SUR LA SALUTATION ANGÉLIQUE
(Mois de Marie, 15 mai 1864)
Dans notre précédente instruction, M. F., nous avons vu l'origine, l'excellence de la récitation du chapelet, et tous, n'est-il pas vrai ? nous avons pris la résolution, aux pieds de l'autel de Marie, de réciter, chaque jour de notre vie, au moins une partie de la couronne de cette tendre Mère. Les impies pourront sourire de pitié en nous voyant un chapelet dans les mains, les rationalistes, ces prétendus apôtres du progrès, pourront nous traiter de rétrogrades en répétant, avec un de leurs chefs, que « cette dévotion est bonne tout au plus à reléguer parmi les vieilleries du temps passé, ou à alimenter le besoin de superstition des bonnes gens de notre âge ». Leur mépris ne montera pas jusqu'à nous, qui avons pour nous l'exemple de tous nos frères, les saints du Ciel, qui avons pour nous l'invitation, l'appel de l'Église notre mère. Le plus grand reproche qu'ils adressent à cette dévotion, c'est sa forme : ils blâment cette continuelle répétition de la même prière, ils censurent cette monotone uniformité : il est facile de répondre à ce reproche. La prière que nous répétons en réci-
tant le chapelet est le langage de l'amour. L'amour est la voix du cœur, et le cœur ne parle pas comme l'esprit : il ne calcule pas grammaticalement et, pour ainsi dire, suivant les lois des nombres, les paroles qui lui échappent. « Donnez-moi un cœur aimant, disait saint Augustin, et il comprendra ce que je dis ». « L'amour n'a qu'un mot, comme Ta si bien dit le plus illustre des enfants de saint Dominique dans notre siècle, et en le disant toujours, il ne le répète jamais ». Or, M. F., c'est ce cri du cœur chrétien, c'est ce langage de l'amour envers Marie, c'est la salutation de l'Ange que je viens méditer en ce moment avec vous. Trop heureux serai-je, si les sentiments et les pensées que cette méditation fera naître en notre âme, instruisent nos lèvres à réciter cette suave prière avec une foi toujours plus vive, un amour toujours plus ardent.
On a dit avec raison, M. F., que la Salutation angélique renferme, dans l'abrégé le plus concis, toute la théologie chrétienne sur la Sainte-Vierge. Marie, notre reine, notre souveraine, a droit à nos hommages et à nos louanges : par les paroles de l'Ange et de sainte Elisabeth, nous honorons sa grandeur. Marie notre reine, notre avocate, a droit à un culte d'invocation : par les paroles de l'Eglise, nous implorons sa bonté. Telle est, en deux mots, M. F., toute l'économie merveilleuse de V Ave Maria. Essayons de goûter, par le cœur plus encore que par l'esprit, chacun de ses mots inspirés.
« Ave. Je vous salue » . — Assez longtemps le genre humain a gémi sous le poids de la déchéance où l'a plongé la prévarication originelle. Voici que se lève
sur le monde l'aurore si longtemps attendue des temps nouveaux. Le Ciel s'entr'ouvre: un Archange en descend pour porter à la terre la bonne nouvelle du salut, et c'est à une humble Vierge de Nazareth que le prince de la Cour céleste remet le message que lui a confié le Très Haut. « Ave, je vous salue ». C'est par ce premier mot que Gabriel annonce à Marie le mystère à jamais adorable de l'Incarnation du Verbe dans son chaste sein. Tel est l'e xorde et le début du cantique de la délivrance de l'humanité ; tel est, en quelque sorte, le prologue du drame si émouvant de la Rédemption du monde par un Dieu- Homme. « Ave, je vous salue » . « Jusqu'alors, dit saint Ambroise, quand un ange était venu honorer de sa présence visible les habitants de ce bas monde, la prééminence de sa nature, la supériorité de son rang dans la hiérarchie de la création lui avait attiré de la part de ceux qu'il visitait toutes sortes d'honneurs et d'hommages ». Ici c'est la créature mortelle qui a la préséance, c'est l'ange, c'est l'ambassadeur du grand Roi qui s'incline devant la Vierge en signe de respect, comme devant une puissance ; bien qu'accoutumé à la gloire du Ciel, Gabriel ne peut contemplersans admirationlamodestie, labeauté toute spirituelle, la sainteté qui couronnent le front de cette humble fille de Juda de la plus ravissante auréole, et il s'empresse de lui rendre le premier ses hommages. « Ave, je vous salue». C'est la parole de l'ange, que dis-je ? M. F., c'est la parole de Dieu : Gabriel n'est que l'organe du Seigneur qui l'a envoyé ; c'est la parole de Jésus-Christ (n'est-il pas permis de penser, avec un pieux auteur , que le divin Sauveur n'employait pas d'autre salutation pour ren-
dre à Marie l'honneur qu'un fils doit à sa mère ?) ; c'est la parole des anges, qui aiment à répéter à leur Souveraine la salutation prononcée la première fois par Gabriel, leur représentant ; c'est laparole des chrétiens de tous les âges, qui se plaisent à renvoyer à la Mère de leur Sauveurce doux écho dumessage céleste. Cette parole est aussi la nôtre. Oui, M. F., nous aussi, mortels de cette génération qui passe, pendant que les reines de la terre n'admettent à l'honneur de les saluer qu'un certain nombre de sujets privilégiés et cela seulement à certains jours, à certaines heures fixées, nous tous, qui que nous soyons, chaque jour, à chaque heure, nous pouvons nous présenter devant la Reine des Cieux et lui dire, avec les Patriarches qui l'ont désirée, avec les Prophètes qui l'ont annoncée, avec les chœurs des anges qui se prosternent devant son trône , avec tous ses pieux serviteurs dans la suite des siècles, avec toute l'Eglise de la terre qui l'implore, avec toute la cour céleste qui la contemple, avec Jésus son Fils qui lui sourit, avec l'auguste Trinité qui la couronne et la glorifie : « Ave, je vous salue ».
Et ne craignons pas que, dans cet universel concert, dans cette immense mélodie, dans cette multitude de voix que l'âme ravie de la Vierge entend de tous ces points de l'espace et du temps, comme les 'voix des grandes eaux, élever vers elle ce cri de louange, ne craignons pas que nos accents soient perdus, si indignes, si faibles soient-ils. Saint Thomas de Villeneuve nous assure que chaque fois que, du fond de cette vallée de pleurs, nous disons à notre Mère du Ciel ces mots qui furent le signal de sa maternité, chaque fois elle nous salue à son tour, et, en récompense de la joie
que lui cause cet ineffable souvenir, répand à profusion sur nous les grâces dont elle est la dépositaire et la dispensatrice : « Libenter nos salutat cum gratta, si nos eam salutamus cum Ave Maria ».
«Maria». Tel est le nom, M. F., de celle que le message divin salue avec tant de respect. Gabriel ne le prononça qu'un peu plus tard pour rassurer la Vierge troublée de son apparition et de ses louanges. C'est l'Église qui a placé ce nom au début de cette prière, pour nous dévoiler de suite la dignité de celle à qui nous l'adressons. Marie ! oh! M. F., comme ce nom peint admirablement la personne auguste qu'il désigne ! Marie veut dire « Mère » : est-il un mot plus tendre, plus aimable ? est-il un symbole plus touchant de douceur, de mansuétude et de dévouement ? Elle a donné le jour au Sauveur : ce sont ses mystères de joie. Marie veut dire « Océan d'amertumes » : au Golgotha son affliction, suivant la parole du Prophète, a été « grande comme la mer » : ce sont ses mystères douloureux. Marie veut dire «Souveraine », ou, suivant la naïve et simple expression du peuple chrétien, « Notre- Dame» : elle est reine, non de cette royauté humaine dont la couronne de fleurs est parsemée de tant d'épines, elle est reine d'une royauté immortelle, elle règne dans les âmes comme dans les Cieux ; le Christ son Fils l'a couronnée "d'honneurs, l'a investie d'un immense pouvoir : ce sont ses mystères glorieux. Marie, dans l'idiome sacré, signifie encore, au rapport de saint Jérôme, « Illuminatrice, Étoile de la mer.» Illuminatrice, elle l'est vraiment, la femme que l'Apôtre des révélations a vue à Pathmos revêtue du soleil; elle a donné le jour à la vraie lumière, au vrai Soleil de justice, au Verbe incarné, qui illu-
mine le monde des splendeurs de sa doctrine, et le réchauffe du feu de sa grâce. Étoile de la mer, au milieu de la mer orageuse de ce monde, elle verse sur nous ses rayons bienfaisants. Comme lenautonier qui traverse l'Océan, fixe ses regards sur l'étoile polaire pour ne pas s'écarter de sa route, de même ce n'est qu'en fixant nos regards sur cette étoile mystique, parmi les tempêtes de la vie présente, parmi les flots des tentations qui viennent battre la frêle nacelle de notre âme, que nous arriverons sûrement au port. Marie! à ce nom, qui est au-dessus de tous les noms après celui de Jésus, l'enfer tremble, les cieux tressaillent, la terre se réjouit, l'humanité s'éveille à l'espérance. Marie ! nom délicieux auquel saint Antoine de Padoue applique ce que saint Bernard a dit du nom de Jésus, qu' «il est un rayon de miel à nos lèvres, une mélodie à notre oreille, une réjouissance pour notre cœur ». Marie ! nom à jamais vénéré : les prêtres ne le prononcent à l'autel qu'en inclinant la tête en signe d'honneur, l'Eglise a voulu lui consacrer une fête. En est-ce assez, M. F., pour avoir le droit de vous dire, avec un saint Docteur, que ce nom, d'une incomparable suavité, « ne doit jamais sortir de votre bouche ni de votre cœur; non recédât ab ore, non recédât a corde-»...
« Gratia plena, pleine de grâce». — Sans parler, M. F., de la grâce extérieure, des purs attraits, de la candeur virginale de Marie, que les Prophètes semblent s'être complu à nous peindre sous les figures les plus choisies, sous les expressions les plus ravissantes, arrêtons-nous un instant à contempler la beauté de son âme, dont les grâces extérieures n'étaient que le reflet. « Toute la gloire de la fille du
Roi est intérieure ». « La grâce, dit un grave théologien, est une effusion, un écoulement de la vie divine » ; selon l'énergique déclaration de saint Pierre, elle fait entrer ceux qui en sont ornés « en partage de la nature de Dieu », et les conduit comme par degrés à la perfection même de Dieu. Or, M. F., cette grâce qui fait les saints, cette grâce qui n'est versée ordinairement dans les âmes, dit saint Jérôme, par son divin Auteur que partiellement, avec mesure, et en quelque sorte goutte à goutte, « fier partes prœstatur », a été dispensée à Marie sans division, avec une merveilleuse surabondance, dans toute sa plénitude : « Gratia plena ». Au lieu d'un fleuve, c'est l'Océan même, source de tous les fleuves, que l'Esprit-Saint a fait déborder sur elle. Avec l'impétuosité qu'ils ont prise en descendant du Ciel vers l'humble fille de David, ces flots sacrés ont refoulé miraculeusement le torrent de mort qui s'en allait menaçant la génération de Marie comme toutes les générations humaines. Marie a été pleine de grâce dès sa conception, la foi nous l'affirme ; mais gardons-nous de croire que cette plénitude fût en elle la limite et le comble. Écoutons sur ce point cet homme prodigieux dont le génie a offert peut-être le type le mieux prononcé du théologien le plus profond et le plus exact, en même temps que son cœur présentait celui de la piété la plus douce et la plus ardente : « Il n'y a qu'une sorte de plénitude dans les vases matériels, dit saint Thomas d'Aquin, et un vase plein ne saurait contenir davantage. Mais une âme pleine de grâces doit recevoir toujours de nouvelles plénitudes parce qu'elle reçoit toujours de nouvelles capacités : la grâce de Dieu grandit l'âme
en la remplissant et la remplit en l'agrandissant». « Gratia plena ». Sur ce principe, M. F., quel accroissement ne dut pas recevoir cette plénitude dans l'âme de Marie depuis sa conception jusqu'à sa mort? Vous montrerai-je Marie, cette «rose mystique», croissant solitaire et cachée à l'ombre protectrice du sanctuaire, avant que ses parfums aillent réjouir et embaumer la terre ? Vous la représenterai-je dans ces parvis d'Israël, sur cette montagne de Sion, croissant en grâce et en sagesse, comme un beau lis qui a choisi sa place au bord d'une onde pure, et qui chaque jour s'embellit d'une parure nouvelle et rend plus éclatantes ses blanches couleurs? Vous la peindrai-je apparaissant plus tard au monde comme un vrai «miroir de justice », comme l'idéal de la perfection humaine et contractant avec Joseph le charpentier une union qui a pour nœud l'amour chaste dont brûlent les anges dans les Cieux et dont sont embrasées en Dieu les personnes divines? « Crescebat gratia inagis quant substantiel » . Chaque grâce nouvelle lui ajoute une perfection de plus et chaque perfection lui vaut une grâce nouvelle, car c'est l'heureux privilège de la fidélité de multiplier les mérites par les grâces et les grâces par les mérites : « Totidem momenta, totidem crant gratiarum crementa». Avec quelle vérité donc l'archange, en paraissant devant ce vase d'élection ciselé par l'Esprit-Saint et décoré de tous les genres de beautés, n'a-t-il pas dû s'écrier : « Ave gratia plena » ! Cet astre,, que nous avons vu depuis son aurore briller d'un éclat toujours plus vif, continuera sa course toujours plus radieuse, jusqu'à ce qu'il se repore enfin plein de gloire dans les splendeurs du jour parfait ou, comme parle saint
Bernard, dans le « midi éternel» de la charité. Oh! M. F., qui me donnera les accents inspirés du Prophète royal pour vous peindre Marie, après l'Incarnation du Verbe, disposant dans son cœur, par son entière correspondance à la grâce dont elle est remplie, une suite de degrés sublimes, s' avançant de vertus en vertus, s'élevant de mérites en mérites, jusqu'à ce qu'elle touche les hauteurs de Sion et que sa gloire se confonde avec celle de Dieu même? Mais non, je n'ai nul besoin de ces accents, il me suffit de redire la parole de l'Ange : elle épuise tout panégyrique : « Gratia plena ».
« Dominns tecum, le Seigneur est avec vous ». — Quand les proconsuls romains demandaient aux premiers chrétiens qui ils étaient, l'histoire ecclésiastique nous apprend que souvent, pour révéler par un sluI mot à leurs juges les dernières profondeurs de la foi, ces âmes généreuses répondaient avec une sainte fierté : Je suis Théophore, c'est-à-dire Porte- Dieu. Ils traduisaient à leur manière la parole évangélique qui nous apprend que le Seigneur aime à habiter l'âme des justes. Or, M. F., si Dieu fixe sa demeure dans les âmes pures, avec quelle complaisance ne dut-il pas se communiquer à Marie d'une manière plus merveilleuse et plus ineffable? Il était en elle, dit saint Augustin, « comme dans un jardin de délices, comme dans son temple et sur son trône » ; il remplissait son intelligence et sa volonté, il était le principe de tous ses actes, de toutes ses pensées, de tous les mouvements de son cœur, il était le gardien de ses trésors de grâce. Mais cette union ne suffit pas à Dieu : il veut s'identifier, dit saint Bernard, « non seulement la volonté de Marie, mais son
corps lui-même » ; il veut emprunter une substance créée à ses chastes entrailles pour la joindre à sa substance incréée et en faire son Christ. « Dominus teciim ». Le Seigneur est vraiment avec Marie : non seulement Dieu le Fils, qu'elle va revêtir de sa chair, mais Dieu le Saint-Esprit, de qui elle va concevoir, et Dieu le Père céleste, qui a engendré dès l'aurore Celui qui va prendre naissance dans son sein virginal. « Dominus tecum ». Oh ! M. F., laissez-moi, pour un instant, imposer silence à ma voix trop profane, et emprunter le séraphique langage de saint Bonaventure ; je n'ai qu'un regret, c'est de déflorer, en les traduisant, ces paroles si suaves qui semblent tombées des cieux : « O Marie, le Seigneur est avec vous. Il a été avec vous, il est avec vous, il sera toujours avec vous. Oui, avec vous, comme le soleil avec l'aurore qui le devance, comme la fleur avec la tige qui Ta produite, comme le Roi avec la Reine qui
siège près de lui Il est avec vous, ce seigneur
Jésus dont vous êtes la très noble fille, dont vous êtes la très douce mère ; oui, il est avec vous, ce Seigneur dont vous êtes l'aimable épouse et la très humble et incomparable servante ». M. F., le Seigneur serait aussi avec nous, si nous voulions être à lui ; si nous voulions prendre la peine de le chercher, nous le trouverions au fond de notre âme, aux pieds de son autel, à l'ombre du tabernacle où le tient enchaîné sa charité pour nous. Mais le bruit du monde, le mouvement des affaires, l'attrait du plaisir, les impressions des sens, le fracas des passions, toutes ces agitations tumultueuses qui tourmentent si vainement notre vie, nous empêchent de jouir de sa présence, nous enlèvent aux douceurs de sa société,
nous privent des charmes de sa conversation. O Marie, puisque le Seigneur est avec vous, faites qu'il soit aussi avec nous ici-bas d'abord par sa grâce et
puis au Ciel par sa gloire
L'Archange dit ensuite à la Sainte-Vierge : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes », et sainte Elisabeth lui adresse peu de temps après le même langage : « Benedicta tu in mulieribiis ». Quel nouvel éloge ! qu'il convient bien à Marie ! Il y eut, vous le savez, M. F., chez le peuple hébreu, avant Marie, un certain nombre de femmes illustres, de saintes héroïnes, dont les Saints Livres ont enregistré les noms avec honneur et dont le simple souvenir, aujourd'hui, après tant de siècles, nous charme et nous émeut. Que nous les considérions, ces femmes, tenant en mains le doux sceptre du foyer domestique ou les rênes de l'État, conduisant Israël au combat ou entonnant triomphalement des hymnes de victoire, parlant au nom de Dieu ou captivant les cœurs par les attraits enchanteurs de la pureté, elles nous apparaissent vraiment comme des êtres bienfaisants, comme des êtres bénis, qui participent presque de la nature évangélique. Toutefois il est vrai de dire que leur gloire n'est qu'empruntée, qu'elles ne brillent que comme le reflet d'une plus grande lumière : pour connaître la femme par excellence, pour la considérer dans toute sa beauté et sa grandeur, il faut porter nos yeux ailleurs que sur ces types du Testament ancien. Qu'on nous vante Rébecca, Débora, Judith, Esther, qu'on cite l'Épouse des Cantiques, elles n'étaient toutes que des ombres, des ébauches, des figures de la femme parfaite. Le vrai type, l'exemplaire véritable, la femme qui doit
être « bénie entre toutes », c'est la Vierge des promesses divines, c'est celle qui a été conçue sans souillure, qui a vécu sans péché, qui est morte sans douleur, c'est celle qui est devenue mère sans cesser d'être vierge, c'est celle qui a donné un Sauveur au monde et a écrasé la tête du serpent infernal; c'est vous, ô Marie, la femme bénie au dessus de toutes les femmes, vous que nous saluons avec l'Ange : « Benedicta tu in mulieribiis ». D'autres femmes depuis Marie, sous la loi évangélique,ont été vierges comme elle, humbles comme elle, martyres comme elle. Sans nous arrêter, M. F., à la différence de perfection dans les vertus d'un même ordre, sans avoir besoin de dire qu'en Marie l'humilité a été plus profonde, l'innocence virginale plus parfaite, le martyre plus douloureux, il suffit de considérer que Marie seule est mère de Jésus-Christ, pour trouver en elle la vérification de la parole du Sage : « Beaucoup de filles ont réuni leurs richesses, mais vous les avez toutes surpassées »,et nous écrier avec enthousiasme : Bénies soient les Thècle, les Agnès, les Cécile, les Monique, les Catherine de Sienne, les Thérèse et tant d'autres, mais bénie au dessus d'elles toutes, bénie surtout soit celle que l'Église appelle la Reine des vierges, la Reine des martyrs, la Reine de toutes les âmes saintes! « Benedicta tu in mulieribus ». D'autres femmes ont laissé et laisseront après elles des fils immortels de gloire, tandis que leur nom périra: mais les siècles et l'éternité elle-même ne pourront séparer les noms de Jésus et de Marie ou les regarder l'un sans l'autre. Jésus est conçu de Marie, et Marie est conçue pour Jésus ; Jésus ne veut être que par Marie, et Marie ne peut être que pour
Jésus. Nommer Jésus, c'est nommer le Fils de Marie, et nommer Marie, c'est nommer la mère de Jésus. Voilà pourquoi l'Eglise veut qu'après avoir proclamé Marie bienheureuse entre toutes les femmes, nous empruntions les paroles d'Elisabeth pour bénir aussi Jésus , le fruit de son sein : « Et benedictus fructus ventris tut Jésus ». Elle veut nous apprendre que Jésus-Christ est le terme des hommages que nous rendons à Marie, qu'il n'y a d'autre médiation essentielle auprès de Dieu que celle de Jésus- Christ , que la sainteté de Marie n'est qu'un écoulement de la sainteté de Jésus- Christ, son intervention une faveur accordée en vue du sang de Jésus- Christ. De même que les belles qualités , les glorieuses prérogatives d'un fils rejaillissent sur la mère qui l'a engendré, comme la bonté d'un fruit fait la gloire de la plante qui l'a produit, ainsi les prérogatives et les perfections de ce divin Fils rendent bénies et dignes de mille bénédictions les entrailles très pures qui l'ont conçu, qui l'ont porté neuf mois et l'ont enfanté si glorieusement. Toute la gloire de la mère vient de son fils. Il est donc bien juste qu'en honorant la mère nous adorions le fils, et qu'en nous prosternant devant l'autel de Marie, nous répétions, avec les vingt-quatre vieillards prosternés devant le trône de l'Agneau ; « Gloire, honneur et bénédiction à Jésus-Christ dans les siècles des siècles.