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POUR LE JOUR DE LA CONFIRMATION

(12 novembre 1867)

Considérez un instant, mes chers enfants, les touchantes inventions de l'amour de Dieu pour vos âmes : à votre entrée dans la vie, vous étiez esclaves du démon ; rejetons infortunés d'un père prévaricateur, vous aviez reçu, avec l'existence, le désolant héritage de sa faute et de sa disgrâce. Mais, « riche en bonté », comme le dit l'Apôtre, le Seigneur vous releva bientôt de votre chute : dans le bain purifiant du baptême, vous reçûtes une naissance nouvelle ; le Père céleste vous adopta pour ses enfants, Jésus- Christ vous reconnut pour ses frères, vous devîntes les sanctuaires vivants de l'Esprit-Saint et les héritiers présomptifs du Ciel. Toutefois, M. E., en vous élevant à cette dignité, le baptême ne vous avait pas rendus invulnérables, et c'est sous l'influence des suites funestes du péché d'origine que, peut-être, hélas ! vous avez eu le malheur, dès le réveil de votre raison, de ternir dans les souillures du péché la robe d'innocence qui vous fut donnée au sein des eaux baptismales. Heureusement une planche vous fut préparée dans le naufrage ; le souverain médecin

des âmes vous offrit, dans le sacrement de pénitence, un remède assuré pour guérir vos blessures, et c'est à ce tribunal réconciliateur, M. E., que vous avez retrouvé, avec le pardon, l'innocence et, avec l'innocence, la paix et la sérénité. Au sortir du tribunal sacré, vous fûtes admis au banquet eucharistique, et il n'en est pas un parmi vous, qui, au seul souvenir de cette Table sainte où lui fut servi pour la première fois le pain des anges, ne sente une douce émotion remuer son âme et une larme de bonheur mouiller ses yeux. Les trésors des libéralités divines sont loin d'être épuisés. Voici que s'ouvre pour vous comme une nouvelle carrière ; vous entrez dans ce second âge de la vie qui amène avec lui un attrait plus vif des penchants, un entraînement plus violent des passions. En vérité, G. E., à cette heure critique et pleine de dangers, vous avez besoin d'un nouveau secours, d'une force nouvelle ; mais ayez confiance : ce secours, cette force, votre Dieu vous les a préparés dans un nouveau sacrement, dans le sacrement de Confirmation. Et vous le comprendrez, quand je vous aurai expliqué, dans "un entretien simple et rapide, comment, dans ce sacrement, vous allez recevoir l'Esprit- Saint avec l'abondance de ses grâces et devenir de parfaits chrétiens.

Vous avez, sans doute, M. C. E., gardé fidèlement la mémoire du grand miracle qui s'opéra au Cénacle le jour de la Pentecôte. Comme nous le dit la sainte Ecriture, les Apôtres étaient réunis dans un même lieu ; tout à coup se fit entendre un bruit, venant du Ciel, comme d'un vent puissant, et ils aperçurent des langues de feu au-dessus d'eux, et

alors tous furent remplis du Saint-Esprit: « Repleti sunt omnes Spiritu Sancto ». M. E.,le même prodige va se renouveler invisiblement dans vos âmes : dans cette église, où vous êtes rassemblés, à cette heure, comme dans un autre Cénacle, vous allez bientôt recevoir l'Esprit de Dieu. Vous avez devant vous un successeur de ces Apôtres, qui, par l'imposition des mains, donnaient le Saint-Esprit aux premiers fidèles ; il est investi de leur pouvoir, il est le continuateur de leur grande mission, l'éminent et bien-aimé Pontife sur lequel se reposent en ce moment vos regards avec une vénération toute filiale. Encore quelques instants, il va élever les mains sur vos têtes, en conjurant le Seigneur de vous envoyer son Esprit divin avec tous ses dons ; vous viendrez ensuite vous agenouiller à ses pieds et lui présenter votre front, et, sur ce front, de son doigt consacré, il imprimera, avec un peu d'huile mêlée de baume, avec le saintchrême, une onction en forme de croix, en prononçant ces belles paroles : « Je vous marque du signe de la Croix, et je vous confirme avec le chrême du salut, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». L'œil infirme de votre chair ne verra qu'un signe extérieur; mais, à ce signe, Notre-Seigneur Jésus -Christ, qui est Dieu, a attaché une vertu miraculeuse. Et, par delà les rites et les éléments visibles, la foi vous découvre de merveilleux effets ; par delà les images, elle vous révèle de touchantes réalités. Et, en effet, M. E., à cette heure-là même, le souverain Bien, que l'apôtre saint Jacques nomme « le don parfait », et que Notre- Seigneur appelle le « trésor promis par le Père, le don par excellence du Très Haut », le Dieu source de tous les dons, le Saint-Esprit, cette troisième personne

auguste de l'adorable Trinité, cet Esprit du Père et du Fils, Dieu éternel, tout-puissant, créateur, comme le Père et le Fils, dont il procède, l'Esprit-Saint, va descendre en vos âmes et y résider comme dans son temple et sur son trône ; et à qui viendra alors vous demander qui vous êtes, vous pourrez répondre avec une sainte fierté, comme les premiers martyrs dont parle l'histoire del'Église: « Nous sommes Théophore, c'est-à dire Porte-Dieu », ou, mieux encore, en empruntant une étonnante parole d'un saint Docteur : « Nous sommes des êtres composés d'un corps, d'une âme et du Saint-Esprit ; constans et corpore et anima et Spiritu Sancio ». Sachez-le bien, en effet, M. C. E., le Saint-Esprit va descendre en vous, séjourner en vous, mais aussi s'unir à vous. Sans doute, faites-y bien attention, cette union de votre âme avec le Saint-Esprit n'ira pas jusqu'à faire de vous une seule et même personne en lui ; mais, cette réserve nécessaire bien établie, supposez cette union aussi intime, aussi étroite que vous pouvez l'imaginer, vous serez toujours dans la vérité. Essayerai-je de vous en tracer le tableau ? Oh ! le langage humain est trop pauvre et trop faible pour exprimer les mystères de Dieu. Comme le feu se communiquant au fer jeté dans la fournaise l'échauffé, l'embrase et l'amollit et le transforme, sans pourtant le faire changer de nature, ainsi l'Esprit Saint, en s'unissant à vos âmes, va les pénétrer, les animer, les transformer par l'abondance des grâces qu'il épanchera en elles, et, si vous lui laissez prendre le gouvernail de votre vie, en la lui livrant à diriger, comme -le passager livre la sienne au pilote habile qui le conduit à travers l'Océan, il sera en vous, ainsi que nous l'apprend saint Bernard,

et le maître qui dirige et le protecteur qui défend et l'ami qui console. Il vous donnera « la lumière de la science, la force de la vie, le gage du salut, scientiœ lumen, robur vitœ, pignus salutis ». Triple don qui renferme et résume toutes les grâces que le Saint- Esprit nous communique en son sacrement.

Le premier besoin de notre intelligence ici-bas, M. C. E., l'aliment indispensable de sa vie, c'est la lumière, c'est la vérité ; mais la vérité n'est pas tout entière dans ce monde extérieur et matériel qui paraît à nos sens : il y a un monde supérieur et plus élevé, le monde des esprits, que gouverne le Dieu infini et éternel. Voilà pourquoi un grand Docteur, saint Ambroise, nous représente l'homme qui marche seul et sans secours à la recherche de la vérité comme un voyageur qui s'avance, au sein d'une nuit sombre et au milieu des plus épaisses ténèbres, sur une route bordée d'écueils. Pour vous, M. E , vous avez eu jusqu'à ce jour un flambeau pour vous éclairer, le flambeau de la foi : à peine votre raison a-t-elle commencé à éclore que vous avez eu le bonheur d'être instruits à l'école du Maître qui ne trompe point, à l'école de l'Esprit de vérité, au sein de cette Église qu'il gouverne et dont vous êtes les enfants. Parmi les enseignements de ce Maître divin, il y en a qui surpassent la raison humaine et qui sont pleins de mystères, il y en a qui effrayent la nature et qui épouvantent le cœur ; mais c'était un Dieu qui les exposait, c'était Celui qui doit instruire tous les hommes, aussi bien l'esprit d'élite que l'intelligence vulgaire; et vous vous soumettiez à ses leçons, et vous acceptiez sa parole, sans peine, sans effort. Aujourd'hui, M. F., vous arrivez à cette époque de la vie

où, sous le souffle d'un lamentable désir d'indépendance, impatient de tout joug, l'esprit aspire à ne reconnaître d'autre maître que lui-même, âge malheureux, où l'on voit trop souvent de pauvres enfants, à peine sortis des bancs de l'école, confiants en leurs propres lumières, prétendre se passer du Maître d'en-haut et se draper dans un fol orgueil, dans une sotte suffisance, se dresser une sorte de tribunal, du haut duquel ils veulent tout décider, tout contrôler, tout juger, tout nier : la religion, ses mystères divins, ses préceptes sacrés, Dieu lui-même. Malheur à ceux qui prêtent l'oreille à leurs discours mensongers ! Ils ne tardent pas à se débattre dans les tourments d'un doute qui les épuise, et dont le fruit est pour eux la douleur et la mort même de la raison. C'est pour vous préserver d'un si triste naufrage que celui qui, au témoignage de Notre-Seigneur, a pour mission d' « enseigner toute vérité», va faire couler en vous, pour votre vie, la lumière de la vraie science : « Scientiœ lumen ». « Le Saint-Esprit, dit un Concile, se donne au chrétien dans la confirmation pour l'affermir dans la croyance aux mystères de la Religion, en les lui faisant mieux comprendre ». Réjouissez-vous donc, M. C. E. : en descendant en vous, l'Esprit-Saint, Esprit de science, va éclairer votre mémoire pour l'aider à retenir les grands mystères de la foi et de la morale chrétienne : « Monet memoriam ». En descendant en vous, l'Esprit-Saint, Esprit d'intelligence, va éclairer votre raison, en lui faisant comprendre ce qu'elle doit connaître, en la préservant des erreurs dans lesquelles elle peut tomber, en dissipant les illusions dont elle peut être la victime : « Docet rationem ». En descendant en vous,

l'Esprit-Saint, Esprit de sagesse, va vous former au discernement du vrai et du faux et dans le chemin des préceptes et dans le sentier de la perfection. En descendant en vous, l'Esprit-Saint, Esprit de conseil, va vous communiquer le grand art de la vie, cette habitude si précieuse de conduite pratique qui consiste à se diriger toujours et selon la foi et selon Dieu : « Monet affectum ». C'est ainsi, M. E., qu'avec l'Esprit-Saint, vous allez trouver la vraie lumière, la sécurité de l'intelligence, le repos de l'esprit dans la possession de la vraie science : « Scienliœ lumen ».

Mais à cette première grâce le Saint-Esprit en ajoute une seconde, que saint Bernard appelle « la force de la vie, robur vitœ ». La force ! qui ne sait combien elle nous est nécessaire, à nous dont l'existence est une lutte incessante, une guerre perpétuelle ? Comme le peuple d'Israël, dont vous connaissez l'histoire, qui, des bords de la mer Rouge, où il avait vu ses ennemis trouver un tombeau, ne put arriver, à travers le désert, à la conquête de la terre promise qu'en livrant de continuels combats à de nouveaux ennemis, nous aussi, sortis des eaux du baptême, où nous avons été affranchis de l'esclavage du démon, voyageurs à travers le désert de ce monde, nous ne pourrons arriver à la conquête de la vraie terre de promission, le Ciel, qu'à la condition d'avoir toujours les armes à la main. Cette guerre, vous la connaissez, M. E., depuis le jour où la vie morale s'est éveillée en vous ; mais voici qu'elle va éclater plus terrible, plus dangereuse. Le démon, cette puissance mystérieuse qui ne cesse de conseiller le mal, et avec laquelle il vous a fallu lutter jusqu'ici, redoublera de ruses et de rage : les pas-

sions, comme des vents furieux, viendront bouleverser votre pauvre cœur et y déchaîner des orages mille fois plus à craindre que les tempêtes qui agitent les flots de l'océan ; le monde travaillera à vous séduire par des enchantements dangereux, des conseils perfides ; les ennemis de la foi, les persécuteurs de la vérité, les impies, les libertins mettront tout en œuvre pour vous faire renoncer à la religion qu'ils ont abandonnée. En face de tant d'ennemis, sur un champ de bataille si périlleux, seuls et sans défense quepourriez-vous devenir, pauvres enfants ? Mais, si vous avez Dieu pour vous et avec vous, qu'avez-vous à craindre ? Or, « c'est l'effet du sacrement que vous allez recevoir de vous donner le Saint-Esprit, qui est Dieu, comme principe de force, pour vous faire confesser hardiment le nom de Jésus-Christ, votre Maître, au péril même de la vie » (ces paroles sont les paroles mêmes de l'Église assemblée au Concile de Florence). Rappelez-vous les apôtres et les martyrs, qui avaient reçu le Saint-Esprit : les bourreaux avaient beau apprêter leurs instruments de supplice, les tyrans dresser leurs échafauds et forcer ces vaillants athlètes à choisir entre l'apostasie et la mort ; soldats intrépides de Jésus-Christ, vous les entendez tous répondre par ce cri spontané : « Mourir, oui : la mort est un gain ; apostasier, jamais ». Us sont passés, grâce au Ciel, ces temps orageux où la défense et la confession de la foi emportait ave£ elle le danger de la vie, alors qu'inscrire son nom sur les registres de l'Église, c'était prendre d'avance une inscription pour le martyre ; maisles ennemis de la religion n'ont pas disparu, ils n'ont fait que changer leur système de persécution: ils ne persécutent plus à coups

de hache, ils n'affilent plus le tranchant du glaive ; ils persécutent à coups de phrases, ils aiguisent une raillerie plus ou moins fade... Et ce qu'il y a d'affligeant, M. E., c'est que, pour quelques défections bien rares, bien clairsemées dans les premiers âges chrétiens, à travers d'innombrables légions de héros qui versèrent leur sang pour la foi, notre temps pourrait compter par milliers les apostats qui abjurent leur religion et qui trahissent leur Dieu. Pour vous, M. E., il n'en sera pas ainsi : vous allez recevoir l'Esprit-Saint, Esprit de crainte de Dieu, qui vous rendra timides et délicats en matière d'infidélité et vous préservera du malheur de lui déplaire, en chassant de vos cœurs le respect humain, ce « respect de l'homme plus que du Maître d'en-haut », comme dit saintThomas. Vous allez recevoir l'Esprit-Saint, Esprit de piété, qui communiquera à vos âmes cet élan, cette ardeur, cet amour qui compte pour rien les obstacles et qui triomphe de toutes les difficultés. Vous allez recevoir l'Esprit-Saint, Esprit de force, qui vous défendra et vous soutiendra dans les combats extérieurs et dans les luttes intimes de la vertu. Avec cet Esprit, qui est la force d'en-haut, la force de la vie, « Robur vitœ », si rudes soient les assauts de l'enfer, si entraînantes soient les séductions du monde, si terrible soit la guerre contre les passions, si violentes les attaques des ennemis de la foi, vous n'aurez rien à craindre : vous serez soutenus, animés, dirigés, conduits , portés. Jésus-Christ est votre chef, jamais vous ne l'abandonnerez; la Croix est votre drapeau, jamais vous ne le déserterez, toujours vous le tiendrez haut et ferme ; la loi chrétienne avec ses croyances et ses préceptes est votre consigne, jamais vous ne la trahirez.

C'est ainsi, M. C. E., que vous serez, dans la réalité et suivant la véritable acception du mot, de parfaits chrétiens. Déjà, au jour de votre baptême, vous avez été enrôlés dans la noble milice de Jésus- Christ, mais vous n'étiez que des combattants mal aguerris; désormais vous serez marqués du signe de ses soldats, signe glorieux, marque d'honneur, qui ne s'effacera jamais et vous animera toujours d'une noble vaillance, d'une généreuse intrépidité. Au jour de votre baptême, l'Esprit-Saint, cet agriculteur divin, avait déposé en vous le germe d'une vie nouvelle : < Dei agricultiira estis » ; il vient l'accroître, la développer, la pousser à sa maturité. Cet architecte céleste avait commencé à élever en vous une construction mystérieuse : « Dei œdificatio estis » ; il va l'orner, l'embellir, la couronner. En vérité, C. E., que vous êtes heureux, vous dont l'Esprit de Dieu va prendre tout à l'heure possession ! Avec lui vous recevrez vraiment le gage de l'amitié divine et du salut ; — saint Paul l'avait dit avant saint Bernard — : « Pigmis salutis » le gage de la prédestination et de l'héritage du ciel dans vos âmes : «Pignus hœr éditât is nostrœ ». Oui, sa présence en vous sera un droit à la béatitude éternelle, il est le garant le plus assuré pour l'âme, que Celui qui l'envoie, que le Seigneur Jésus, a gravé son nom sur le livre dévie»

Gardez-le donc toujours en vous, M. C. E. , cet Esprit divin, et avancez sans crainte en pleine eau sur cet océan qu'on appelle le monde ;' entrez sans hésitation dans cette grande mêlée qu'on appelle la vie sociale. Vienne l'heure du prince des ténèbres avec les tentations de doute et d'incroyance, qirim-

porte? il sera votre lumière, et qui marche sous sa conduite ne peut s'égarer. Viennent les séductions du monde et les entraînements des passions, qu'importe ? il sera votre force : qui combat avec lui ne saurait être vaincu. Viennent les peines, les brisements, les mécomptes du cœur, qu'importe? il sera votre consolateur: qui le sent en soi-même, ne désespère jamais. Avec lui vous avez Dieu, avec Dieu vous avez tout ; et les vraies consolations de la vie présente, et les arrhes, le gage de la vie future. Venez donc ô Esprit divin, venez donc dans les cœurs de ces enfants, venez pour y demeurer toujours. Ainsi soit-il !

PRONE

SUR LA FOI PERDUE, PRÉSERVÉE, ET RECOUVRÉE POUR LE IIIe DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

(26 janvier 1868)

Il y a, M. F., dans le récit évangélique que vous venez d'entendre une parole tout à la fois consolante et terrible : c'est l'oracle par lequel Notre-Seigneur Jésus-Christ prédit l'appel des Gentils et la réprobation des Juifs, la fondation de son Église et la répudiation de l'ancienne Synagogue. « Je vous le déclare, dit le divin Maître, beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des Cieux, tandis que les enfants du royaume seront chassés et jetés dans les ténèbres ». Or, pourquoi faut-il, M. F., que cet oracle du Sauveur trouve encore maintenant parmi nous son accomplissement? Pendant que la lumière de l'Évangile s'en va éclairer aux confins du monde, sur les plages les plus inhospitalières, les enfants du dehors, les infidèles, parmi nous, les vrais enfants du royaume, elle ne projette plus, hélas ! que de pâles et mourantes lueurs. Quand l'Église est consolée de voir venir à elle, du fond des forêts du Nouveau-Monde ou des îles per-

dues au sein de l'Océan, de nouveaux enfants, dignes par leur ferveur des chrétiens des anciens jours, elle est condamnée à constater avec amertume, parmi les enfants de sa prédilection, qu'elle porte depuis si longtemps dans son sein, un sang appauvri, un Christianisme qui dégénère, des convictions qui chancellent, une foi qui dépérit et s'éteint. Spectacle affligeant, M. F., qui m'amène à traiter aujourd'hui devant vous, en quelques mots, trois questions bien graves, qui peuvent être utiles à plus d'une âme : comment de nos jours on perd la foi, comment on préserve sa foi, comment on peut recouvrer la foi, quand on a eu le malheur de la perdre.

Il vous est malheureusement trop fréquent, M. F., de rencontrer, soit au sein de votre famille, soit dans vos relations d'amitié ou de position, des âmes qui non seulement ont rompu avec la pratique des devoirs religieux que vous aimez à accomplir, mais encore proclament tout haut avoir perdu la foi au Christianisme qui les prescrit ; or, la foi, vous le savez, M. F., est une vertu par laquelle nous adhérons fermement d'esprit et de cœur aux vérités révélées de Dieu et proposées par l'Eglise, elle est essentiellement agissante, les œuvres sont sa vie. Voilà pourquoi, si vous voulez connaître à fond la principale source de cette défaillance de la foi religieuse qui vous fait gémir, vous avez besoin de vous reporter au temps où le Fils même de Dieu, revêtu des livrées de notre mortalité, vivait sur la terre au milieu des hommes. Assurément, si jamais il fut facile de croire, si jamais la foi s'imposa comme d'elle-même à tout esprit loyal, ce dut être pour les contemporains de

Jésus-Christ, qui furent les témoins de ses miracles et de sa vie. Et cependant, vous le savez, M. F., tous ne croyaient pas en lui, il y eut parmi les Juifs beaucoup d'esprits obstinés, et c'est sur leur tête que tombe cette solennelle condamnation : « La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres, parce que leurs œuvres étaient mauvaises, car celui qui fait le mal a la lumière en horreur et ne vient point à la lumière, afin que ses œuvres ne lui soient pas reprochées; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, car elles sont faites en Dieu ». Entendez-vous, M. F. ? il faut « faire la vérité » pour la voir : « Qui facit veritatem, venit ad litcem ». Quand on ne fait pas la vérité, on se plonge dans les ténèbres, on va s'ensevelir dans la nuit des doutes, des incertitudes, des négations. Alors se cache et s'éclipse le soleil de la foi, alors disparaît cette bienfaisante clarté qui vient du Ciel, et qui éclaire tous les secrets de notre origine et de notre destinée, de nos rapports avec Dieu et de ce que nous avons à espérer ou à craindre de sa justice, au delà du tombeau, dans le monde à venir.

Et, en effet, remarquez-le bien, M. F., ce n'est pas la raison et la raison seule qui nous fait croire : le cœur et la volonté ont une large part d'action dans notre adhésion à la vérité religieuse. Il n'en est pas de notre âme par rapport au flambeau de la toi, comme de cette basilique où vous êtes en ce moment réunis par rapport à l'astre du jour qui brille au firmament. Ce temple de pierres reçoit à cette heure nécessairement par ses vitraux transparents la lumière du soleil; mais l'homme, lui, au moment où un rayon

de vérité tombe sur son âme, il reste le maître absolu ou de l'accepter comme ami, ou de reconduire comme importun, suivant ses s}^mpathies ou ses répugnances, et c'est cet empire que le cœur humain, avec son cortège de bonnes ou de mauvaises passions, exerce sur l'acceptation ou la répudiation de la vérité religieuse qui fait en même temps son péril ou son mérite, son écueil ou sa gloire.

Ces principes posés, ne devinez-vous pas déjà, M. F., comment on garde la foi ou comment on devient incroyant, suivant les pensées et les aspirations de l'âme, suivant les habitudes de la vie, suivant 'atmosphère qu'on respire ? Et ne vous sentez-vous pas à même de faire l'histoire de ces infortunés qui ont plus ou moins perdu la foi et qui assurent ne pouvoir la recouvrer ? Pauvre mère, qui gémissez sur la précoce incroyance d'un fils tendrement aimé, oh! dites-nous le mystère du naufrage de sa foi. Le jour n'est pas encore bien loin où à ses convictions religieuses il joignait la pratique sincère de ses devoirs ; vous étiez heureuse alors ; mais un âge est venu, âge critique et dangereux, où s'éveillent au coeur du jeune homme de tristes penchants, d'avilissantes passions. Vous commençâtes alors à constater pour la religion une répugnance qui s'accentuait par degrés, une opposition qui allait sans cesse grandissant. De cette répugnance, de cette opposition, à l'oubli, à l'abandon il n'y avait qu'un pas, et il fut, hélas! bien vite franchi. C'est en vain que, devinant d'un regard clairvoyant les remords de son cœur, vous cherchâtes à unir votre voix à celle de Dieu pour le ramener au devoir et à la vertu : les doutes ne tardèrent pas à endormir les remords qui

eussent pu être si salutaires ; peu à peu la foi vint à s'éteindre; peu à peu vous vîtes les croyances qui avaient fait la joie et l'honneur des jeunes années de votre enfant en même temps que votre consolation s'effeuiller et tomber une à une, comme les fleurs sur leur tige au déclin de l'été. Dieu, Jésus-Christ, l'Eglise, l'âme, l'immortalité, la vie future ne sont plus maintenant pour lui que de vagues fantômes, qui se perdent dans une région de vapeurs et de nuages. Dites-nous, dites-nous donc, pauvre mère, quelle a pu être la cause d'un changement si douloureux pour votre cœur, vous qui en avez suivi toutes les phases? N'est-ce pas que la foi a disparu sous le flot envahissant des plus mauvaises habitudes ? Oui, M. F., si nous voyons tant de jeunes gens abjurer leurs croyances religieuses, c'est pour se mettre à Taise vis-à-vis de leurs passions et de leurs convoitises. Il y a dans le mal, auquel ils se laissent entraîner, une antipathie profonde qui les révolte contre la vérité, et ils ont beau dire qu'ils ne peuvent se résigner à croire des mystères et des dogmes incompréhensibles, tout le monde sait que c'est moins le Symbole qui les arrête que le Décalogue auquel il leur coûte d'obéir : « Omnis enim qui maie agit, odit lucem et non venit ad lucem, ut non arguantur opéra ejus ».

Je ne prétends pas dire, faites-y bien attention, M. F., que l'incroyance vienne toujours et infailliblement de la satisfaction des plus abjects penchants d'une nature déo-radée : on dit, et nous aimons à le penser, et il y a ici sans doute des femmes chrétiennes qui, au besoin, pourraient l'affirmer tout haut de ceux à qui elles ont uni leur destinée ici-bas, qu'il y a des hommes qui ont perdu leurs convictions religieuses,

et qui pourtant n'ont pas cessé d'être intègres, justes, charitables, chastes, fidèles aux lumières naturelles de leur conscience. Et pourtant, s'ils ont perdu le don précieux de la vérité révélée, la responsabilité en est tout entière à leur volonté. Ce n'est pas dans la fange des plus hideux penchants qu'a disparu leur foi, soit. Mais ou bien aux affirmations de l'autorité divine ils ont opposé un égoïsme outré, que tout joug impatiente, une indépendance d'esprit que toute soumission à l'autorité révolte, même quand cette autorité est l'autorité de Dieu ; ou bien ils n'avaient qu'une instruction religieuse fort restreinte, qu'ils n'ont pas eu soin de nourrir et de fortifier. Et, comme ils ont concentré sur le monde, sur les affaires, sur la science humaine toutes leurs pensées, toutes leurs recherches, toutes leurs aspirations, comme ils ont vécu dans un milieu tout étranger à la religion, ils sont arrivés à perdre l'usage, le sentiment, l'amour et presque la mémoire des choses chrétiennes: « Lux venit in mundum, et dilexerunt homines magis tenebras quant lucem ».

Tel est, M. F., le vrai péril que court notre foi ; il est en nous. Mais pourquoi faut-il que nos croyances religieuses, de nos jours plus que jamais, trouvent en dehors de nous des causes puissantes d'affaiblissement et de ruine, qui réclament une large part de connivence et de complicité avec notre propre cœur? Qui ne connaît la conspiration flagrante ourdie contre le Christianisme au cœur même de notre chère France, la fille aînée de l'Eglise ? Qui ne sait qu'il existe parmi nous comme des officines d'incroyance et des laboratoires d'impiété, où se composent et s'apprêtent les poisons

qui doivent amener la ruine de notre foi? Qui ne sait avec quelle étrange puissance s'écrivent, s'impriment et se propagent ces livres, ces revues, ces publications de toutes sortes, où de prétendus docteurs de la science osent proclamer tout haut que, pour un siècle nouveau, il faut des croyances nouvelles, et cherchent à élever sur les ruines de la vérité chrétienne des opinions qui se heurtent et se combattent, d'absurdes systèmes, qu'ils admettent aujourd'hui pour les remplacer demain par d'autres plus absurdes encore, des doutes, des hypothèses, des contradictions, des chimères, dont chacune renferme en soi plus de difficultés que tous nos dogmes ensemble, mais qui ont du moins l'avantage de ne pas contrarier les passions ? Qui ne sait que ceux mêmes qui ont assumé la redoutable mission d'enseigner la jeunesse, semblent prendre à tâche d'enlever à l'Église, c'est-à-dire à la vérité religieuse, à la foi, les jeunes âmes qui leur sont confiées? Les uns cherchent à expliquer les phénomènes et la genèse du monde qui est sous leurs yeux sans le Dieu créateur. Les autres, déroulant les événements successifs qui composent l'histoire de l'humanité, les montrent amenés et conduits par une puissance fatale en dehors de Dieu et de sa suprême Providence, en dehors de Jésus-Christ et de sa Rédemption. Ceux-ci, à l'aide de faits surannés, exhumés à grands frais de la poussière des siècles, et qu'ils dénaturent et exagèrent, s'évertuent l'esprit à parodier les doctrines les plus saintes ou à jeter le ridicule sur les personnes les plus dignes de respect. Ceux-là, idolâtres de la raison humaine, proclament son indépendance vis-àvis de Jésus-Christ et de sa doctrine. Tous semblent

s'accorder à écarter celui qui doit être la pierre angulaire de toute société et méconnaître ses droits sur le peuple comme sur les individus. Oh! M. F., quand on voit la parole opposée à la parole de Dieu, qu'elle se présente sous la forme d'un écrit ou dans l'enseignement oral, chercher à se populariser de plus en plus, travailler à atteindre toutes les intelligences et saisir toutes les âmes ; quand on voit tant de publications irréligieuses couvrir les tables ou inonder les bibliothèques de maisons qui se piquent pourtant d'être chrétiennes; quand on voit tant de jeunes âmes, dont la foi est mal affermie encore, livrées sans défense à l'influence de maîtres dont le scepticisme est d'autant plus dangereux qu'il a à son service un langage plus habile et plus éloquent, en vérité, M. F., devrait-on être surpris de constater que l'incroyance gagne chaque jour du terrain, et ne devraiton pas craindre devoir se réaliser pour notre pauvre société la menace que Dieu nous adresse par l'organe du prophète de Pathmos : « Movebo candelabmm tuum de loco sno, je remuerai le chandelier de sa place » , j'abandonnerai un peuple qui s'égare et se corrompt, pour porter sa lumière à des yeux plus purs et plus dignes de la contempler ?

C'est à nous, M. F., enfants dévoués de l'Église, de nous efforcer, par notre zèle, de conjurer un pareil malheur. Il me semble qu'en ces « jours dangereux », comme ceux qui ont été prédits par saint Paul : « Tempora periculosa », c'est le devoir du ministre des saintes paroles de vous adresser l'exhortation pressante que faisait le grand Apôtre à son cher disciple Timothée : « O Timothee, depositum custodi »; ô M. F., gardez précieusement, dans un esprit docile

et dans un cœur pur, le dépôt de la vérité qui vous a été confié, fuyant les profanes nouveautés de paroles, et toute doctrine contraire qui porte faussement le nom de science, dont quelques-uns faisant profession, se sont égarés de la foi ». Préservez-le, ce dépôt sacré, des pièges insidieux qui lui sont tendus ; fermez rigoureusement votre porte à toute publication irréligieuse, quel que soit son crédit et son renom : il y a présomption à se croire invulnérable à l'action corrosive du venin des mauvaises doctrines ; ne prenez jamais en main ces écrits malséants qui prédisposent l'âme aux émotions et aux rêves, vous rappelant cette parole si vraie d'une femme trop célèbre : « Si la foi descend dans l'âme qui souffre, le doute s'approche de l'âme qui rêve ». Préservez vos âmes, préservez les âmes de vos enfants (nous vous en conjurons, au nom de l'affection que vous leur portez et au nom de leur vrai bonheur) de tout enseignement dangereux et malsain, capable de compromettre ou d'altérer la pureté de la croyance. Donnez à votre foi une base ferme dans une instruction solide, et un aliment vital dans la pratique des œuvres qu'elle prescrit. En un mot, ralliez-vous au cri que faisait entendre saint Jérôme dès le IVe siècle: « Attachezvous de toutes vos forces à la chaire de Pierre », restez invariablement unis au chef de l'Eglise, qu'il s'appelle Damase ou qu'il porte le nom de Pie IX : ils sont les successeurs du premier des Apôtres, c'est leur mission d'être gardiens de la doctrine de Jésus- Christ. Et ce sera, vous le savez, à jamais la gloire de notre bien-aimé Père commun d'avoir toujours signalé l'erreur et dévoilé le danger avec un courage héroïque : « Si quis Cathedrœ Pétri jungitur meus est »,

celui qui demeure avec lui recueille, celui qui ne recueille pas avec lui dissipe...

Et maintenant, M. F., s'il se trouvait ici, dans cette enceinte, quelque frère infortuné qui ait perdu la foi de ses jeunes années et qui ait senti en un jour de sa vietomberen ruineles douxenseignementsqui avaient remué son cœur aux jours du catéchisme et de la première communion, oh ! qu'il me permette de lui dire, avant de descendre de cette chaire, une parole qu'adressait il y a quelques années un des plus fer. vents chrétiens de notre siècle à un ami infidèle à ses croyances et à ses devoirs, parole à laquelle il n'a pu résister : « Ami, nous n'avons pas deux vies : l'une pour chercher la vérité, l'autre pour la pratiquer ; l'une pour vivre suivant nos instincts, et l'autre pour sauver notre âme. Aussi Jésus-Christ ne se fait pas chercher, il se montre tout vivant dans cette société chrétienne qui vous environne ; il est devant vous, il vous presse : livrez-vous à sa foi, comme s'y sont livrés vos amis. Il vous manque si peu pour être excellent chrétien, il vous manque un acte de volonté : croire, c'est vouloir. Venez donc un jour, venez aux pieds du prêtre, qui fera descendre la sanction du Ciel sur votre volonté chancelante, et vous trouverez, en place de vos agitations et de vos doutes, la paix et le bonheur ».

Paroles non moins profondes que généreuses, qui révèlent le vrai moyen de réveiller ou de ressusciter la foi endormie ou éteinte. Ce ne sont point, en effet, les laborieuses investigations ni les discussions scientifiques ni les longs raisonnements qui ramènent la foi disparue : il faut pratiquer la parole du Maître ; il

faut commencer par « faire la vérité » pour la voir. C'est quand une âme sincère s'est mise à genoux aux pieds de Jésus-Christ, qui a la main prête à donner la sainte aumône de la vérité, c'est quand cette âme est venue se purifier dans le bain régénérateur du sacrement du pardon, que, n'ayant plus peur alors de la vérité, elle comprend, à son grand étonnement et pour sa consolation, qu'elle retrouve la vraie lumière, et cela sans autre fatigue, sans autre mouvement que celui d'une paupière qui s'ouvre aux rayons du soleil. Oh! M. F., qui que nous soyons, ayons toujours le courage de « faire la vérité » ; sachons que le véritable aliment de la foi, ce sont les pratiques chrétiennes, et alors, toujours vivante ou ranimée en nous avec ses charmes et ses douceurs, notre foi apportera à notre esprit la lumière et le repos, à notre cœur la force, et nous donnera le droit d'attendre avec certitude l'éternelle félicité. Ainsi soit-il !

PRÔNE

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