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LE MARIAGE CHRÉTIEN ET LA LOI SUR LE DIVORCE

(2 février 1885).

NOS TRÈS CHERS FRÈRES

Vigilant est le pilote qui ne veut pas encourir la responsabilité d'un naufrage. Embrassant du regard et le ciel et les flots, il est toujours prêt àjeter le cri d'alarme, dès qu'il voit s'approcher l'écueil ou se former l'orage. Ainsi doit être constamment en éveil la sollicitude de l'Evêque. Défenseur de la Cité sainte et, suivant la belle expression d'un grand pape du moyen âge, « Chevalier de l'Église du Christ et du suprême Monarque », c'est à lui d'être toujours sur la brèche, armé du glaive de la parole divine, pour repousser les assauts de l'ennemi. Apôtre de la vérité, Pasteur des âmes, c'est à lui par ses enseignements, qu'ils tombent de ses lèvres ou prennent corps sous sa plume, de signaler les périls, de démasquer les pièges, de dénoncer Terreur, sous peine d'être complice de la perte des fidèles confiés à ses soins.

Or, à quelle heure de l'histoire, N. T. C. F., ce devoir sacré fut-il et plus rigoureux et plus pressant? Sous l'invasion d'un naturalisme sans frein, la nuit s'est faite dans les âmes, « les vérités sont dimi-

LETTRES PASTORALES 8l

nuées » (i), la notion même de Dieu s'affaiblit, le sens moral s'oblitère graduellement et les consciences affaissées, endormies, paralysées semblent ne plus savoir distinguer le bien du mal. C'est donc vraiment à nous que s'applique l'injonction faite autrefois par Dieu à son prophète : < Clama, ne cesses; criez et ne vous lassez pas » (2). C'est à nous, non moins qu'aux évêques de son temps, que s'adresse la recommandation de saint Grégoire VII, « ce géant des batailles de la foi » (3) : « Défendez vaillamment les points de doctrine attaqués et que votre attitude témoigne, en tout et devant tous, de la noble indépendance de votre âme et de la sainte liberté de votre parole » (4).

Depuis longtemps, vous le savez, N. T. C. F., une littérature malsaine et sans pudeur s'acharnait à miner par la base la sainte institution du mariage. Plaçant la vertu dans la liberté des penchants et le vice dans la loi qui les enchaîne, les romanciers dans leurs livres, les publicistes dans leurs brochures ou leurs feuilles périodiques, les dramaturges au théâtre travaillaient avec une sorte d'émulation sacrilège à flétrir, comme une odieuse tyrannie, le lien sacré des époux et à tourner en ridicule leur affection, leurs devoirs, leur honneur. C'était à qui réussirait le

(i) Ps., XI, 2.

(2) Is., LVIII, 1.

(3) Montalembert, Les Moines d'Occident, t. VII.

• (4) Ita agite, ita vos habetote ut quam sit vobis libéra mens et lingua ostendatis. . sicut strenui milites [Epist , II, 5).

mieux à enrôler sous la bannière de la liberté, ou plutôt de la licence, les martyrs découragés de l'ennui, les victimes dégoûtées de la contrainte.

Mais quel n'a pas été Fan dernier notre surcroît de douleur! Est-ce pour donner un corollaire pratique à ces lamentables doctrines? Est-ce pour imiter ces prétendus sages du paganisme « qui avaient égard dans leurs lois, dit un judicieux penseur (i), à la commodité des peuples, dont ils évitaient de contrarier les habitudes et les mœurs ï ? Est-ce pour affirmer le principe naturaliste de l'autorité de l'Etat sur le lien matrimonial ? Nous n'avons pas à le rechercher ; nous nous bornons à constater qu'il s'est trouvé récemment dans notre chère France, « la nation très chrétienne », des législateurs plus soucieux d'ajuster les dispositions nouvelles qu'ils voulaient édicter à la légèreté des esprits que de redresser (2) la déviation des cœurs. Une atteinte a été portée à l'indissolubilité du lien des époux par la promulgation d'une loi sur le divorce. Or cette loi, N. T. C. F., n'est pas seulement contraire aux enseignements de la foi et attentatoire aux droits de l'Église : c'est une violation implicite du libre exercice de la Religion, écrit dans notre Code et sanctionné par le Concordat ; c'est une porte ouverte aux passions; c'est un préjudice grave causé aux vrais intérêts de la famille et de société. Vous le comprendrez facilement, quand nous vous aurons exposé la doctrine catholique sur la sainteté et l'indissolubilité du mariage.

(1) Joubert, Pensées.

(2) Nos in rectum natura juvat, si emendari volumus S. Greg. VII Epis:., II, 5).

L'union des époux n'est pas, comme le prétendent les adeptes de l'École naturaliste, une associati on vulgaire et profane, une simple stipulation sur les intérêts passagers de ce monde, une convention incertaine où la terre seule intervient avec la volonté de l'homme pour fondement, un contrat synallagmatique basé sur les garanties d'une législation mobile et changeante, une société temporaire qu'un caprice fait naître et qu'un caprice peut dissoudre. C'est une alliance sacrée, indissoluble, instituée par Dieu luimême au berceau du monde, cimentée par sa parole souveraine et créatrice, et dont le type nous est offert, au jardin des délices, en la personne de nos premiers parents.

A partir de son institution, l'union de l'homme et •de la femme, dit notre grand pape Léon XIII dans son admirable Encyclique sur le mariage chrétien, porte deux qualités d'une nature très élevée et qui forment comme son empreinte spéciale : I'unité et la perpétuité. Oui ne le sait d'ailleurs ? Ce double caractère est nettement confirmé dans l'Evangile par la suprême autorité de l'Homme-Dieu. «Maître, viennent dire à Jésus - Christ les Pharisiens, non sans une intention perfide, est-il permis à l'homme de renvoyer sa femme pour quelque raison que ce soit? » Et le Sauveur répond : « N'avez-vous point lu que -celui qui a créé l'homme l'a fait homme et femme, et qu'il a dit : A cause de cela, l'homme laissera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils

seront deux dans une seule chair. Ainsi ils ne sont pas deux, mais un. Que l'homme ne sépare donc point ce qui a été uni par Dieu. Quod ergo Deus conjunxit homo non separet »(i).

Vous le voyez, N. T. C. F., à la question captieuse des Pharisiens Notre-Seigneur oppose une réponse claire, précise, formelle. Il montre que, l'homme et la femme une fois unis de par la volonté de Dieu, le lien nuptial est si étroitement serré qu'aucune puissance au monde n'a le droit de le dénouer ou de le rompre.

Le Sauveur a donc rétabli l'unité et l'indissolubilité primitives du lien nuptial; nul esprit loyal ne saurait en douter. Écoutons d'ailleurs letémoi<nia£e irrécusable de saint Paul écrivant aux fidèles de Corinthe : A ceux qui sont unis parle mariage je prescris, ou plutôt c'est le Seigneur lui-même qui l'ordonne, que la femme ne se sépare point de son mari et, si elle s'en sépare, qu'elle reste chaste ou se réconcilie avec son époux »; et le grand Apôtre ajoute : La femme est enchaînée à la loi, tant que vit son mari : si celui-ci vient à mourir, elle reste libre » (2).

Voilà le mariage tel qu'il a été conçu et institué par Dieu: c'est l'union intime de deux êtres, qui se donnent l'un à l'autre et mêlent leur nom, leur sang, leur cœur, pour faire de conserve le voyage de la vie, avec l'espérance de se survivre en des images bénies, en des enfants aimés; c'est la mise en commun de deux âmes, se jurant un amour que rien ne viendra altérer ni trahir, sous la garde de Celui-là même qui tient en

(1) S. Matth., XIX, 3-6.

(2) I. S. Paul. Ad Cor., VII, 10 et 11.

ses mains l'empire des cœurs, sous la garde de Dieu intervenant comme témoin, comme juge, comme com-écrateur de la foi jurée, comme éternel rémunérateur de la fidélité inviolée (i).

O admirable économie du plan divin ! L'alliance des époux, par son lien perpétuel, est un reflet lointain d'une autre union invisible et toute céleste. Il y a, en effet, des noces ineffables auxquelles toute créature humaine est prédestinée : ces noces-là se préparent sur la terre, mais elles doivent se célébrer plus haut que la terre. Un jour viendra, qui doit -clore la série des jours d'ici-bas, où l'amour que Dieu a allumé dans le cœur de l'homme reprendra la route qui le ramène à son principe. L'âme et l'auteur de l'âme ne feront qu'un dans l'unité d'une béatitude qui ne finira point. La gloire du mariage, dans son institution primitive, c'est de représenter sur la terre l'union future de l'âme et de Dieu dans le Ciel.

Mais nous ne sommes encore, pour ainsi parler, N. T. C. F., que sous le portique du temple : si grand que soit le contrat nuptial institué par Dieu au jardin de l'innocence, incomparablement plus grand encore est-il, depuis que Jésus-Christ en a fait un sacrement de sa Religion sainte.

Tel est, en effet, l'enseignement des Conciles et de la tradition de l'Église universelle. Contentons-nous

(1) Deus in cujus solius manu est cordis potestas .. quo jungente nemo dissolvet... [Liturgie sua é

de recueillir la déclaration des Pères assemblés à Trente : « Jésus-Christ, l'auteur des sacrements, nous a mérité par sa Passion une grâce qui purifie, perfectionne l'amour des époux et affermit leur indissoluble union, en les sanctifiant eux-mêmes. C'est ce que donne à entendre saint Paul, lorsqu'il dit : « Epoux. « aimez vos épouses comme Jésus -Christ a aimé « l'Église, en se sacrifiant pour elle, alin de la sanc- « tifier », et l'Apôtre ajoute : « Ce sacrement est grand. « je le dis, en Jésus-Christ et dans l'Église » (i).

Quelle sublime théologie, N. T. C. F. ! Le mariage chrétien nous apparaît ici sous son vrai jour et dans toute sa beauté, tout à la fois symbole et force, représentation vivante, s}Tmbole fidèle de l'union la plus auguste qui ait honoré ce monde, et source féconde, canal céleste qui fait arriver, dans l'âme des époux bien préparés, des flots de grâce pour toute la durée de l'existence.

Les sectaires naturalistes qui, suivant le mot de saint Paul, « n'ont point de Dieu ni de Christ en ce monde » (2), ont beau envisager le mariage, ils n'y aperçoivent aucun sens mystérieux. Ils n'y découvrent que des réalités vulgaires, des nœuds terrestres comme les intérêts et les sentiments qui les forment ; et, contre les passions qui menacent le foyer, contre les mécomptes et les désenchantements inévitables de la vie de cette terre, ils n'ont en face d'eux que la volonté d'aujourd'hui, courant le risque de céder devant la volonté de demain.

Tout autres sont les pensées de la foi : nous savons.

(1) Ex Concil. Trident., XXIV.

(2) S. Paul. Ad Ephes., II, 12.

nous chrétiens, que le Fils de Dieu s'est choisi icibas une épouse, la société des âmes, l'Église. Nous savons qu'il lui a juré un amour sans partage, en sorte qu'il n'aura qu'une seule épouse ; un amour inviolable, qui a été à l'abri des vicissitudes dans les siècles passés et que les siècles à venir ne verront jamais se démentir ; un amour pleinement dévoué, puisque, pour elle, il s'est immolé au Calvaire et qu'elle dispose de ce qui est à lui et surtout de luimême.

Jésus-Christ et l'Église ont déjà été préfigurés, au commencement des temps, dans la première alliance nuptiale. En façonnant le premier Adam, Dieu offrait au monde une ébauche du type parfait qu'il avait sous les yeux, de l'Adam futur, de Jésus-Christ, « forma futuri » (i). En creusant le flanc du premier homme pendant son sommeil dans les régions voisines de son cœur, en détachant un ossement du bouclier qui protège sa poitrine, en formant, ou plutôt, selon la pittoresque expression du Livre inspiré, en « édifiant » la première femme, il présentait une image de l'Église, qui devait, quarante siècles plus tard, prendre naissance dans le cœur de Jésus-Christ, pendant le mystérieux sommeil du Calvaire, avec le sang et l'eau échappés de son côté ouvert par la lance du soldat.

Or, quand deux époux chrétiens s'unissent au pied de l'autel sous le patronage de notre divine Religion, non seulement ils ont l'honneur, comme les époux del'Éden, de retracer l'auguste mystère de l'union de l'Homme-Dieu avec la société des âmes,

(i; S. Paul. Ad. Rom., V, 14.

mais ils participent à la grandeur môme de Jésus- Christ et de l'Église. Lorsqu'ils se donnent l'un à l'autre, ne représentent-ils pas Jésus-Christ se donnant à l'Église, son épouse immortelle ? Leur mutuelle promesse d'une fidélité inviolable ne figure-t-elle pas « le serment sans repentir par lequel Jésus-Christ s'est lié, identifié à jamais à l'assemblée des fidèles? Et cet amour du Sauveur pour son Église, cet amour qu'il a scellé de son sang, cet amour qui lui a commandé le plus grand des sacrifices, celui du Calvaire, qui lui inspire le plus grand des miracles, celui du Tabernacle, n'est-il pas symbolisé par l'amour dévoué qui de deux âmes ne fait qu'une seule âme, de deux vies qu'une seule vie ?

La divine - rice que Jés-us-Christ a promise à

son Église, en s'engageant â être avec elle jusqu'à la consommation des temps, trouve, elle aussi, son signe dans le mariage chrétien : c'est la grâce, reçue par les époux au pied de l'autel, grâce appelée aies soutenir dans les devoirs, à les consoler dans les épreuves de leur commune existence. Admirons donc avec reconnaissance la bonté du Maître divin, qui place le remède à côté du mal et le secours à côté des faiblesses.

Nous sommes loin de méconr^aître les infirmités natives de la pauvre affection humaine, mais à qui serait-il permis d'oublier que le divin Réparateur a mis dan.; son sacrement une vertu capable de les corriger et de les guérir? Le cœur est faible: pour le détacher pas n'est besoin d'une tempête, un léger souffle suffit ; c est l'effet du mariage chrétien d'imprimer à l'attachement mutuel des époux une onction de force, qui prévient les passions ou en triomphe

qui les chasse de l'âme ou leur en ferme l'entrée. Le cœur est égoïste : l'homme se resserre, se drape dans le manteau de sa personnalité, avide de recevoir et craignant de se donner; par la grâce du sacrement, les époux participent à l'esprit d'immolation de celui qu'ils prennent pour lien de leurs cœurs : leur amour mutuel, toujours plein de condescendance, va jusqu'au renoncement et ne recule devant aucun sacrifice, quand il s'agit de maintenir l'harmonie, la concorde et la paix. Le cœur est mobile : en ce monde des vicissitudes, dit saint Augustin, une affection chasse une autre affection, comme on voit, au sein des mers, un flot chasser un autre flot; au pied de l'autel, Jésus-Christ laisse tomber, de son cœur dans le cœur des époux, une étincelle du feu qu'il est venu apporter au monde. Cette charité divine, « qui, suivant le mot de l'Apôtre, ne connaît pas de défaillance » (i), se mêle à l'amour naturel, et lui inocule une stabilité capable de défier les altérations et les changements du temps, en lui donnant pour base non point des attraits éphémères, des charmes que les années amoindrissent ou emportent, la jeunesse qui passe, la beauté extérieure qui s'altère ou se lane, mais la première des beautés, la beauté qui est comme le rejaillissement lumineux de Dieu en l'homme, la beauté morale, la vertu.

Qu'il est touchant, N.T. C. F., le spectacle de deux chrétiens racheté.- ensemble sur le Calvaire, baptisés dans l'eau sainte, nourris du Pain des anges, venant prendre Je. il -Christ pour ciment de leurs cœurs, au Sacrement de leurs noces ! Toujours vive, toujours

(1) Charitas numquam excidit (I. S. Paul. Ad Cor., XIII, 8).

nouvelle, toujours jeune d'une jeunesse immortelle sera leur affection allumée devant l'autel. Le temps, qui dessèche tout, ne fera que développer en eux cette sève divine d'un amour commun, qui, loin de s'altérer, grandira avec les années, comme ces beaux fleuves dont les eaux vont sans cesse grossissant, au lieu de s'épuiser, en avançant, dans leur cours majestueux, entre les rives où ils portent la fraîcheur et la fécondité. Nous ne prétendons pas qu'ils ne rencontreront sur leur tête qu'un ciel toujours serein et sous leurs pas que des fleurs pleines de parfum. En ce monde, où est le ciel si pur qui n'ait ses nuages ? où sont les fleurs qui n'aient leurs épines? Toujours le Calvaire est à côté du Thabor, toujours les joies sont mélangées de souffrances ; et, le dirons-nous avec notre expérience, il semble que c'est le triste privilège des joies d'attirer les épreuves, comme dans les ténèbres le flambeau attire les oiseaux nocturnes. Mais, après tout, qu'importe pour ces époux l'inclémence du ciel? qu'importent les ronces du chemin? Ils s'aimeront et ils sentiront toujours la réalisation de cette belle parole del'évêque d'Hippone si souvent citée, jamais assez comprise: << ubi amatar , non laboratur, là où il y a amour, il n'y a pas souffrance », ou, s'il}7 a souffrance, elle renferme un genre d'amertume à part, que l'on savoure avec délices. Graves pourront donc être pour ces deux époux les responsabilités de leur vocation nouvelle, pénibles quelques-uns de leurs devoirs, il y aura entre eux une sainte émulation pour rester toujours à la hauteur de leur dignité, une solidarité intime pour le bien, une communauté parfaite de vie morale et religieuse. N'est-ce pas là cette alliance pleine d'honneur

dont parle saint Paul: « honorabile connubium », cette union sacrée qui fait l'admiration des hommes, l'espoir de la famille, l'appui de la société, la consolation de l'Église, la joie même du Ciel ?

Il ne nous coûte pas, N. T. C. F., de déclarer imparfaite cette esquisse du mariage chrétien, quand nous entendons Tertullien lui-même confesser • son impuissance à en redire la dignité et le bonheur : « Unde sufficiamus ad enarrandam felicitateni hujus matrimonii qnod Ecclesia conciliât ?» (i). Que les Juifs « au cœur dur » se gardent de se plaindre de la chaîne indissoluble imposée par Jésus-Christ aux époux : le divin Maître est descendu du ciel pour attendrir le cœur et lui communiquer la grâce qui allège, embellit et fait aimer la chaîne. Que la société païenne ne récrimine pas contre l'inflexible loi promulguée par l'Homme-Dieu : dans le contrat d'où sort la famille, elle n'a su que donner une esclave à un maître, quand elle ne livrait pas à un oppresseur une victime ; et voici que Jésus-Christ vient établir au foyer les rapports d'autorité et de subordination dans des conditions si douces qu'il ôte à la primauté de l'époux la hauteur, à la dépendance de l'épouse la contrainte, et qu'il ne permet ni à l'un de s'enfler du premier rang, ni à l'autre d'être humiliée du second. La sanctification du mariage a été pour le Christianisme un puissant instrument de rénovation sociale et de civilisation, au milieu de la barbarie corrompue du Paganisme.

(i) Ad Uxorem, Lib., II.

11 faut bien l'avouer toutefois, la famille chrétienne ne se constitua pas, au berceau de l'Eglise, sans résistance. C'était pour les fidèles, récemment convertis à l'Evangile, c'était pour les néophytes de la foi une tentation que d'invoquer la liberté du divorce, qu'ils trouvaient consignée dans les lois et dans l'enseignement des jurisconsultes. Avec une inébranlable fermeté, l'Église, gardienne de la loi divine, travailla à préserver de toute atteinte le lien des époux, et sa discipline n'a jamais fléchi dans le cours de son histoire.

Vous rappellerons-nous les énergiques réclamations des Pères et des Docteurs? Autres sont les lois de César, disait saint Jérôme, autres sont celles du Christ : Papinien a ses préceptes, mais Paul, notre maître, a les siens » (i); et le Docteur à la bouche d'or, saint Jean-Chrysostome, ajoutait : Xe me citez pas les lois qui ordonnent de signifier la répudiation et de rompre le mariage : Dieu ne jugera point sur les lois des hommes, mais sur celles qu'il a dictées : (2). L'Église était si loin d'accepter en matière de divorce, comme on l'a prétendu, les maximes du droit civil que le deuxième Concile de Milève, en 416, interdit aux époux séparés, au mari comme à la femme, de contracter d'autres noces, et soumet les contrevenants à la pénitence publique.

num : D Lib. ReJ

C'est par ses vigilants efforts pour le maintien de la doctrine de l'indissolubilité conjugale que l'Église triompha graduellement de la facilité et du relâchement des mœurs romaines.

Quels mémorables exemples de vigueur tout apostolique ne nous offrent pas les annales du Moyen- Age ? Pendant toute cette période, la vie des Papes, ces pères du peuple chrétien, fut une lutte constante en faveur de l'unité et de la perpétuité du lien nuptial. Les princes, les souverains, infatués de leur grandeur et de leur puissance, avaient à leurs côtés de vils adulateurs et facilement ils se laissaient persuader que les lois n'étaient pas faites pour eux : aussi, se proclamant scandaleusement au-dessus des prescriptions imposées à tous, osaient-ils s'arroger le droit de briser la digue qui s'opposait à leurs passions sensuelles, et ce fut toujours pour l'Église Romaine un honneur éclatant et immortel de protéger contre eux, contre les abus de la force, la faiblesse dans ce qu'elle a de plus saint et de plus fragile, la liberté et la pureté de la femme.

Au neuvième siècle, le pape Nicolas Ier ne craint pas de dénoncer à l'indignation du monde chrétien un petit-fils de Charlemagne, l'empereur Lothaire, qui avait répudié Theutberge. « Nous ne souffrirons pas, dit le courageux Pontife, que le désordre étende ses racines ; et qui donc empêcherait désormais les hommes, quand ils seront las de leurs femmes, de les accabler de persécutions, jusqu'à ce qu'elles sollicitent la rupture du mariage, ou de les contraindre par de mauvais traitements à se déclarer coupables d'un crime capital? »

Quand Philippe Ier, roi de France, renvoya sa

femme légitime pour épouser Bertrade de Montfort, ne trouva-t-il pas en face de lui le saint pape Urbain II? Un légat fut député vers le prince, avec mission de lui dire la parole de Jean-Baptiste : « Non licet. Il ne t'est pas permis de quitter ta femme et de prendre celle de ton prochain »; et contre le monarque dévoyé, s'obstinant dans sa résistance, le suprême Pontife prononça lui-même à Clermont, en plein Concile, la sentence d'excommunication.

Non moins énergiques furent les efforts d'Innocent III pour séparer Philippe-Auguste d'Agnès de Méranie et pour réintégrer dans ses droits la légitime épouse, la vertueuse Ingeburge. Et, il n'est pas inutile de le constater, si un poète de notre temps a pu, sur la scène, arracher à des spectateurs, aux mœurs faciles, des larmes d'une pitié malsaine en faveur de la courtisane chassée du palais, le bon peuple de Paris du treizième siècle, plein de respect pour l'honneur du mariage en même temps que pour la justice, se déclara hautement pour l'infortunée prisonnière d'Etampes.

D'âge en âge, au risque d'être livrée au glaive ou aux chaînes des persécuteurs, la puissance spirituelle a donné les mêmes exemples de courage dans la défense du lien nuptial; et, au quatorzième siècle, on a vu un pape, Clément VII, préférer voir le royaume d'Angleterre, l'Ile des Saints, se séparer par un schisme de l'Eglise de Rome plutôt que d'entamer la virginité de la foi chrétienne, en laissant périr le dogme régénérateur de la famille, plutôt que de subir la honte de vendre à un despote sensuel, à un tyran voluptueux le droit de divorcer.

Honneur donc à la Papauté qui, dans cette lutte

où il s'agissait de tout le spiritualisme chrétien, s'est constamment appliquée à sauvegarder contre l'envahissement des passions le lien sacré du mariage, à fortifier la famille en la dérobant à l'arbitraire des lois civiles, à faire du foyer comme un rempart inexpugnable, où la sainte liberté de la concience pouvait défier tous les abus tyranniques du pouvoir ! Aussi, quand Léon XIII laissait tomber de sa grande âme ses éloquentes protestations contre la loi du divorce, ne faisait-il que continuer glorieusement les traditions ininterrompues du Siège Apostolique.

Et qu'on ne vienne pas opposer à cette vaillante et noble attitude des Papes certaines décisions des tribunaux ecclésiastiques : c'est se tromper étrangement que d'assimiler à une atteinte portée au lien perpétuel des époux une déclaration juridique de nullité, basée sur une incapacité légale, sur un empêchement qui rend les contractants inhabiles à s'unir. Constituée par Dieu comme gardienne et tutrice de sa loi, l'Église a le droit de connaître juridiquement des causes matrimoniales, mais, en aucun cas, elle ne saurait modifier le droit divin. A plus forte raison, vous le comprenez, le lien sacré des noces échappet-il à la compétence du pouvoir civil. Hélas ! pourquoi faut-il que nous soyons condamnés aujourd'hui à gémir sur un empiétement non moins dangereux qu'abusif ? Pourquoi faut-il que nos législateurs,, sans scrupule de se mettre en contradiction avec nos dogmes sacrés, avec les préceptes de l'Évangile, aient osé discréditer la rupture du lien du mariage, en certains cas prévus et déterminés ?

Il nous sera facile, N. T. C. F., de vous montrer, sans de longs développements, les inconvénients du divorce : ils sont éclatants d'évidence. Vainement un romancier philosophe du siècle dernier a-t-il cru avoir porté le dernier coup au mariage sacramentel, en exposant « la folie d'un serment éternel prêté sous un ciel qui change, sur un autel qui tombe, par deux êtres qui doivent se quitter .

Ce n'est pas le regain de célébrité que des sectaires ont essayé de donner à un homme oublié, en lui élevant une statue, en haine du Christianisme, qui peut donner à cette phrase déclamatoire et poétique la valeur d'un argument en faveur du divorce. A qui consent à réfléchir, dans le calme de l'âme, il est facile de comprendre que la nature même de l'alliance conjugale réclame la stabilité, la perpétuité des nœuds qui la forment.

« Il y a dans le mariage, a dit un grand chrétien de notre siècle, l'éloquent et sympathique Ozanam, il y a dans le mariage un sacrifice ou mieux deux sacrifices : la femme sacrifie ce que Dieu lui a donné d'irréparable, ce qui fait la sollicitude de sa mère, sa beauté, sa santé, ce charme que le monde respecte et que subissent même les hommes les plus gâtés. L'homme, à son tour, sacrifie la liberté de sa jeunesse, ces années incomparables qui ne reviendront plus, ce pouvoir de se dévouer pour celle qu'il aime, qu'on ne trouve qu'au commencement de la vie, et cet

effort d'un premier amour pour lui faire un sort glorieux et doux » (1).

Quelle profonde connaissance du cœur humain révèlent ces nobles accents, et qu'il est facile de comprendre que la jeunesse aux sentiments élevés, qui les recueillit au pied de la chaire de la Sorbonne, se plut à les saluer de ses applaudissements !

Oui ne sait que l'homme, au terme de son éducation, dans le plein épanouissement de ses forces, dans toute l'efrlorescence de ses facultés, maître de lui-même, est tourmenté d'un besoin infini de se donner ? S'il ne se donne pas tout entier à Dieu dans l'exercice de la prière ou dans le service des âmes, un inexorable ennui ne lui laisse pas de paix qu'il n'ait trouvé au monde une créature qu'il ne connaissait pas hier, et à laquelle il est heureux de se consacrer pour toujours. En la choisissant pour sa compagne, il lui demande de vouloir bien être, sinon l'inspiratrice de ses travaux, au moins le conseil des heures difficiles et la consolation des jours mauvais ; mais elle, en retour de la beauté et de l'innocence qu'elle lui apporte, elle réclame pour sa faiblesse assistance et protection. L'échange des deux cœurs se fait, et, grâce à ce double sacrifice, avec le nouveau foyer qui se constitue, l'avenir se règle, la carrière se détermine, la vie se fixe pour toute sa durée. « On ne s'attache qu'au bien dont on est sûr, suivant la remarque de l'illustre auteur du Génie du Christianisme, on n'aime point une prospérité que l'on peut perdre » (2). C'est donc taire injure aux deux con-

(1) La Civilisation au cinquième siècle, XIVe leçon: Les Femmes chrétiennes.

(2) Iré part , ch. X.

tractants, qui trouvent le bonheur dans l'aliénation irrévocable de leur personne, que de changer te don en louage à terme, en marché temporaire, que l'intérêt ou la passion peuvent résilier. Si, du moins, la rupture de l'association laissait intactes les conditions des deux associés ! Mais non : « l'homme peut quitter le foyer avec toute son autorité, dit M. de Bonald, la femme n'en peut sortir avec toute sa dignité » (i). Blessée particulièrement par le divorce, elle déchoit du noble rang où l'a fait monter le Christianisme, elle redescend à l'état d'infériorité dans lequel elle o-émissait avant la venue du Réparateur.

C'est surtout aux enfants que le divorce est gravement préjudiciable : d'après le témoignage peu suspect d'un célèbre incrédule, il y a dans le sort qui leur est fait par la rupture du lien matrimonial un argument « invincible » (2). « Dans les sociétés ordinaires, dit Portails, on stipule pour soi, pour des intérêts obscurs ou privés, et comme arbitre souverain de sa propre fortune. Dans le mariage, on ne stipule pas seulement pour soi, mais pour autrui : on s'engage à devenir comme une seconde Providence pour la nouvelle famille à laquelle on va donner l'être ». Les enfants sont au foyer les créanciers perpétuels de l'association conjugale, qui leur doit

(1) Du Divorcé considéré au dix-neuvième siècle relativement l'état domestique et à l'état public de la société, ch. XI.

(2) J.-J. Rousseau, Emile, Liv. IV.

et la conservation, avec ses sollicitudes assidues, et l'éducation, avec ses soins longs et vigilants. Pour les enfants, les époux doivent se résigner à subir toutes les charges et toutes les douleurs de la vie domestique, à passer des nuits sans sommeil, à donner même jusqu'à la dernière goutte de leur sang.

Dira-t-on que, dans l'hypothèse du divorce, la loi est là comme leur tutrice ? mais qu'importe que le législateur se fasse le gardien et le protecteur de leurs intérêts matériels, si rien ne garantit leurs intérêts moraux? Suivant la maxime du paganisme, « l'enfant est une chose sacrée : res est sacra puer». Nul être au monde n'a plus que lui droit au respect. Son droit est celui de la faiblesse, il n'en est point de plus délicat, et, dès lors, il ne devrait pas y en avoir de plus inviolable sous le soleil.

Or, que le foyer se ferme et s'éteigne par le divorce, comment s'exercera le noble ministère de l'éducation première, qui est à l'épanouissement du premier âge ce qu'est la sève à l'épanouissement des fleurs? Oui « instituera » les enfants, suivant le mot d'un sage du seizième siècle, en tout honneur et vertu ? Oui fera pénétrer les convictions morales dans leur intelligence qui s'éveille, qui enracinera les habitudes du bien dans leur cœur ? qui les initiera en particulier à la pratique de ces devoirs de respect, d'obéissance, de piété filiale, d'amour et de support fraternels, dont l'accomplissement prépare les hommes vertueux et les bons citoyens ? Dépouillée de son auréole, la paternité a perdu ses titres à leur culte. De leur père divorcé, quelles leçons, quels conseils peuvent-ils attendre, sinon des conseils de

IOO MONSEIGNEUR BILLARD

mépris, des leçons de haine pour leur mère ; et, à la place de celle que la nature avait prédestinée à les réchauffer de sa tendresse et de son dévouement, que trouvent-ils, sous le nouveau toit qui les abrite, avec de nouveaux cohéritiers ombrageux et jaloux, sinon une belle-mère ou plutôt une marâtre, ce personnage que la poésie antique nous a représenté sous les plus noires couleurs (i), et qui, en dehors du christianisme, ne peut que leur être systématiquement hostile? Pauvres enfants, il n'y a plus pour eux ni famille ni affections domestiques ! Leur destinée est compromise et peut-être pour jamais ; on l'a dit avec raison, « mieux vaudrait pour eux être orphelins ». Autoriser les parents à divorcer, c'est donc les autoriser à faire le malheur de leur postérité.

Non moins contraire au bien-être de la société est la rupture du lien des noces. Comment ébranler la base d'un édifice, sans avoir à redouter son effondrement? C'est au foyer que Dieu a placé les sources de la vie sociale : un peuple fleurit dans l'honneur ou s'affaisse dans la honte, suivant que la vertu embaume ou que le vice empoisonne les familles qu'il recèle en son sein. Les principes et les mœurs du toit domestique sont la sève de la régénération des États : la dépravation de la famille contient en germe leur désagrégation et leur dégénérescence. De l'avis même d'Aristote, « l'État le plus parfait est

(i) Est injusta noverca... — miscent aconita noverca? (VlRG.).

LETTRES PASTORALES IOI

celui où chaque citoyen, quel qu'il soit, peut, grâce aux lois, pratiquer le mieux la vertu et s'assurer le plus de bonheur». Or «l'expérience complète des Romains, dit Gibbon, démontre que la liberté du divorce ne contribue pas au bonheur et à la vertu ». Un de leurs poètes se plaint avec tristesse des malheurs qu'il voit découler de cette source sur la patrie et sur le peuple (i).

On peut dire, sans crainte de se tromper, que les nations sont sur la pente qui mène à la décadence, quand on voit s'y développer l'égoïsme, l'exploitation de tous au profit de chacun; elles s'affermissent au contraire et se perfectionnent en raison directe de la pratique du dévouement de chacun au profit de tous. Heureux donc le pays dont les citoyens peuvent faire au foyer l'apprentissage du travail, des privations, du sacrifice ; heureux le pays dont le foyer — se reliant à l'autel — est pour la fidélité des époux un asile inviolable, et pour les générations naissantes une école d'honneur et de bonnes mœurs ! L'homme y apprend, au chevet du lit de sa femme, au berceau de son enfant, à se priver, à se contraindre, à se dévouer, à vivre pour autrui, non à titre provisoire mais à perpétuité. Les caractères se retrempent, les consciences se raffermissent, le courage civique est en pleine floraison. Imprudents et mal inspirés sont les législateurs qui, sous prétexte d'offrir un refuge aux vertus faibles, autorisent le

(l) Fecunda culpas sascula nuptias

Primum inquinavere et genus et domos;

Hoc fonte derivata clades, In patriam populumque fluxit.

(Hor., Od. III, VI).

divorce! Briser les nœuds des époux, c'est détruire d'un seul coup la sainte discipline de la vie domestique et l'initiation aux vertus sociales ; c'est fermer l'école du sacrifice , en favorisant l'égoïsme ; c'est allumer, dans l'intérieur du foyer, des passions qu'il faudrait réprimer ; c'est proposer un but et comme une récompense au vice qui calcule ; c'est donner une prime d'encouragement aux dissensions conjugales ; c'est cacher le désordre sous les vêtements augustes de la loi.

N'est-ce pas là ce que proclamait un des plus chaleureux défenseurs de nos saintes causes, lorsque récemment il adressait au Sénat, du haut de la tribune, cette ardente adjuration : < Xe brisez pas l'indissolubilité du foyer français, n'ajoutez pas cette ruine à toutes les autres. Il y va de la dignité morale du pays, il y va de l'honnêteté des mœurs publiques,, il y va de l'honneur même et de la dignité de notre civilisation »(i).

Nous ne pouvons finir, N. T. C. F., sans vous rappeler les termes énergiques par lesquels le Père commun des fidèles flétrissait la loi sur le divorce, la veille de la grande solennité de Noël. Ses éloquents accents résument et condensent merveilleusement toutes nos réflexions. « La loi sur le divorce, disait Léon XIII, est une loi qui , en permettant en beaucoup de cas la rupture du lien conjugal, va directement contre le précepte intimé à l'homme par Dieu lui-même dès le commencement du monde : < Ouod « Deus conjunxit, honio non separet > ; une loi qui répugne ouvertement à l'enseignement de Jésus-

(i) Chesnelong, Discours au Sénat, 19 juin 1SS4.

Christ, législateur universel, et à toute l'économie de l'Église sur le mariage ; une loi qui ne reconnaît pas en ce grand sacrement l'excellence sublime à laquelle il fut élevé par le Sauveur, et qui l'abaisse à la condition d'un pur contrat civil ; une loi qui dégrade la femme et l'humilie, qui compromet l'éducation et les intérêts des enfants, qui rompt les liens de la société domestique et la détruit, qui sème la discorde dans les familles, et qui est une source de corruption pour les mœurs publiques et le principe pour les Etats de la décadence et de la ruine. »

Un certain nombre d'esprits, optimistes par nature ou par calcul, se refusent à voir les conséquences désastreuses de la loi sur le divorce, sous prétexte qu'en France les habitudes, les mœurs, fondées sur les croyances, lui sont contraires et en ont déjà fait justice. Certes, la foi chrétienne est notre patrimoine national le plus précieux et la conscience du peuple français est encore catholique. Mais, avec la propagande acharnée des sectes maçonniques, sous l'action délétère de l'enseignement sans Dieu, en face de la marée montante de ce libertinage éhonté qui semble acquérir droit de cité parmi nous, comment ne pas craindre que la famille chrétienne, l'une de nos plus pures gloires, ne soit quelque jour entamée par le divorce?

Admettons que les sentiments chastes et élevés, les idées délicates, les vertus sociales nées du Christianisme peuvent lui survivre, là même où la foi est morte ou mourante : les feux du soleil couchant continuent eux aussi d'empourprer la surface des mers, après que l'astre s'est abaissé au-dessous de l'hori-

zon ; toutefois est-il difficile de prévoir l'heure prochaine où on verra s'éteindre et disparaître ce reste de lumière? Que Dieu nous épargne cette efFravante calamité !

Pour vous, N. T. C. F., qui savez qu'un catholique ne pourrait invoquer la loi du divorce sans apostasier sa foi, sans s'exclure, sans s'excommunier de la participation aux sacrements de l'Eglise, retranchezvous au foyer de la famille, comme en une forteresse imprenable; gardez dans la fidélité et la justice les saintes traditions du mariage chrétien. Que, sous votre toit, suivant un mot resté célèbre, se dresse toujours « cette statue du respect » qu'un sage contemporain, le plus clairvoyant des observateurs, nous offre comme moyen de réforme et garantie du salut social (i). Ah! c'est que le foyer où règne le respect de Dieu, le respect de la paternité, le respect de la dignité de la femme est vraiment pour les époux ce sanctuaire, ce lieu béni où leur souvenir — même après qu'ils ont quitté ce monde pour recevoir l'éternelle récompense — demeure « un regret d'abord, un enseignement ensuite, un honneur toujours (2).

(1) F. Leplay, Réforme social

(2) Abbé BOUGAUD, Panégyrique de Jeanne d'Arc.

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