T. C. F., dont la sombre perspective s'ouvre aujourd'hui aux regards les moins clairvoyants. Déjà, dans les classes laborieuses de nos villes, nous constatons, avec de lamentables désordres, d'implacables haines et d'effrayantes revendications. Que l'action néfaste de l'enseignement irréligieux de certains manuels s'exerce quelques années sur les âmes des enfants de nos villages, et nous serons condamnés à pleurer sur l'extinction de la foi chrétienne au sein de notre bon peuple des champs et des montagnes. Avec la Religion disparaîtront l'honneur du mariage, les vertus du foyer, l'ordre moral des familles, le courage héréditaire, seul espoir de l'avenir. Vous les verrez, ces populations encore relativement saines, sans ressort pour relever la tête vers le Ciel, se river à la terre, maudire la loi du travail et des privations, et réclamer brutalement à la société leur part de jouissances.

Oh ! qu'ils sont imprudents et aveugles les hommes qui prétendent remplacer, dans l'éducation, par les pénalités de la justice humaine la religieuse discipline de la conscience chrétienne ! Ne reçoiventils pas déjà leur punition, ces fiers patriotes (3), dans

(1) Joubert.

(2) Is., XXIV, 5.

(3) « Pour les nobles, il n'y avait point de patrie. . . Les nobles avaient encore moins de patriotisme que de bravoure.... Le roi ne savait pas plus que les nobles ce qu'est la Patrie L'idée

la secrète joie que ressentent les ennemis de la France, en voyant entre leurs mains les jeunes générations appelées à défendre la patrie et à la venger de ses désastres ?

« L'époque où les idées religieuses disparaissent de l'âme des hommes est toujours voisine de la perte de la liberté » (1). Ce témoignage peu suspect d'un publiciste étranger à la cause catholique trouve son application constante dans l'histoire. Ne voyonsnous pas les nations les plus glorieuses de la Grèce et de l'Italie tour-à-tour florissantes ou en déclin, suivant que grandit ou s'éteint, au fond des cœurs, le sentiment religieux ? César avait son plan, quand il sapait les derniers restes des croyances de Rome, et ses projets ambitieux n'échappaient pas à la sagacité du vieux Caton (2). Défiez-vous, N. T. C. F., de ces vils flatteurs qui ne se plaisent dans leurs livres qu'à exalter vos droits, sans vous parler des droits de Dieu ; soyez sûrs qu'ils ne vantent la liberté que pour mieux vous écraser sous le joug de la tyrannie. Que, par leur traduction infidèle de l'histoire, par la complaisance de leur facile morale, par leur habile exploitation d'une fausse science, ils arrivent à leurs fins, ils parviendront à consommer la ruine de cette civilisation chrétienne que nous avons reçue de nos aïeux, comme le plus précieux héritage d'honneur. Ce n'est point assez pour leur ambition et leur haine de rendre, par leurs doctrines impies, la génération

de la Patrie date de la Révolution ». (Paul Bert, Ioc. cit.. p.153).

(1) Benjamin Constant.

(2) Sin in tanto omnium metu solus non timet, raagis refert me mihi atque vobis timere . (Sallust., Catilina, Discours de Caton).

actuelle étrangère à l'Evangile, ennemie de l'Église catholique: ils ne sont pas disposés à s'arrêter dans la voie de la criminelle violation du domaine sacré des consciences ; ils aspirent, n'en doutez pas, à écrire dans la loi, comme les Césars du Bas-Empire, l'édit de proscription: «Non licet esse vos». A les lire, à les entendre, l'heure du triomphe définitif approche ; ils annoncent les funérailles de l'Église et commandent son cercueil.

Ah ! N. T. C. F. , s'il arrivait qu'un jour — que « le Christ qui aime les Francs » ne le permette jamais ! — s'il arrivait qu'un jour le flambeau de la Foi vînt à s'éteindre parmi nous, et que notre sainte Religion méconnue, conspuée, chassée, s'exilât de notre sol pour aller porter à une terre moins ingrate ses consolations et ses bienfaits, nous vous le demandons : serait-il assez déshonoré, ce sol, dont les maîtres auraient anéanti le dernier vestige des droits sacrés de l'âme, garrotté sans merci la sainte liberté de la conscience ? Porterait-elle au front un signe assez ignominieux, cette glorieuse et bien -aimée France, dont les théoriciens, devenus despotes, auraient proscrit la vérité, la vertu, Dieu même ?

« L'anarchie, disait il y a quelques années un écrivain politique de renom, l'anarchie, la décadence, le despotisme sont le châtiment des peuples qui, dans l'enivrement de leur souveraine puissance, ne connaissent plus de frein » (i).

(1) ARNAUD de l'AriÈGE, Indépendance des Papes et droits des peuples.

Nous avons fait notre devoir en dénonçant le péril. A vous, N. T. C. F., de faire le vôtre en l'évitant. O vous donc qui, sous le noble nom d'instituteurs et d'institutrices, suppléants et mandataires des familles chrétiennes, exercez dans les écoles publiques les laborieuses fonctions de l'enseignement primaire, si, malgré les entraves opposées à votre foi, vous tenez à rester les disciples du Dieu qui vous a baptisés dans son sang, écoutez la voix de l'Eglise votre mère, soumettez-vous à son autorité, et, quels que soient les agissements occultes, les ténébreuses pressions que vous ayez à subir, enlevez, sans hésitation et au plus tôt, des mains des enfants qui vous sont confiés les livres condamnés comme dangereux. Qu'ils ne paraissent plus à l'avenir dans vos écoles, où, sans doute, ils n'ont été admis que parce que votre bonne foi a été surprise. Gardezvous de croire pourtant qu'en vous rappelant cette obligation de conscience, nous venions vous prêcher l'abandon de vos devoirs professionnels et la désobéissance à la loi. C'est au nom de cette loi ellemême, c'est au nom de vos supérieurs hiérarchiques, chargés d'en interpréter et la lettre et l'esprit et d'en réglementer l'application, que nous vous adressons cette exhortation. La loi a établi la neutralité : c'est donc pécher contre la loi que d'admettre les manuels condamnés, car c'est faire acte d'hostilité contre la religion de l'immense majorité et souvent de la tota-

lité des enfants que vous avez à instruire. Le Conseil supérieur de l'Instruction publique a déclaré que « le maître devra éviter, comme une mauvaise action, tout ce qui, dans son langage et son attitude, blesserait les croyances religieuses des enfants confiés à ses soins ». Que font ces livres élémentaires d'instruction morale et civique, sinon porter atteinte à la Foi chrétienne et à la pratique de son culte?

Écoutez le rapport qu'adressait aux Consuls, en l'an ix, leur délégué Fourcroy, sur sa mission dans les départements de la 14e division militaire : « Les institutrices n'ont plus la confiance des habitants, non plus que la majorité des instituteurs... Il paraît certain que le défaut d'instruction sur la Religion EST LE MOTIF PRINCIPAL OUI EMPÊCHE LES PARENTS d'envoyer LEURS ENFANTS A CES ÉCOLES. On préfère les envoyer chez des maîtres particuliers, que Ion aime mieux payer, parce qu'on espère y trouver une meilleure instruction, des mœurs plus pures et des principes de religion auxquels on tient beaucoup » (1). Puisse ce témoignage officiel — conservé par l'histoire — vous servir de leçon et inspirer votre conduite ! Puissent votre courage et v^otre zèle empêcher que l'avenir ne soit la trop fidèle reproduction du passé !

Et vous, ô parents chrétiens, mesurez la gravité du péril que court la foi de vos enfants ; c'est à vous que Dieu a confié ces jeunes âmes ; imprescriptibles sont vos droits, mais aussi indéniables vos respon-

(1) Rocquàix, État de la France ait- 18 brumaire, p. 194. (Texte cité dans le remarquable travail de Ch. de Lacombe sur V Enseignement civique dans les écoles publiques.)

sabilités. Ecoutez la voix du Pontife suprême, quir à l'imitation de la Divine Charité, ne frappe que pour convertir et ne menace que pour sauver (i). Écoutez la voix de votre Évêque, qui porte au cœur le plus tendre, le plus paternel amour pour l'enfance dont il a la garde. Ecoutez la voix de vos Pasteurs, qui sont « dans l'angoisse » en voyant « scandalisés les petits qui croient en Jésus-Christ », leur Sauveur, Écoutez la voix de la Religion, qui vous confie ses douleurs et vous supplie d'éloigner de vos enfants des livres qui conspirent sa ruine. Ecoutez la voix de la Patrie, qui, en plaidant la cause de la raison, de la conscience, de la civilisation, plaide la cause même de son avenir. Écoutez la voix du foyer sacré de la famille, qui vous adjure de sauvegarder ses traditions de vertu, de probité, de justice, d'honneur, de paix, de piété chrétienne. O pères, ô mères,

écoutez votre cœur et les craintes qui nous

obsèdent s'allégeront, et il nous sera permis de nous consoler en ouvrant la Sainte-Ecriture pour y entendre Job raconter, quatre mille ans à l'avance, le dénouement de la conjuration des éducateurs positivistes : « Ils disent à Dieu: Retirez-vous de nous,

nous ne voulons point connaître vos voies Ils

deviendront comme la paille que le vent emporte et comme la poussière qu'entraîne le tourbillon. Qui dixerunt Deo : Recède a nohis, scient la m via ru ni tuaruni nolumus... Erunt sicut paleœ antefaciem venti, et sicut f avili a quam turbo dispergit » (i).

(i) Rigorem salutis humanœ (Ex. Concil. Meld.). {l)Job, XXI, 14 et 18.

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